Version espagnole d’un mythe européen, Parsifal bénéficie d’une esthétique superbe, en partie gâchée par sa thématique religieuse moralisatrice, comme dans beaucoup de longs métrages issus de la période franquiste.
Synopsis : Protégé par sa mère durant toute son enfance de tout contact avec le monde afin de demeurer pur et innocent, Parsifal, ayant malgré tout découvert le mal et le péché, parviendra au terme d’un long chemin épique et intérieur, à la découverte du Graal, plénitude de vie et quiétude de l’âme.
Parsifal, une grosse production espagnole de la période franquiste
Critique : Producteur indépendant qui a déjà écrit quelques scripts dans les années 30, Daniel Mangrané n’a qu’un rêve : pouvoir tourner une version de l’épopée de Parsifal qui serait à la fois inspirée par le roman de Chrétien de Troyes et surtout par l’opéra de Richard Wagner. Finalement, c’est au début des années 50 que Daniel Mangrané parvient à convaincre les autorités franquistes de la portée nationale du projet, notamment dans sa dimension religieuse si chère au régime en place.
Toutefois, le producteur n’est pas assez fou pour se lancer seul dans l’aventure d’un projet aussi pharaonique, alors qu’il n’a jamais mis en scène le moindre film. Dès lors, il choisit de s’entourer du réalisateur d’avant-garde Carlos Serrano de Osma pour s’occuper de toute la partie technique, tandis que lui amènera les fonds et dirigera les comédiens sur le plateau. Pour mettre tous les atouts dans sa manche, il confie la photographie à Cecilio Paniagua qui travaille déjà depuis le milieu des années 30. Enfin, il octroie au grand José Caballero la conception des décors pour les séquences tournées en studio.
Un noir et blanc somptueux qui compense les faiblesses de réalisation
Enfin, pour persuader le grand public espagnol de se rendre en masse dans les salles, il fait appel au populaire Gustavo Rojo pour interpréter le rôle-titre, tandis que la belle danseuse étoile française Ludmilla Tchérina assure la caution charme dans un double rôle puisqu’elle incarne à la fois la mère du héros et la tentatrice qui le séduit, dans un rapprochement œdipien plutôt troublant et que la censure franquiste n’a guère goûté.

© 1951 Artus Films, Mercury Films. Tous droits réservés.
Tourné en Catalogne – mais en Castillan sur ordre du pouvoir – Parsifal bénéficie assurément de la beauté hypnotique des paysages montagneux de Montserrat, sublimés par la magnifique photographie en noir et blanc de Cecilio Paniagua. Les autres séquences de studio paraissent moins convaincantes car plus statiques, même si là encore, l’esthétique demeure soignée. En fait, Parsifal avait tout pour devenir une œuvre majeure puisque le mythe d’origine est plutôt intéressant et que les deux réalisateurs ont vraiment cherché à rendre leur spectacle le plus beau possible sur le plan formel.
Un excès de religiosité qui tombe dans le style sulpicien
Ainsi, on adore toute la présentation de la jeunesse du personnage principal, lorsque celui-ci est élevé par des loups au cœur d’une montagne sauvage. Par la suite, la quête de la montagne sacrée par le jeune héros donne également lieu à une excellente séquence où il doit traverser le Jardin des sept péchés capitaux, tous incarnés par des femmes différentes et tentatrices. Là encore, le charme opère pour peu que l’on apprécie les films où les décors se dénoncent comme tels. Bien entendu, la musique emphatique de Richard Wagner vient souligner les enjeux de l’intrigue avec majesté.
Malheureusement, Parsifal pâtit également de plusieurs défauts dont le premier est le manque réel de moyens pour faire de la production une fresque monumentale. Lors des quelques séquences d’affrontement, les figurants sont peu nombreux et les chorégraphies apparaissent comme relativement factices, au point de rendre ces moments d’action plutôt mollassons. Mais le pire intervient dans les vingt dernières minutes qui tombent dans un style sulpicien aussi kitsch qu’irritant. En quelques minutes, Parsifal se transforme en un personnage christique et toute la fin baigne dans une bondieuserie typique des pires films de la période franquiste.
Quand l’Eglise s’est faite complice d’un régime dictatorial assassin
A partir de ces séquences, la réalisation s’alourdit un peu plus, composant des tableaux statiques, avec des comédiens qui déclament leur texte l’air pénétré par le divin. Même la gestuelle devient factice, comme pour mieux marquer la déférence envers le christianisme. De film mythique, le long métrage devient mystique, mais dans une ambiance de pacotille qui ne trompe personne. Car il faut se souvenir que cette teinture religieuse masquait à la même époque les crimes d’un régime nationaliste et dictatorial abominable. Franco a notamment muselé l’ensemble du pays à l’aide de l’Eglise, quelque part complice de ces crimes contre le peuple espagnol. Dans ces conditions, il est difficile de valider ces vingt dernières minutes propagandistes, destinées à fédérer les foules derrière une religion compromise avec un régime assassin.
Cela n’a pas empêché Parsifal d’être sélectionné au Festival de Cannes en 1952, repartant d’ailleurs bredouille. Par la suite, le long métrage est sorti au Mexique en 1952 et même aux Etats-Unis en 1955 sous le titre racoleur The Evil Forest, rapport à la fameuse séquence du Jardin des sept péchés capitaux.
Une sortie française, avant l’oubli…
En ce qui concerne la France, le métrage a été proposé dans les salles à partir du jeudi 15 octobre 1953 par le distributeur Sonofilm. Il a également eu le droit à une deuxième exploitation en 1955, avec des titres qui varient : Parsifal, l’enfant-loup ou encore La Légende de Parsifal. Depuis le milieu des années 50, le métrage est largement tombé dans l’oubli, d’autant que les deux réalisateurs n’ont pas connu une brillante carrière par la suite. Artus Films ressuscite donc ce vestige du franquisme, à réserver toutefois aux amateurs de curiosités ou aux croyants les plus convaincus.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 15 octobre 1953
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© 1951 Artus Films, Mercury Films / Conception graphique : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.
Biographies +
Carlos Serrano de Osma, Daniel Mangrané, Carlo Tamberlani, Gustavo Rojo, Ludmilla Tchérina, Félix de Pomés
Mots clés
Cinéma espagnol, Films à la thématique religieuse, La mythologie au cinéma, La chevalerie au cinéma, La montagne au cinéma, Festival de Cannes 1952
