Film portuaire d’un ailleurs où luit une source d’espoir, Luciérnagas distille sagement son atmosphère de no man’s land cinématographique, sans enjeux suffisamment fort pour marquer totalement les esprits. Cette production LGBTQ n’en demeure pas moins séduisante.
Synopsis : Quand Ramin embarque clandestinement sur un cargo quittant la Turquie, il ne s’attend pas à se retrouver à Veracruz au Mexique. Jeune homme gay persécuté en Iran, il espérait pouvoir rejoindre l’Europe. Maintenant qu’il est à l’autre bout du monde, il cherche à revenir en arrière, supportant mal d’avoir laissé derrière lui son petit ami et son passé. Il éprouve des sentiments paradoxaux, oscillant entre la nostalgie et la découverte d’un nouvel environnement plus clément. Pour gagner un peu d’argent, Ramin enchaîne les petits boulots précaires avec d’autres migrants. C’est là qu’il va rencontrer Guillermo, un ancien membre de gang venant du Salvador, obligé de fuir son pays, unique moyen pour lui d’échapper à son passé violent, avec lequel il noue une relation ambiguë. Ici à Veracruz, ils partagent la solitude de leur déracinement à travers des moments d’intimité inattendus.
Critique : Aux portes de l’Amérique, tous les migrants ne rêvent pas de traverser la “linea”, surnom de la frontière américo-mexicaine. Certains rêvent d’ailleurs, comme Ramin, sans trouver leur marque. Émigré gay, qui a fui le conservatisme et la violence de l’Iran vis-à-vis de son orientation sexuelle, le jeune homme souffre de la séparation d’avec l’être aimé, du déracinement et de l’inévitable absence de réponse quant à ce qu’il adviendra de lui demain.

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La réalisatrice iranienne, Bani Khoshnoudi, a été élevée aux États-Unis et a connu la liberté française… Son expérience d’affranchie lui permet d’envisager l’exil avec une certaine sérénité, une paix intérieure qui confère à son regard générosité et compréhension à l’égard de la complexité humaine. Et ce n’est pas sans poésie qu’elle pose son personnage principal au cœur d’un microcosme masculin viril, de corps abîmés par des passés cabossés, où l’on ressent chez les uns et les autres le besoin de s’oublier dans l’autre. Ce n’est pas Querelle de Brest pour autant…
Dépassant les problématiques purement migratoires ou LGBT, Luciérnagas se veut d’une psychologie contemplative qui séduit, mais manque d’intensité dans ses enjeux, au risque de ne pouvoir lambiner dans l’esprit qu’un temps, avant de rejoindre l’oubli propre aux œuvres mineures, car stériles et sans empathie particulière envers des âmes que l’on aurait aimé voir plus torturées.
Solidement composé dans son interprétation, Luciérnagas nous happe au moins dans sa pause narrative au sein d’un vrai beau décor de cinéma, et permet de se ressourcer au plus près de l’autre.
Critique : Frédéric Mignard
