Faux thriller, mais vraie curiosité marquée par une étrangeté de chaque instant, Burning, de Lee Chang-Dong, est une œuvre étonnante, à réserver toutefois à un public chevronné, capable d’endurer des lenteurs abyssales, mais ô combien nécessaires.
Synopsis : Lors d’une livraison, Jongsu, un jeune coursier, retrouve par hasard son ancienne voisine, Haemi, qui le séduit immédiatement. De retour d’un voyage à l’étranger, celle-ci revient cependant avec Ben, un garçon fortuné et mystérieux. Alors que s’instaure entre eux un troublant triangle amoureux, Ben révèle à Jongsu son étrange secret. Peu de temps après, Haemi disparaît…
Critique : Présenté au festival de Cannes en mai 2018, Burning signait le grand retour du cinéaste coréen Lee Chang-Dong après huit ans d’absence derrière une caméra. L’auteur prisé d’Oasis (2002), Secret Sunshine (2007) et Poetry (2010) est effectivement un producteur très actif et celui-ci attend toujours assez longtemps entre deux réalisations. Avec ce dernier long en date, il adapte une nouvelle de l’écrivain japonais culte Haruki Murakami écrite au début des années 80. Pourtant, Lee Chang-Dong actualise cette histoire et, surtout, la localise en Corée du Sud, ce qui lui permet d’y ajouter un commentaire social pertinent sur les dérives de son propre pays.

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Ainsi, le jeune homme d’origine paysanne habite non loin de la frontière avec la Corée du Nord et entend ainsi les haut-parleurs déversant la propagande du régime communiste. Le cinéaste en profite également pour critiquer les immenses inégalités sociales qui minent la partie sud. Au sein du triangle amoureux, l’intrus fortuné agît comme un élément perturbateur qui peut tout se permettre puisqu’il possède une forme d’impunité en tant que représentant de l’élite. Cette opposition entre une petite classe paysanne dominée et une élite qui pouvant assassiner les gens en toute quiétude est d’ailleurs signifiée de manière habile par l’affaire apparemment anodine du père du héros. Le paysan n’a fait que bousculer un agent de l’Etat, mais il écope d’une peine de prison, pendant que des gens de l’élite font des horreurs sans jamais être inquiétés. Cette dénonciation n’est pourtant jamais surlignée par un cinéaste prenant garde de ne pas alourdir son film. Au spectateur donc de relier les fils d’une intrigue parfois diffuse.
Mais le plus intéressant dans Burning vient de sa filiation avec le cinéma d’Antonioni. Effectivement, comme le maître italien savait magnifiquement le faire, Lee Chang-Dong opère la disparition complète d’un personnage, comme si celui-ci n’avait jamais existé. Il réfléchit ainsi sur le visible, mais aussi l’implicite. En escamotant une scène centrale, le réalisateur crée un mystère qui devient le cœur du film. Il rejoint en cela les thématiques chères à Murakami qui n’aime rien tant que créer différentes couches de réalités alternatives dans ses romans à tiroirs. Dès les premières séquences, le cinéaste nous suggère une forme d’étrangeté par la longueur insistante de certains plans sur des objets ou des murs vides.
Il faut d’ailleurs insister sur la caractéristique du film qui vient de sa durée volontairement excessive. Ainsi, Lee Chang-Dong fait exprès d’étirer au maximum ses plans (parfois à la lisière de la rupture) afin d’opérer une sorte de délitement du réel, comme avait su le faire Antonioni à la fin de L’éclipse. Ceux qui souhaitent voir un thriller coréen trépidant doivent donc impérativement passer leur chemin puisque Burning est d’une lenteur hypnotique qui en renforce pourtant l’impact pour peu qu’on se laisse séduire par la beauté de la réalisation.
Sans doute désappointé par cette lenteur, le public n’a pas vraiment répondu présent dans les salles, et ceci malgré un soutien critique quasiment unanime. La sortie vidéo est donc l’occasion de découvrir cette œuvre ambitieuse chez soi.
Le test du DVD :

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Compléments & packaging : 1,5/5
Il s’agit d’un DVD classique sur le plan de la présentation, avec toutefois un livret de 24 pages qui ne nous a pas été fourni. Il semble contenir un entretien écrit avec le réalisateur et une introduction de Pierre Rissient. Sur la galette, l’unique supplément vidéo est la bande-annonce du film.
L’image : 4/5
Restitution classique pour une copie SD (le film existe aussi en blu-ray) avec donc une belle luminosité et un bon rendu global, même si tout ceci manque de précision pour qui est habitué aux merveilles du rayon bleu ou encore de la 4K. Disons que l’éditeur propose ici une excellente copie DVD.
Le son : 4/5
Pas de version française (mais qui s’en plaindra ?), mais le choix entre une version stéréo ou en 5.1. Nous avons opté pour cette dernière qui est d’une bonne tenue, avec une tendance à mettre particulièrement en avant l’ambiance musicale. Lors de l’unique scène de boîte de nuit, le caisson de basses se réveille et fera sursauter vos voisins. Le reste est plus paisible, à l’image d’un film essentiellement introspectif.
Critique et test DVD : Virgile Dumez