Note des spectateurs :

Réalisateur, scénariste, producteur et critique, Bertrand Tavernier était un passionné du septième art, auteur de jalons du cinéma français dont Coup de torchon et Capitaine Conan. (Bandeau Crédit visuel : © 2016 Pathé Distribution. Tous droits réservés.)

Un cinéphile passionné et un réalisateur majeur du cinéma français

Né à Lyon, Bertrand Tavernier est le fils de l’écrivain et résistant René Tavernier. Il s’intéresse très jeune au cinéma et devient attaché de presse, critique de cinéma et assistant réalisateur de Jean-Pierre Melville. Tavernier défend les grands maîtres du cinéma américain, mais aussi des artisans hollywoodiens méjugés en leur temps, comme Budd Boetticher. S’il admire Renoir et Grémillon, il prend ses distances avec la doxa de la Nouvelle Vague, préférant mettre en lumière des réalisateurs plus axés sur la tradition et la rigueur du scénario, comme Autant-Lara ou Duvivier. Il publie dès 1970 plusieurs ouvrages majeurs, dont Amis américains : entretiens avec les grands auteurs d’Hollywood (1993).

Bertrand Tavernier passe à la mise en scène avec L’horloger de Saint-Paul (1974), adaptation de Simenon qui le voit collaborer d’une part avec Jean Aurenche et Pierre Bost, scénaristes symboles de la « qualité française », d’autre part avec l’acteur Philippe Noiret, qui deviendra son interprète de prédilection. Mais le cinéma de Tavernier est classique sans être académique, avec une prédilection pour les sujets de société (historiques ou actuels), qu’il transcende par une mise en scène sans failles et maîtrisée. Dans la veine historique, il aborde les contradictions de la Régence dans Que la fête commence (1975), la justice de classe dans Le juge et l’assassin (1976), la violence moyenâgeuse dans La passion Béatrice (1987), les tourments de la Première Guerre mondiale dans La vie et rien d’autre (1989) et Capitaine Conan (1996) ou ceux de l’Occupation dans Laissez-passer (2002). Cinéaste de gauche, Tavernier dénonce le colonialisme dans le polar Coup de torchon (1981) ou l’aliénation de la jeunesse avec L’appât (1995).

Un dimanche à la campagne, affiche du chef d'oeuvre de Tavernier

© Bernard Bernhardt – Bernard Bernhardt (affichiste), A.R.P./ L.P.C. (agence)

Bertrand Tavernier, un réalisateur éclectique

Il s’intéresse aussi aux états d’âme du corps enseignant avec Une semaine de vacances (1980) et Ça commence aujourd’hui (1999), tout en abordant les thèmes de l’activité policière dans L. 627 (1992), de l’adoption dans Holy Lola (2004), ou des coulisses du pouvoir dans Quai d’Orsay (2013). Bertrand Tavernier signe aussi La mort en direct (1980), dystopie annonciatrice des dérives de la téléréalité, et montre son admiration pour les artistes, avec le peintre amateur d’Un dimanche à la campagne (1984), ou le musicien ravagé par l’alcool d’Autour de minuit (1986). Réalisateur éclectique, ouvert à tous les genres, il passe avec aisance de la chronique familiale (Daddy Nostalgie, 1990) à l’adaptation littéraire traditionnelle (La princesse de Montpensier, 2010), en passant par le thriller américain décalé (Dans la brume électrique, 2009).

Tavernier est aussi un documentariste de talent, qu’il aborde la guerre d’Algérie dans La guerre sans nom (1992) ou qu’il revisite le septième art avec Voyage à travers le cinéma français (2016). Président de l’Institut Lumière, Tavernier a obtenu plusieurs récompenses dont le Prix Louis-Delluc, deux César du meilleur réalisateur, l’Ours d’argent au Festival Berlin, le prix de la mise en scène au Festival de Cannes, et le Lion d’or pour la carrière. Il avait été l’époux de la scénariste Colo O’Hogan Tavernier, avec laquelle il avait partagé le César du meilleur scénario pour Un dimanche à la campagne. Il est également le père de l’acteur Nils Tavernier (avec lequel il a réalisé le documentaire Histoires de vies brisées : les « double peine » de Lyon) et de l’écrivaine Tiffany Tavernier. Bertrand Tavernier est décédé le 25 mars 2021 à l’âge de 79 ans.

Gérard Crespo