PTU (Police Tactical Unit) : la critique du film (2005)

Policier | 1h28min
Note de la rédaction :
7/10
7
PTU de Johnnie To, affiche française

  • Réalisateur : Johnnie To
  • Acteurs : Simon Yam, Suet Lam, Maggie Siu, Ruby Wong, Raymond Ho-Yin Wong
  • Date de sortie: 05 Oct 2005
  • Nationalité : Hongkongais
  • Distributeur : Pathé
  • Éditeur vidéo : Pathé (édition Asian Star) / Filmedia (édition de 2015)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 11 032 entrées / 8 272 entrées
  • Festival : Festival de Cognac 2004 : Prix du jury / Hong Kong Film Awards 2004 : Prix du meilleur réalisateur
  • Année de production : 2003
Note des spectateurs :

Objet formel assez fascinant, PTU est l’un des meilleurs films de Johnnie To par sa puissance visuelle et son ambiance éthérée. Le script, lui, est un peu à la peine, même si la description des dérives policières à Hong-Kong est saisissante.

Synopsis : Le sergent Lo se fait voler son arme un soir. Un officier de la Police Tactical Unit, une unité spéciale de Hong Kong, promet de la lui rapporter avant la fin de la nuit, et part à sa recherche avec son équipe. En parallèle, Ponytail, le fils du chef d’une des triades, se fait assassiner et ce dernier croit que l’assassin de son fils n’est autre qu’un membre d’une triade rivale. Il est plus de minuit et la nuit ne fait que commencer pour tout le monde, flics et voyous. Dans un Hong Kong vide de ses habitants, la chasse est ouverte…

Critique : Au début des années 2000, le réalisateur Johnnie To connait une soudaine notoriété internationale grâce à quelques polars particulièrement brillants qui viennent redorer le blason d’un cinéma hongkongais en perdition depuis la rétrocession à la Chine. Révélé chez nous par The Mission (1999), puis des bombes comme Fulltime Killer (2001) et Breaking News (2004), Johnnie To devient dès lors le chouchou des critiques et des amateurs de polars corsés.

Un tournage de nuit étalé sur trois ans

Avec PTU (2003), le réalisateur pousse encore plus loin ses expérimentations formelles en tournant l’intégralité du film durant presque trois ans, sans pour autant que le projet perde en cohérence. Cela lui a permis de tourner le métrage dans un Hong-Kong totalement désert, ce qui n’est possible que dans la nuit du dimanche au lundi, seul moment où les boutiques sont enfin fermées. L’intrigue se déroulant sur une nuit unique, il fallait donc revenir sur les lieux chaque dimanche soir pour que les scènes soient raccord. Un vrai défi que pouvait se lancer le cinéaste, fort des nombreux succès rencontrés par ses films commerciaux et ceux de sa compagnie de production Milkyway.

Ne cherchant aucunement l’efficacité facile, le réalisateur plonge dans un univers nocturne où règnent d’un côté les forces de l’ordre – dont les différentes unités ne s’entendent pas – et de l’autre les truands. La force du film est de faire tenir une intrigue de polar sur un quiproquo initial qui pourrait faire l’objet d’une comédie. Effectivement, un flic pas très doué, incarné par un Suet Lam à la lisière de la parodie, égare son arme de service, ce qui peut lui valoir son insigne. Il s’évertue ensuite à la récupérer, aidé par ses amis policiers. Mais cette situation initiale déclenche une série d’effets collatéraux qui se terminera par un incroyable règlement de compte dans les rues désertes de la ville. Souvent comparé à After Hours de Scorsese, le métrage en reprend effectivement la mécanique d’une situation de départ ne cessant de dégénérer. Par contre, le film n’en adopte pas du tout le ton.

Une dénonciation de méthodes policières douteuses par la force

Ici, Johnnie To décrit des pratiques policières particulièrement douteuses. Les unités sont visiblement craintes par la population locale et nous comprenons vite pourquoi. Passages à tabac qui peuvent facilement déraper, interrogatoires musclés à la lisière de la torture, manipulations des supérieurs hiérarchiques, dissimulations de preuves et enfin petits arrangements avec la réalité semblent être des pratiques courantes de la police locale. Cela ne veut pas dire que les truands sont valorisés puisque leur violence est également dénoncée par le réalisateur. Le tableau de cette vie noctambule et des quartiers interlopes fait donc bien froid dans le dos, même si l’ensemble est parfois traité avec une distanciation humoristique.

Porté par un casting dirigé avec une certaine retenue, PTU pâtit sans doute d’un rythme un peu languissant, de certaines errances narratives et enfin d’une fusillade finale légèrement décevante (entièrement tournée au ralenti, avec une tendance à l’exagération, sans la folie visuelle de John Woo), mais le long-métrage demeure une référence incontournable dans un cinéma hongkongais qui ose briser la barrière entre film commercial (le polar) et film d’auteur. Avec PTU, Johnnie To a donc confirmé sa place fondamentale au cœur du cinéma hongkongais des années 2000 dont il est assurément l’un des plus beaux représentants. Il allait confirmer avec d’autres œuvres importantes comme Election (2005) ou encore Vengeance (2009). Pour être complet, notons également que le long-métrage a servi de base à une série de films vidéo reprenant les mêmes personnages en 2008, ainsi qu’à une suite cinématographique tournée en 2009 par Wing Cheong-Law (intitulée : Kei tung bou deui – Tung pou).

Au box-office français, PTU passa totalement inaperçu, avec une exploitation inexistante, essentiellement parisienne, qui ne permit pas au cinéaste culte de dépasser les 12 000 spectateurs.

Critique de Virgile Dumez

Copyright 2005 Pathé Distribution. Tous droits réservés.

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