Note des lecteurs

Cinéaste controversé, Jean-Claude Brisseau a vu sa carrière dévastée par une accusation d’agression sexuelle, succédant à une condamnation en 2005 pour le harcèlement sexuel subi par deux de ses anciennes comédiennes. En 2017, la Cinémathèque avait dû renoncer à une rétrospective, en raison de la pression populaire, en pleine polémique mondiale sur l’affaire Weinstein.

Mais aujourd’hui, à la mort de l’homme, n’oublions pas le grand auteur, illuminé iconoclaste, quasi ultime représentant d’une cinématographie symbolique et surréaliste qui a complètement disparu de nos écrans.

Cet ancien professeur de français était un cinéaste social dans les années 80 qui a su filmer les quartiers, le bitume et la fureur (De Bruit et de fureur, 1988), tout en s’intéressant en particulier à l’adolescence. Noce Blanche (1989) avec la chanteuse Vanessa Paradis est son plus grand succès. Il révèle la jeune star de la musique là où on ne l’attendait pas, dans un rôle dramatique qui réorientera sa carrière et lui vaut un César.

Affiche – crédit : Dominique Bouchard

Brisseau, l’ogre, poursuit une carrière de plus en plus absconse pour le grand public. L’éthérée et spirituel Céline (1992), avec Isabelle Pasco, divise. Le morbide L’Ange noir (1994), dans lequel il dirige Sylvie Vartan, est trop étrange pour le public de Noce blanche qui semble disparaître.

Pendant masculin du cinéma de Catherine Breillat, il sexualise de plus en plus une filmographie où perversité, violence et mysticisme se côtoient, au grand dam des cinéphiles les plus larges d’esprit.

Dans les années 2000, le fascinant Choses secrètes est un échec. Il enchaîne en 2006 avec Les anges exterminateurs, dont la sortie controversée reflète une bien triste actualité. Les deux films très proches l’un de l’autre sont interdits aux moins de 16 ans.

Les budgets de l’auteur s’amenuisent toujours dans la dernière partie de sa carrière, avec les libertins et surréalistes A l’aventure (2008), La Fille de nulle part (2012) et le micro budget tourné à domicile, Que le diable nous emporte (2018).

Sa mort en mai 2019, à l’instar de la disparition de Andrzej Zulwaski en 2016, éloigne un peu plus le cinéma français des canons radicaux des années 70-80, dont il était encore l’un des représentants les plus fidèles.

Il avait 74 ans.

Crédit photo bandeau : Aurélia Frohlich (film A l’aventure, 2008)

Article de Frédéric Mignard