Note des lecteurs
@ Claude Gassian

Pas plus le jour que la nuit d’Alex Beaupain est un album sinistrement beau quand il ne tombe pas dans l’écueil des clichés contemporains.  

Pour son nouvel album, Alex Beaupain poursuit une carrière intimiste marquée de sa sensibilité. Dix morceaux sobres, mais intenses dans leurs textes, leur pesanteur, leur pessimisme.

La communion des esprits sombres

L’artiste qui évoquait récemment le deuil dans une magnifique interview du Monde où il se mettait à nu, balance quelques morceaux qui plombent la soirée, mais tendent vers l’extase de la communion avec son âme.

Poussière lente, conclusion de l’album qui nous pousse vers sa fin du monde, avec un choix du passé dans la conjugaison qui fait froid dans le dos (« moi j’aimais les rivières, je jure, je les aimais… ») endosse un discours un peu à la mode qui aurait pu être écrit tel quel dix ans auparavant, quand la thématique était moins consensuelle. Toutefois les paroles sont si finement écrites, avec l’insert bienveillant, mais bouleversant, des migrations et des enfants sur les plages, qu’on lui pardonne la facilité de thème…

@ Claude Gassian

L’écueil des lieux-communs…

Peut-être parce que tous les artistes du moment n’omettent pas de livrer leur chanson sur les attentats qui ont frappé Paris, et même toute l’Europe, qu’on reste finalement un peu plus en retrait des Sirènes, où l’artiste rêve d’un ailleurs sans leurs déchirements dans la ville et joue sur l’homophonie entre les mythes des mers et le bruit assourdissant annonciateur des tragédies humaines. Les paroles brillent par leur sobriété et un talent réel, mais la mélodie plate rejoint l’autre morceau d’époque, Orlando, où l’on retrouve ce même chant des sirènes, puisqu’il revient sur le massacre homophobe commis dans une boîte de nuit gay de Floride, sans trouver le ton juste au-delà des mots. Morceau écrit, mais trop peu composé : on reste effroyablement en dehors de cet hymne à la tolérance qui aurait dû nous parler davantage.

Beaupain est un grand poète de l’autre

Pourtant, l’extase évoquée plus haut est bien là… Les mots de l’incipit de l’album, Tout le contraire de toi, sont justes et nous comblent de par l’embellissement mélodique qui les accompagne. Une belle ouverture où Beaupain évoque magnifiquement l’autre, de cette chaleur corporelle qui saisit l’amoureux. Pas plus le jour que la nuit, en milieu d’album, sorti un peu plus tôt en single promotionnel, renforce la conviction que Beaupain est un poète de l’autre.

Pochette @ Polydor

Pas plus le jour que la nuit nous enivre

Les bons titres abondent : Diastème, Un peu de ça, Ektachrome et surtout, Cours camarade dont le constat sur ce qu’il reste de Mai 68 nous donne le frisson. L’ivresse d’une composition pointue, d’une simplicité vocale qui affecte notre moral et cette maîtrise des double-sens font du titre le pivot d’un album sinistrement beau quand il ne tombe pas dans l’écueil des clichés contemporains.  

Pas plus le jour que la nuit, disponible à partir du 4 octobre 2019 – Polydor

Frédéric Mignard

@ Polydor