Joli premier film de fiction de Mohamed Rashad, L’Entente – La face cachée d’Alexandrie dénonce la situation sociale catastrophique en Egypte à travers le destin de deux frères que l’on apprend à aimer. Sans aucun doute la naissance d’un cinéaste prometteur.
Synopsis : Deux frères, Hossam, 23 ans, fauteur de troubles, et Maro, 12 ans, vivent dans une communauté marginalisée d’Alexandrie. Après la mort de leur père dans un accident de travail, ils sont embauchés par la même usine en guise de « compensation » pour leur perte, au lieu d’intenter une action en justice. Alors qu’ils s’adaptent à leur nouvel emploi, ils commencent à se demander si la mort de leur père était vraiment accidentelle.
Mohamed Rashad, un réalisateur indépendant égyptien
Critique : Au cours des années 2010, le cinéaste Mohamed Rashad se lie d’amitié avec Hala Lotfy et d’autres réalisateurs égyptiens désireux de s’affranchir des œuvres de commande. Pour cela, ils ont créé la structure indépendante Hassala Films dont le but est de produire des premiers films de fiction, ainsi que des documentaires, le tout dans un esprit d’indépendance totale par rapport au pouvoir en place. Une position compliquée à tenir dans un pays où l’Etat impose sa loi.

© 2025 Hassala Films, Caracteres Productions, Seera Films / Tahia Films. Tous droits réservés.
Après être revenu sur le passé de sa famille, et notamment de son père, dans le documentaire Little Eagles (2016), Mohamed Rashad s’est inspiré d’un fait divers réel pour écrire le scénario de L’Entente – la face cachée d’Alexandrie (2025). Ainsi, il pose sa caméra dans les quartiers les moins touristiques de la ville égyptienne pour y suivre les aventures de deux frères qui viennent de perdre prématurément leur père dans un accident du travail à l’usine.
Alexandrie Confidentiel
Pratique assez courante dans un pays où la corruption règne sans partage – on se souvent par exemple parfaitement de Le Caire Confidentiel de Tarik Saleh en 2017 – les deux frangins sont embauchés par l’entreprise afin de les empêcher de porter plainte contre elle. Effectivement, lors des nombreuses scènes d’usine où le réalisateur suit de manière documentaire la production d’acier, le spectateur occidental pourra s’étonner de constater l’absence de protection des ouvriers et le laisser-aller en matière de sécurité.
Très engagé sur le plan social, le long métrage entend donc non seulement dénoncer les conditions de travail inhumaines des ouvriers égyptiens, mais aussi la corruption des élites. Toutefois, loin d’être un pamphlet politique, l’œuvre a le grand mérite de montrer qu’un tel système ne peut se perpétuer que grâce à la complicité tacite du prolétariat, lui-même totalement divisé.
Le déterminisme social toujours à l’œuvre
En fait, le réalisateur fait sienne l’idée d’un certain déterminisme social à l’œuvre dans la société égyptienne. Il semble donc très difficile d’échapper à son destin tout tracé, dans un pays où l’on pardonne rarement les écarts de jeunesse. Ainsi, Hossam (joué avec conviction par le comédien de théâtre Adham Shukr), dont on comprend qu’il a été un mauvais garçon et qu’il est sans doute passé par la case prison, ne pourra guère échapper à sa destinée, celle d’un hors la loi – et ceci même lorsqu’il entend se ranger.
Pire, son petit frère de 12 ans semble suivre sa voie, déjà gagné par la loi du talion qui anime sa volonté de vengeance. Le dernier plan n’annonce d’ailleurs rien de bon en ce qui concerne l’avenir de ce jeune adolescent, interprété avec naturel par Ziad Islam.
Quand l’avenir semble totalement bouché
Décrivant avec beaucoup de soin l’environnement social des protagonistes (les terrains vagues, les immeubles insalubres, l’usine), Mohamed Rashad se sert d’une photographie aux couleurs volontairement blafardes afin de faire naître l’idée d’un avenir bouché pour cette jeunesse sans espoir de salut. Le rythme lent et contemplatif accentue encore cette idée de fatalité qui s’attache aux pas des deux frangins, dont les rares étreintes sont les seuls moments vraiment poignants dans un ensemble volontairement froid et déshumanisé.

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Grâce à quelques petites notes musicales au synthétiseur, L’Entente – la face cachée d’Alexandrie parvient à sortir de la gangue du film d’auteur sordide pour proposer une vision éclairante d’un pays dont on ne connaît chez nous que les aspects les plus exotiques. Ainsi, le titre français apparaît comme tout à fait à propos lorsqu’il déclare montrer les dessous d’une ville, et par extension, d’un pays tout entier.
Un film passé par de nombreux festivals
Cette toute petite production mérite donc largement le détour pour tous les cinéphiles curieux de mieux comprendre le fonctionnement interne d’un pays où une chape de plomb empêche toute information non filtrée par la propagande officielle.
Présenté dans de nombreux festivals dont le plus prestigieux est assurément le Festival de Berlin 2025 dans la section Perspectives, L’Entente – la face cachée d’Alexandrie sort sur les écrans français à partir du mercredi 6 mai 2026 par les bons soins du distributeur Tahia Films qui entend promouvoir des œuvres venues du monde arabe.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 6 mai 2026

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Mohamed Rashad, Adham Shukr, Ziad Islam
Mots clés
Cinéma égyptien, Les drames du monde arabe au cinéma, Le monde du travail au cinéma, L’entreprise au cinéma, Films sur la banlieue, Les relations entre frères au cinéma