Premier faux pas personnel de Mickey Rourke, Homeboy est une œuvre ambitieuse, mais plombée par des poncifs et une réalisation atone.
Synopsis : Un petit truand se lie d’amitié avec un boxeur sans envergure.
Un projet longuement mûri
Critique : Alors qu’il est considéré comme une véritable star grâce à plusieurs succès et des rôles de premier plan, Mickey Rourke commence à faire des choix de carrière malheureux. Il refuse plusieurs rôles dans des films importants et décline la proposition de jouer dans Rain man face à Dustin Hoffman. Il préfère se concentrer sur l’écriture de son premier scénario qu’il mûrit depuis plus de dix ans.
Homeboy est effectivement largement inspiré de son histoire personnelle et il décide de s’investir à 100% dans ce projet. Il le propose à Michael Seresin, directeur de la photographie attitré d’Alan Parker, qu’il a rencontré sur le tournage d’Angel Heart en 1986. Outre un bon feeling, Mickey Rourke ne voulait pas être entravé par un réalisateur à l’ego surdimensionné. Il était clairement établi dès le départ qu’il s’agissait avant tout d’un film de Mickey Rourke.
Un réalisateur novice à la barre
Malheureusement, ce choix d’un cinéaste novice s’est avéré catastrophique puisque Michael Seresin n’a pas été en mesure d’imposer son empreinte sur une œuvre comme désincarnée. Tout d’abord, le réalisateur a été incapable de brider son interprète principal qui en fait des caisses en cowboy ringard au bout du rouleau. Mutique et grimaçant, Rourke n’est pas nécessairement mauvais, mais ses poses incessantes peuvent irriter à la longue. Son personnage révèle bien quelques failles personnelles de ci de là, mais on peine à saisir sa psychologie profonde.
Heureusement que l’excellent Christopher Walken lui oppose un jeu beaucoup plus sobre, et finalement bien plus attachant. Cela permet de donner un peu de relief à l’amitié qui lie le truand au boxeur, même si tout ceci reste superficiel.
Romance bidon et poncifs en rafale
Le pire vient toutefois de la romance entre Rourke et sa femme de l’époque Debra Feuer. Outre que l’actrice ne possède aucun charisme, leur idylle sonne terriblement faux, transformant leurs nombreuses scènes en une romance à deux balles. Le principal problème du film tient d’ailleurs en une écriture alignant les poncifs avec la régularité d’un métronome. L’auteur a sans aucun doute vu et aimé des classiques comme La dernière chance (Fat City, Huston), mais il ne leur arrive jamais à la cheville. Les dialogues sont ponctués de clichés sur la vie, l’amour et la mort, tandis que le script se traîne lamentablement jusqu’à un final décevant.
La réalisation de Michael Seresin n’est clairement pas au niveau, pâtissant de nombreux effets de style appuyés et ratés, ainsi que d’un montage languissant. Voulant sans aucun doute créer une ambiance feutrée et touchante, le cinéaste n’arrive qu’à profondément ennuyer. Pour rendre Homeboy plus digeste, il aurait fallu couper au moins trente minutes de ces deux longues heures d’errance.

Homeboy avec Mickey Rourke, promo Pariscope 1988
Même la musique d’Eric Clapton et de Michael Kamen, séduisante au départ, finit par assoupir par abus de slide guitar soporifique. Au final, la plupart des éléments qui auraient dû faire de Homeboy un magnifique film sur les déclassés du rêve américain se retournent contre lui.
Un échec artistique et commercial cinglant
Ce ratage est le premier vrai faux pas d’une star qui allait ensuite les multiplier. D’ailleurs, Homeboy est à peine sorti aux Etats-Unis. Il n’y a guère qu’en France que le film a été exploité en salles, avec pas mal de publicité. Cela lui a permis d’attirer tout de même 310 354 amateurs de films de boxe, ce qui n’est pas si mal au vu des piètres qualités du long-métrage.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 24 août 1988

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