Chronique familiale sobre et poignante, Vermiglio ou la mariée des montagnes fait de Maura Delpero un espoir du cinéma italien. Dans la lignée des œuvres rurales d’Ermanno Olmi et des frères Taviani.
Synopsis : Au cœur de l’hiver 1944. Dans un petit village de montagne du Trentin, au nord de l’Italie, la guerre est à la fois lointaine et omniprésente. Lorsqu’un jeune soldat arrive, cherchant refuge, la dynamique de la famille de l’instituteur local est changée à jamais. Le jeune homme et la fille aînée tombent amoureux, ce qui mène au mariage et à un destin inattendu…
Une chronique familiale très personnelle pour la réalisatrice
Critique : Documentariste renommée en Italie, Maura Delpero est passée à la fiction en 2019 avec le film Maternal qui évoquait déjà l’idée de maternité. En réalité, toute l’œuvre de la réalisatrice constitue une ode aux femmes, dans tous les aspects de leur vie. Pourtant, l’élément déclencheur de l’écriture de Vermiglio ou la mariée des montagnes (2024) a été la disparition du père de l’autrice. Ainsi, Maura Delpero a voulu rendre hommage à cette génération qui a vécu la Seconde Guerre mondiale dans des conditions parfois extrêmes.

© 2024 Cinedora, Charades, Versus Production, Rai Cinema. All Rights Reserved.
Pour Vermiglio ou la mariée des montagnes, elle revient dans la région de son enfance – le Trentin – et reconstitue la vie d’un petit village isolé dans la montagne. Certes, la guerre ne constitue qu’un lointain écho, mais celle-ci s’invite par mégarde lorsque deux déserteurs viennent se réfugier dans ce lieu éloigné de tout.
Mémoires féminines d’un autre temps
Dès lors, Maura Delpero décrit avec un soin maniaque la vie quotidienne de ce village où le maître d’école (impérial Tommaso Ragno) est un patriarche respecté de tous. A la tête d’une famille de dix enfants, ce modèle de droiture catholique dirige sa marmaille avec autorité. Toutefois, si quelques personnages masculins sont brossés à grands traits, la réalisatrice préfère se pencher sur le destin des jeunes filles de la famille.
Parmi elles, on trouve l’ainée (convaincante Martina Scrinzi) qui va tomber amoureuse d’un des fuyards, au point de se marier avec cet individu taiseux et visiblement traumatisé par la guerre. Si cette histoire romanesque semble bien partie, le scénario implique un twist qui intervient à mi-parcours et que nous tairons. En tout cas, la jeune femme enceinte va devoir faire face à une situation extrême qui la mène doucement vers la dépression.
Maura Delpero préfère la sobriété au mélodrame
Mais ce fil rouge n’épuise aucunement la richesse narrative d’une œuvre chorale suivant aussi les destinées des parents et des autres enfants, le tout sans jamais avoir recours à la moindre touche de mélodrame, alors que l’histoire s’y prêtait particulièrement. En fait, la rigueur du traitement rappelle surtout le cinéma du grand Ermanno Olmi, notamment lorsqu’il filmait la paysannerie dans son chef d’œuvre L’Arbre aux sabots (1978), Palme d’or fort méritée de 1978. Certains passages peuvent également évoquer le cinéma rural des frères Taviani, notamment sur le plan esthétique, avec des images superbes et des paysages grandioses.
Enfin, le féminisme évident de la réalisatrice n’est jamais érigé en dogme, mais il découle du vécu des différents personnages. Maura Delpero montre avec acuité le destin tout tracé des femmes de l’époque, notamment en fonction des volontés du patriarche. Ainsi, l’une des filles est considérée comme bonne à marier, l’autre à entrer dans les ordres, tandis que la plus intelligente ira bel et bien à la ville pour étudier. Cet état de fait n’est pas vu comme un volontarisme masculin, mais bien comme une contrainte liée au manque d’argent, à une époque où les familles étaient très nombreuses.
De la nuance dans les relations entre hommes et femmes
De même, les hommes du film ne sont pas forcément mis directement en accusation. Certains se conduisent effectivement mal et de manière autoritaire, mais généralement ils sont aussi des victimes d’une société qui les envoie au front sans leur demander leur avis ou qui leur impose une autorité familiale qu’ils n’ont pas nécessairement choisi. Ainsi, la réalisatrice parvient à livrer une description très juste d’une époque passée, tout en démontrant une réelle sensibilité.

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Durant le film, elle soigne notamment sa bande sonore, insistant sur les petits bruits du quotidien, sur la respiration des personnages et des animaux, ne faisant intervenir la musique que de manière parcimonieuse, mais toujours judicieuse. D’une réelle beauté esthétique, Vermiglio ou la mariée des montagnes est donc une bien belle réussite qui a obtenu le Lion d’Argent (ou Grand Prix du jury) au Festival de Venise 2024, avant de décrocher sept récompenses aux David di Donatello 2025 dont ceux du meilleur film, de la meilleure réalisation et du meilleur scénario. Par ailleurs, le métrage a fait partie de la sélection pour représenter l’Italie aux Oscars sans être retenu.
Box-office français de Vermiglio ou la mariée des montagnes
En France, le drame rural est sorti sous l’égide de Paname Distribution dans une combinaison limitée de 88 salles d’art et essai à partir du 19 mars 2025. Le métrage devait lutter contre de nombreux films d’auteur sortis la même semaine et il n’a mobilisé que 42 686 spectateurs pour une 17ème place hebdomadaire.
Par la suite, le long métrage est parvenu à tripler ses entrées de première semaine grâce à un bouche à oreille positif. Il était toutefois parti de très bas et Vermiglio s’éteint progressivement à la mi-juin, avec à son bord 112 771 spectatrices comblées. Finalement, l’éditeur Blaq Out l’a proposé en DVD au mois de juillet 2025. Il faut donc impérativement passer par la case VOD pour découvrir le métrage en HD.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 19 mars 2025
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© 2024 Cinedora, Charades, Versus Production, Rai Cinema / Affiche : Benjamin Seznec pour Troïka. Tous droits réservés.
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Maura Delpero, Tommaso Ragno, Roberta Rovelli, Martina Scrinzi
Mots clés
Cinéma italien, Cinéma franco-italien, Film féministe, Les montagnes au cinéma, La famille au cinéma, Le monde paysan au cinéma, Les histoires d’amour malheureuses au cinéma