Shinya Tsukamoto est l’un des chantres du Cyber Punk avec des films culte comme Tetsuo ou Tokyo Fist qui ont considérablement marqué la décennie 90. L’artiste nippon underground, adulé à l’Etrange Festival, est le plus remarquable de sa génération.
Shinya Tsukamoto est une révélation mondiale grâce au viscéral Tetsuo en 1989. Ce véritable coup de poing expérimental qui transforme Tokyo en un enfer métallique en noir et blanc, est un éloge à la douleur cinématographique, mélangeant horreur et science-fiction sans le sou, mais avec une inventivité de chaque instant. Ce film nihiliste engendrera deux suites, Body Hammer en 1992, en couleur, qui est une réponse à l’échec du film de studio Hiruko the Goblin (1991), et en 2009, le moins réussi The Bullet Man qui est curieusement en langue anglaise.
En dehors des festivals et des séances spéciales, plusieurs curiosités de Shinya Tsukamoto seront exploitées dans les salles françaises. Le tout premier sera évidemment Tetsuo I qui est proposé par Action Gitanes en binôme interdit aux moins de 16 ans avec Vibroboy de Jan Kounen. Ce dernier est évidemment un disciple de Tsukamoto. Ce double programme ultra trash trouve 3 500 spectateurs.
Au début des années 2000, le distributeur Swift essaie de relancer le culte du cinéaste nippon. C’est ainsi qu’on ouvre la décennie avec Bullet Ballet, œuvre choc interdite aux moins de 16 ans où la violence sert à compenser un deuil impossible. Le cinéaste Shinya Tsukamoto, qui est également acteur, y compris dans les deux premiers Tetsuo, incarne l’antihéros transgressif. Le succès est réel avec pas moins de 15 671 spectateurs malgré une distribution urbaine très limitée.

© 1998 Shinya Tsukamoto, Kaijyu Theater
Dix mois plus tard, les Français découvrent l’étonnant Gemini, via le distributeur Haut et Court. Cette version japonaise de Faux-semblants de David Cronenberg est toutefois moins vue (5 732 entrées).
Swift propose en mars 2001 Tokyo Fist, peut-être le film le plus abouti de son auteur. Cette version trash et tourmentée de Rocky qui ne cherche jamais à glamouriser les combats de boxe, est encore une fois interprétée par le cinéaste. Ce sont 10 902 cinéphiles qui s’y précipitent.
Malheureusement, il faudra attendre la restauration des œuvres de Shinya Tsukamoto dans les années 2020 pour que l’on puisse retrouver l’auteur sur nos écrans. Et pour cause, en dépit de 8 réalisations entre 2002 et 2018, dont un remake de Feux dans la plaine de Kon Ichikawa et de nombreuses sélections dans des festivals de renom comme Venise, Tsukamoto passe de mode en France.

© 1992 Shinya Tsukamoto, Kaijyu Theater – Création graphique : L’Etoile Graphique
En 2023, Carlotta distribue quatre longs métrages dans un hommage au cinéaste (Tetsuo, Tetsuo II : Body Hammer, Tokyo Fist et Bullet Ballet). Le distributeur qui est surtout un éditeur vidéo éminent propose un coffret de Tsukamoto en dix films, le 16 mai 2023, qui est vite épuisé.
En 2024, Carlotta édite également Hiruko the Goblin en blu-ray (avril) et distribue L’Ombre du feu (Hokage), enfin une œuvre contemporaine du trublion du mauvais goût, présentée par Venise en 2023. Le film au caractère historique est un drame qui se situe au lendemain de la seconde guerre mondiale.

© 1995Shinya Tsukamoto, Kaijyu Theater – Création graphique : L’Etoile Graphique

Tetsuo © 1989 Shinya Tsukamoto, Kaijyu Theater

© 1999 Shinya Tsukamoto, Kaijyu Theater. Tous droits Résevés. – Adaptation affiche : Aussitôt Dit / soazig petit