Thriller social, Une affaire turque d’Hüseyin Aydin Gürsoy questionne avec pertinence le modèle d’intégration à la française, tout en décrivant avec précision la forte communauté turque implantée en France.
Synopsis : Mathieu, un avocat ambitieux qui s’est éloigné de ses racines turques pour devenir associé dans un grand cabinet, se retrouve mêlé à un scandale de corruption lorsqu’un jeune compatriote en difficulté fait irruption dans sa vie.
Le premier film d’un cinéaste franco-turc
Critique : Cela fait maintenant plus de quinze ans que le cinéaste franco-turc Hüseyin Aydin Gürsoy tourne des courts métrages qui évoquent la communauté turque vivant en France, ainsi que les rapports tendus entre père et fils. Parmi eux, on peut citer le primé 8 mois (2013). Finalement, le réalisateur novice est parvenu à écrire et monter son premier long avec Une affaire turque (2026), coécrit par Ludovic du Clary. Ce dernier a travaillé sur de nombreux scripts de films de genre comme Vertige (Abel Ferry, 2009), Légitime défense (Pierre Lacan, 2011), Derrière les murs (Julien Lacombe, Pascal Sid, 2011) et Burn Out (Yann Gozlan, 2017), apportant ainsi son expertise en matière de tension narrative.

© 2026 Les Films du Clan / Photographie : Paname Distribution. Tous droits réservés.
Effectivement, avec Une affaire turque, Hüseyin Aydin Gürsoy a souhaité aborder le genre du thriller, sans pour autant délaisser ses thèmes de prédilection. Si l’aspect thriller fonctionne plutôt bien puisque le réalisateur nous convie à une classique descente aux enfers d’un personnage pris au piège de ses propres mensonges, la plus-value du long métrage vient du regard porté sur une communauté franco-turque rarement filmée.
L’intégration à la française, une réussite ?
Au-delà du simple fil rouge initiant la tension dramatique, Une affaire turque intéresse surtout par la façon dont il aborde la notion d’intégration à la française. Il nous invite à suivre le destin du jeune Mustafa – devenu Mathieu pour échapper aux discriminations à l’embauche – qui est un véritable self made man. Avocat d’affaires qui travaille sans relâche au risque de ne pas avoir de vie privée et de délaisser sa propre famille, Mathieu trouve en son patron Claude (toujours juste Charles Berling) une figure paternelle de substitution, alors même qu’il est en froid avec son propre géniteur.
Tant qu’il apporte gloire et succès au cabinet où il s’épanouit, le jeune Mathieu semble intégré à cette caste d’hommes de pouvoir. Pourtant, lors de ces séquences marquées par une photographie froide et des décors volontairement impersonnels, le réalisateur parvient à toujours isoler son personnage principal – soit par le cadrage, soit par le son. De même, ses origines modestes sont systématiquement mises en avant, comme une preuve manifeste de la réussite de ce battant. Toutefois, cela a pour effet de toujours renvoyer l’avocat à ses origines et tend à l’exclure de fait du milieu qu’il souhaite furieusement intégrer.
Fils d’immigré, coincé entre deux mondes et deux cultures
Parallèlement, l’avocat retrouve de temps à autre sa famille que le cinéaste décrit comme plus vivante, avec des couleurs chaudes et une tonalité bien plus joyeuse, malgré un patriarche qui en veut sans doute à son progéniture d’avoir renié son prénom Mustafa pour Mathieu, ce qu’il vit assurément comme une trahison. Là encore, Mathieu ne semble pas pleinement à sa place, lui qui arbore un impeccable costume cravate au milieu de gens aux habits plus bigarrés. Sans avoir recours à la moindre théorisation, Hüseyin Aydin Gürsoy arrive à faire ressentir au spectateur la position inconfortable de Mathieu, coincé entre ses origines qu’il ne veut pas renier et sa position ascendante dans un milieu privilégié.

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Le réalisateur est bien aidé par la prestation nuancée de Lionel Erdogan qui a jusque-là surtout brillé au théâtre ou à la télévision (Tom dans la série Engrenages, c’était lui). De quasiment tous les plans, le comédien apporte à la fois charisme, autorité et charme à un personnage pourtant fortement ambigu. Même lorsqu’il se comporte mal, le spectateur se tient toujours à ses côtés, comprenant son dilemme intérieur.
Les dés sont pipés dès le départ
Autre point important, le réalisateur ne cherche aucunement à opposer les méchants racistes aux pauvres immigrés, mais à composer un tableau nuancé de la situation sociale française. Ainsi, le personnage d’avocate interprétée par Lubna Azabal est emblématique de la démarche du cinéaste. Si elle travaille pour des associations et qu’elle semble incorruptible de prime abord, celle-ci finit par trouver son propre intérêt dans la défense du jeune homme agressé à cause de ses origines. Loin d’être aussi pure qu’elle l’affiche, l’avocate est un miroir finalement assez fidèle du personnage de Mathieu. Chacun tente de s’en tirer dans un monde impitoyable où seuls les corrompus peuvent s’en sortir sans soucis.
Constat assez pessimiste quant à la capacité de la société française à intégrer les immigrés, Une affaire turque est donc un thriller tendu qui révèle les failles de notre système où les dés sont pipés dès le départ et permet de mieux comprendre les phénomènes de communautarisme qui se développent actuellement. En aucun cas Hüseyin Aydin Gürsoy ne semble favorable à ce repli, mais il ne peut que le constater. Il le fait de manière intelligente et nuancée, livrant une première œuvre intéressante et valeureuse, malgré quelques petites chutes de rythme de-ci, de-là. Ce premier essai est proposé en salles par le distributeur Paname Distribution dès le mercredi 12 août 2026.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 12 août 2026

© 2026 Les Films du Clan / Affiche : Benjamin Seznec pour Troïka. Tous droits réservés.
Biographies +
Hüseyin Aydin Gürsoy, Charles Berling, Maud Wyler, Lubna Azabal, Lionel Erdogan, Metehan Aygun
Mots clés
Cinéma français, Thrillers français, Les avocats au cinéma, La corruption au cinéma, Le racisme au cinéma, Premier film