Abattoir 5 : la critique du film (1972)

Comédie dramatique, Film de guerre, Science-Fiction | 1h43min
Note de la rédaction :
7,5/10
7,5
Abattoir 5, l'affiche

  • Réalisateur : George Roy Hill
  • Acteurs : Perry King, Kevin Conway, Ladislav Jakim, John Wood, Gilmer McCormick, Valerie Perrine, Michael Sacks, Ron Leibman, Eugene Roche
  • Date de sortie: 24 Mai 1972
  • Année de production : 1972
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Slaughterhouse-Five
  • Titres alternatifs : Schlachthof 5 (Allemagne) / Slakthus 5 (Suède) / Matadero cinco (Espagne) / Abatorul - cinci (Roumanie) / Matadouro 5 (Portugal) / Rzeźnia nr 5 (Pologne) / Slaktehus 5 (Norvège) / Skerdykla Nr. 5 (Lituanie) / Mattatoio 5 (Italie) / Az ötös számú vágóhíd (Hongrie) / Teurastamo 5 (Finlande) / Jatka č. 5 (Tchèque) / Matadouro Cinco (Brésil)
  • Casting : Michael Sacks, Ron Leibman, Eugene Roche, Sharon Gans, Valerie Perrine, Holly Near, Perry King, Kevin Conway, Friedrich von Ledebur, Ekkehardt Belle, Sorrell Booke, Roberts Blossom, John Dehner, Gary Waynesmith, Richard Schaal, Gilmer McCormick, Stan Gottlieb, Karl-Otto Alberty, Henry Bumstead, Lucille Benson, John Wood, Ladislav Jakim, Oto Ševčík, Alexander Allerson, Robert Anthony, David Carlile, Bill Cole, Harald Dietl, Ronnie Elliott, Walter Feuchtenberg, Barbara Frey, Warren Frost, John Goddard, Paul Hansard, Bob Harks, Bob 'Tiger' Hemond, Emil Iserle, Frank Jamus, William Kanady, Otto Konrad, Bill Lee, Joshua Hill Lewis, Bryan Montgomery, Kent O'Dell, Hank Robinson, George Skaff, Richard Stahl, Charles Stapley, Joan Swift, Werner Umberg, James Wheeler
  • Scénariste : Stephen Geller
  • D'après : le roman Abattoir 5 ou la Croisade des enfants de Kurt Vonnegut Jr.
  • Monteuse : Dede Allen
  • Directeur de la photographie : Miroslav Ondříček
  • Compositeur : Glenn Gould
  • Chefs Maquilleurs : John Chambers, Mark Reedall
  • Chef décorateur : Henry Bumstead
  • Directeurs artistiques : Alexander Golitzen, George C. Webb
  • Producteur : Paul Monash
  • Producteur exécutif : Jennings Lang
  • Société de production : Vanadas Productions
  • Distributeur : CIC
  • Distributeur reprise : Splendor Films
  • Date de sortie reprise : 8 septembre 2010
  • Editeurs vidéo : CIC Vidéo (VHS) / Filmedia (DVD, 2011, 2012, 2014) / Carlotta Films (blu-ray, 2023)
  • Dates de sortie vidéo : 1er juin 2011 (DVD) / 17 octobre 2012 (DVD, en coffret) / 4 mars 2014 (DVD) / 18 avril 2023 (blu-ray)
  • Budget : 3 200 000 $ (soit 25 570 000 $ au cours de 2026)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 152 519 entrées / 27 377 entrées
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs / Son : 4-Track Stéréo
  • Festivals : Festival de Cannes 1972 : en compétition officielle
  • Nominations : Golden Globes 1973 : révélation masculine pour Michael Sacks / Directors Guild of America Awards 1973 : meilleur réalisateur pour George Roy Hill / Writers Guild of America Awards 1973 : meilleur film dramatique adapté d'un autre medium
  • Récompenses : Festival de Cannes 1972 : Prix du jury / Saturn Awards 1973 : meilleur film de science-fiction / Prix Hugo 1973 : meilleur film dramatique
  • Illustrateur/Création graphique : © Bacha. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Universal City Studios, Inc. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Tagline : Un classique de la science-fiction (édition DVD, 2011)
Note des spectateurs :

Par sa narration éclatée, Abattoir 5 de George Roy Hill désarçonne et questionne la mauvaise conscience américaine avec bonheur. L’objet filmique non identifié est certes inégal, mais passionnant par sa richesse thématique et sa beauté formelle.

Synopsis : USA, années 60. Présent à Dresde en 1945 lors des terribles bombardements qui ont détruit la ville, l’ancien GI Billy Pilgrim mène une vie de famille en apparence rangée. Mais le traumatisme subi a transformé Billy, qui peut désormais voyager dans le temps. Il est sans cesse renvoyé à Dresde au cœur des bombardements…

Un roman inadaptable ?

Critique : Lorsque l’écrivain Kurt Vonnegut Jr. écrit son roman Abattoir 5 ou la Croisade des enfants en 1969, il reçoit immédiatement de la part du producteur Paul Monash une proposition d’adaptation cinématographique. Ainsi, le producteur en achète les droits sans avoir lu une ligne du bouquin. Lorsqu’il le découvre, il décide de le prêter au cinéaste George Roy Hill qu’il pense capable de le transposer à l’écran, malgré son récit non linéaire.

Certes, le réalisateur vient tout juste de sortir du triomphe rencontré par Butch Cassidy et le Kid (1969), mais le studio 20th Century Fox ne se déclare pas intéressé par ce nouveau projet, bien plus risqué sur le plan commercial. Finalement, c’est le producteur Jennings Lang de la Universal qui accepte de financer ce projet plus artistique, à condition que le cinéaste signe un contrat pour trois autres films avec le studio. Une fois lu le script rédigé par Stephen Geller (auteur de Les Pervertis en 1968), George Roy Hill accepte le deal et le long métrage entre désormais en phase de production.

La vie… dans le désordre

Basé sur les souvenirs de Kurt Vonnegut Jr. qui a réellement été fait prisonnier par les Allemands dans les Ardennes, puis envoyé à Dresde où il a survécu au bombardement allié de février 1945, Abattoir 5 (1972) a la particularité de proposer une pure expérience cinématographique puisque le récit est totalement explosé entre passé, présent, futur, réalité et fantasme. Il s’agissait donc d’un sacré défi car le spectateur devait toujours comprendre la trame générale, alors même qu’elle lui est livrée dans le plus grand désordre.

Abattoir 5, jaquette DVD

© 1972 Universal Pictures. All Rights Reserved.

Equivalent cinématographique du stream of consciousness de James Joyce et Virginia Wolf, Abattoir 5 est construit à l’aide de rimes qui amènent le personnage principal d’une époque à l’autre. Il suffit d’un objet ou d’un son pour franchir l’espace et le temps et se retrouver dans une autre époque. Cela peut bien entendu désarçonner le public le plus cartésien, mais ce style est justement ce qui différencie le long métrage de la production hollywoodienne de l’époque. Finalement, avec Abattoir 5, George Roy Hill semble s’immiscer dans le courant du Nouvel Hollywood, lui qui n’est a priori pas un novateur.

Dresde Requiem

Ici, il ose bousculer le spectateur en multipliant les genres. Film de guerre historique lorsqu’il évoque le bombardement de la ville allemande de Dresde en février 1945, mais aussi comédie satirique quand il se moque ouvertement de l’American Way of Life des années 50, puis long métrage de science-fiction dans sa dernière partie, Abattoir 5 constitue une œuvre hybride, à l’image de la vie tumultueuse de son héros. Son nom de Pilgrim (donc pèlerin) n’a pas été choisi par hasard puisque le héros interprété par le fragile débutant Michael Sacks va d’expériences en expériences et éprouve ainsi la désillusion d’un monde voué à sa propre destruction.

Si le roman était plutôt offensif, son adaptation se veut plus mélancolique et poétique, ce qui a forcément déplu à son auteur. Tel quel, le long métrage attaque tout de même la mauvaise conscience américaine en revenant sur le massacre du bombardement de Dresde où vivait essentiellement des civils (pour un bilan évalué à environ 25 000 morts par les historiens). Par la suite, les auteurs critiquent ouvertement la société consumériste qui se met en place dans les années 50 aux Etats-Unis, comme pour mieux effacer les horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Enfin, il convient d’évoquer le contexte de création du livre et du film, tous deux développés durant la guerre du Vietnam.

La guerre du Vietnam et ses horreurs dans le viseur

Violemment antimilitariste, le roman a ainsi été édulcoré par Hollywood, même si le long métrage s’oppose également à toute forme d’engagement militaire. On le voit notamment lorsque le fils du héros interprété par le jeune Perry King s’engage au Vietnam, pensant faire plaisir à son père, alors qu’il ne suscite en lui que rejet. C’est d’ailleurs à ce moment crucial que le héros disparait sur la planète Tralfamadore qui lui permet de fuir la réalité pour se construire enfin un cocon protecteur et fantasmatique.

Disposant d’un budget conséquent de 3 200 000 $ (soit 25 570 000 $ au cours de 2026), Abattoir 5 a été en grande partie tourné aux studios Barrandov de Prague (derrière le rideau de fer, donc), ce qui explique la présence du directeur de la photographie Miroslav Ondříček, dont le travail sur le film est tout bonnement remarquable. Pour la partie musicale, George Roy Hill a fait appel au grand pianiste Glenn Gould afin qu’il réinterprète des mélodies de Bach. Cela ajoute assurément un cachet au long métrage, même si peu de son travail a été finalement retenu lors du montage sonore final.

Aux Etats-Unis, un cuisant échec commercial

Œuvre d’une ambition folle, même si parfois inégale, Abattoir 5 nous rappelle qu’Hollywood était encore capable de prendre de gros risques pour la beauté de l’art. Et de fait, le studio Universal a toujours refusé de livrer les chiffres d’exploitation nord-américains du film à cause de son cuisant échec commercial. Une sacrée douche froide pour toute l’équipe qui avait le sentiment d’avoir effectué un incroyable travail artistique. D’ailleurs, George Roy Hill reviendra à une œuvre nettement plus commerciale et consensuelle avec L’Arnaque (1973) qui mettra en scène Robert Redford et Paul Newman. Un triomphe qui a permis de rembourser la dette du réalisateur envers Universal.

Abattoir 5, jaquette blu-ray édition prestige

© 1972 Universal Pictures, renouvelé en 2001 par Universal City Studios Inc. / Conception graphique : © 2023 Universal Studios. Tous droits réservés.

Présenté en compétition au Festival de Cannes 1972, Abattoir 5 a obtenu le Prix du jury, démontrant une meilleure réception du drame par les critiques européens. CIC profite de la publicité générée par le festival pour sortir le film dans les salles françaises le 24 mai 1972. Cette semaine là, le métrage n’est proposé que dans cinq salles d’exclusivité à Paris pour un résultat décevant de 8 569 curieux et une petite vingtième place hebdomadaire sur la capitale.

Abattoir 5, un flop français pour une œuvre devenue culte avec le temps

En deuxième semaine, le métrage se maintient avec encore 7 779 clients, puis glisse à 5 224 voyageurs temporels en troisième septaine. Le film vient donc de dépasser les 20 000 entrées. Au bout d’un mois, ils ne sont plus que 3 594 cinéphiles à faire le déplacement. Slaughterhouse-Five s’éteint en cinquième semaine avec à son bord 27 377 Franciliens.

L’échec est confirmé par son exploitation en province où les copies parisiennes ont circulé, ne rameutant que 152 519 aventuriers du septième art. Par la suite, CIC Vidéo a proposé une cassette VHS du film dans les années 80. Le film est une redécouverte. Abattoir 5 commence alors à acquérir un statut de film culte. Il est redécouvert notamment lors de sa reprise en salles par le distributeur Splendor Films en septembre 2010, puis par son édition en DVD par Filmedia dès l’année suivante.

Toutefois, c’est véritablement l’éditeur Carlotta qui lui rend le plus bel hommage à travers son édition blu-ray Prestige qui permet de redécouvrir le métrage dans des conditions optimales, le tout dans un coffret superbe et bardé de goodies en édition limitée. Assurément un incontournable pour tous les amoureux d’un cinéma étrange et décalé.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 24 mai 1972

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Affiche reprise d'Abattoir 5

Affiche reprise, d’après le visuel original illustré par Bacha. All Rights Reserved.

Biographies +

George Roy Hill, Perry King, Kevin Conway, Ladislav Jakim, John Wood, Gilmer McCormick, Valerie Perrine, Michael Sacks, Ron Leibman, Eugene Roche

Mots clés

Cinéma américain, Deuxième Guerre mondiale au cinéma, Les films de science-fiction des années 70, Les films dingues des années 70, Les histoires étranges au cinéma

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Abattoir 5, l'affiche

Bande-annonce de Abattoir 5 (VF, d'époque)

Comédie dramatique, Film de guerre, Science-Fiction

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