Dans la droite ligne de Mary et Max, Mémoires d’un escargot confirme le style dépressif et esthétiquement probant d’Adam Elliot, une valeur sûre de l’animation pour adultes.
Synopsis : À la mort de son père, la vie heureuse et marginale de Grace Pudel, collectionneuse d’escargots et passionnée de lecture, vole en éclats. Arrachée à son frère jumeau Gilbert, elle atterrit dans une famille d’accueil à l’autre bout de l’Australie. Suspendue aux lettres de son frère, ignorée par ses tuteurs et harcelée par ses camarades de classe, Grace s’enfonce dans le désespoir. Jusqu’à la rencontre salvatrice avec Pinky, une octogénaire excentrique qui va lui apprendre à aimer la vie et à sortir de sa coquille…
Le grand retour du cinéaste de Mary et Max
Critique : Après la forte impression laissée par ses superbes courts métrages, le réalisateur et animateur australien Adam Elliot a pu tourner en 2009 un pur chef d’œuvre dépressif intitulé Mary et Max (2009). Le métrage évoquait déjà la relation épistolaire entre deux personnages originaux, une petite fille disgracieuse et un vieil autiste porteur du syndrome d’Asperger. Bouleversant, le résultat final a remporté de nombreux prix dans les festivals du monde entier et a attiré 192 933 cinéphiles dans les salles françaises.

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Depuis, le cinéaste n’a réussi à tourner qu’un unique court métrage en 2015 intitulé Ernie Biscuit, avant de se lancer à corps perdu dans son nouveau projet qui lui a pris huit années de sa vie, entre l’écriture du scénario, la conception des personnages et des décors, l’enregistrement des voix des comédiens et le tournage proprement dit. Voilà pourquoi Mémoires d’un escargot n’a été présenté qu’en 2024 en avant-première mondiale au Festival d’animation d’Annecy où il a d’ailleurs décroché la récompense suprême, à savoir le Cristal du meilleur long métrage.
La politesse du désespoir
Il faut dire qu’à l’instar de Mary et Max, le second effort d’Adam Elliot parvient à nouveau à nous emporter dans un monde dépressif, mais toujours chargé d’une grande poésie. On retrouve ainsi de nombreux thèmes communs, comme la relation épistolaire entre deux personnages – ici une sœur et son frère jumeau séparés après le décès de leurs parents – mais aussi le harcèlement scolaire et la mise à l’écart de tous ceux qui ne correspondent pas au moule de la société. Ainsi, la petite Grace est affublée d’un bec de lièvre qui la rend disgracieuse et celle-ci s’isole progressivement du monde en accumulant une collection d’objets liée à sa passion pour les escargots. Elle s’enferme ainsi dans un quotidien triste et morne, uniquement bouleversé par la présence d’une octogénaire dynamique et excentrique.
De son côté, le frère jumeau est un pyromane qui se retrouve au sein d’une famille très religieuse, alors qu’il découvre à l’adolescence son homosexualité. Un thème qui résonne fortement pour le cinéaste qui n’a jamais caché être lui-même gay. Au passage, il en profite pour régler ses comptes avec tous les extrémistes religieux qui vouent les « invertis » aux flammes de l’enfer. Sa passion du feu apparaît dès lors comme profondément ironique.
Une affection toute particulière pour les marginaux
Toujours attentif aux laissés-pour-compte de notre société, Adam Elliot développe une esthétique toujours aussi originale, faite de lignes irrégulières et de formes arrondies qui évoquent les coquilles d’escargot. Il utilise toujours beaucoup la voix off, ce qui lui permet d’éviter d’animer la bouche de ses petits personnages d’argile. Tous sont très travaillés et dégagent une forte impression de dépression ambiante. Il est d’ailleurs préférable de montrer ce spectacle à des adultes et non aux plus petits tant il semble empreint d’une grande tristesse.

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Certes, les personnages finiront par trouver leur propre voie, mais le chemin de croix qui est décrit apparaît comme essentiellement mélancolique. Cela se retrouve dans l’esthétique générale, la musique en mode mineure et l’allure même des personnages qui paraissent tous désespérés. Mémoires d’un escargot offre donc une parfaite continuité dans l’œuvre d’un artiste au talent impressionnant.
Box-office de Mémoires d’un escargot
Lors de sa sortie début janvier 2025, le métrage n’a pas déplacé les foules à la première séance parisienne avec seulement 252 entrées dans 12 salles. Au bout d’une semaine, le film a cumulé 37 477 spectateurs dans ses 148 salles réparties sur toute la France. Il se positionne donc en 16ème place de cette semaine du 15 janvier. Bénéficiant d’un bouche-à-oreille plutôt positif, le film d’animation déplace 24 190 retardataires en deuxième septaine.
Pourtant, la suite n’est guère convaincante avec une chute régulière et une carrière qui se termine au bout de sept semaines avec 104 352 entrées. En fait, le film est parti de trop loin pour pouvoir vraiment faire son trou et se créer une bonne réputation. Pourtant, il s’agit d’un nouveau bijou de l’animation mondiale que l’on vous recommande chaleureusement.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 15 janvier 2025
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Cinéma australien, La dépression au cinéma, La famille au cinéma, Oscars 2025, Festival d’Annecy 2024