Tales from the Loop : la critique de la série événement d’Amazon Prime (2020)

Science-fiction | 8 X 50 min
Note de la rédaction :
10/10
10
Tales From The Loop, poster 1

  • Date de sortie: 03 Avr 2020
  • Titre original : Tales from the Loop
  • Nationalité : Américain
  • Réalisateurs : Mark Romanek, So Yong Kim, Dearbhla Walsh, Andrew Stanton, Tim Mielants, Charlie McDowell, Ti West, Jodie Foster
  • Acteurs : Abby Ryder Fortson, Rebecca Hall, Tyler Barnhardt, Daniel Zohlgadri, Duncan Joiner, Ato Essandoh, Christin Park, Nicole Law, Paul Schneider, Jonathan Pryce, Jane Alexander, Dan Bakkedahl, Lauren Weedman, Alessandra de Sa Pereira, Leann Lei, Danny Kang, Dominic Rains, Jon Kortajarena, Brian Maillard, Elektra Kilbey, Emjay Anthony, Stefanie Estes
  • Scénariste : Nathaniel Halpern, d'après l'ouvrage de croquis narratif Tales from the Loop de Simon Stålenhag et le jeu de rôle développé par Nils Hintze et Simon Stålenhag
  • Compositeurs : Philip Glass, Paul Leonard-Morgan
  • Producteurs : Matt Reeves, Adam Kassan, Rafi Crohn, Nathaniel Halpern, Mark Romanek, Mattias Montero, Johan Lindström, Samantha Taylor Pickett
  • Studios : Indio Film, 6th & Idaho Moving Picture Company, Fox 21 Television Studios, Amazon Studios
  • Plateforme de diffusion : Amazon Prime Video
Note des spectateurs :
[Total : 2   Moyenne : 4.5/5]

Tales from the Loop est une mini-série en huit épisodes touchée par la grâce, parmi les spectacles télévisuels les plus intenses et les plus émouvants jamais accomplis. Un chef-d’œuvre de poésie lunaire qui retrouve l’intensité de Bienvenue à Gattaca et du Géant de Fer, en portant une réflexion sur la temporalité de la vie au plus près des préoccupations universelles. 

Synopsis : Inspirée des tableaux mystiques de Simon Stålenhag, la série Tales from the Loop nous plonge dans les aventures déconcertantes d’une population vivant au-dessus du Loop : une machine cherchant à lever les mystères de l’univers, faisant au passage des récits de science-fiction une réalité.

#Restezconfinés et entrez dans la “Loop”

Critique : C’est donc en période de confinement mondial qu’Amazon Prime libère l’étrangeté poétique de sa série clé Tales from the Loop. A une époque de dystopie apocalyptique vécue à chaque instant sur les chaînes d’information en continue, les ravages cathartiques d’un tel programme pourrait avoir un effet libérateur, et devrait engager songes et émotions à leur paroxysme systémique. On touche là au sublime…

Avec la garantie de garder confiné chez soi pendant 8X50 minutes les spectateurs qui possèdent l’abonnement Amazon Prime, cette adaptation en images live de l’art graphique de l’artiste suédois Simon Stålenhag relève de la grâce pure, du bijou ouaté dont l’infinie tristesse ne doit jamais trahir la réalité de sa beauté mélancolique et de sa puissance d’empathie. Comme l’un des protagonistes clés le souligne dans une subtile mise en abîme, lors du dernier épisode, it’s sad but beautiful. Des mots qui semblent définir la qualité même du script de science-fiction qui transcende dans la mélancolie et l’apothéotique toutes les références de cette production Matt Reeves, Nathaniel Halpern ou encore Mark Romanek.

Tales From The Loop, poster 1

© Amazon Studios

A notre époque de spectacles eighties qui confondent hommage et gavage (Stranger Things sur Netflix, Ça au cinéma), Tales from the Loop est le seul programme qui relève de l’élégie dans ce qu’elle a de plus noble, s’imprégnant autour du concept d’une étrange sphère qui régit le quotidien des habitants d’une petite ville hors du temps, du souvenir des productions Amblin Entertainment, mais en les transcendant car à vrai dire, rien d’aussi fort n’en est jamais ressorti. Les auteurs ici transfigurent les mythes d’une Amérique que l’on avait oublié d’aimer dans sa ruralité paisible depuis des décennies, grâce à un trait de pinceau qui relève de la peinture numérique artisanale, émotionnelle et transgénérationnelle.

Paysage d’une Amérique sublimée dans sa ruralité

Soucieux de reproduire le plus beau d’une science-fiction des années 60, 70 et 80 dans le cadre réaliste d’un Linden Frederick, des éléments en apesanteur viennent intégrer cette Amérique sublimée… Des sphères rouillées oubliées dans des champs, qui révèlent dans l’écho de votre voix l’évolution de celle-ci à travers les âges telle une ligne de vie vocalisée, ou vous permettent d’échanger de corps et d’usurper une identité, le temps d’une nuit ou d’une vie…

Les drames de vie relatés autour de quelques personnages sur lesquels les épisodes vont se focaliser sont universels dans les relations qu’ils dépeignent, l’amour filial, la peur de l’abandon, les rapports intergénérationnels… Devant l’indicible complexité des rapports humains au cœur d’une famille, entre frères, frère et sœur, père et fils dans les âges, la douloureuse philosophie du personnel du spectateur est amplifiée par les drames sourds de l’écran qui se déploient dans une universalité déconcertante. L’ultime épisode mis en scène par Jodie Foster prend toute sa valeur dans sa capacité à explorer le lien inexorable entre une mère et son enfant, démontrant un peu plus la pertinence du choix des cinéastes pour chacun des épisodes.

Tales From The Loop, poster 3

© Amazon Studios

Une réflexion sur la temporalité de la vie

Étrange comme un épisode de la Quatrième Dimension, poétique comme Le géant de Fer de Brad Bird (sauf qu’ici c’est son autre pote de Pixar, Andrew Stanton, qui met en scène l’un des huit épisodes), poignant comme le Never let me go de Mark Romanek, l’un des producteurs et réalisateurs de cette série, au passage, cette épopée de l’intime réalisée autour de quelques bouts de ferraille provoque un sentiment d’abattement émotionnel que l’on n’avait pas ressenti dans le genre depuis le fabuleux Bienvenue à Gattaca, dont on retrouve l’effet “loop”et donc de boucle dans les battements de cœur du script, fruit d’un miracle d’écriture, et dans la musique, dont l’aperçu ci-dessous vous donnera une idée de l’intensité. On pense fortement à la puissance évocatrice du score de Michael Nyman pour Gattaca, dans la composition de Michael Glass, en collaboration avec un habitué du score télévisuel, Paul Leonard-Morgan. Glass est l’auteur d’une symphonie d’émotions cycliques qui rend sa présence sur cette réflexion sur la temporalité de l’existence forcément indispensable, puisque toute l’œuvre même du compositeur est fondée sur cette forme d’apologie de la tristesse orchestrale.

Tales from the Loop est une merveille d’humanité

L’avant-dernier épisode offre un inquiétant hommage à la série Lost, dont on retrouve le temps d’une quarantaine de minutes le sens de l’abscons et de la peur, lors d’un épisode insulaire mis en image par l’un des contemporains de l’épouvante indépendant, Ti West. Et il est vrai que Tales from the Loop offre bien des échos au classique de la série des années 2000 conçu par J.J. Abrams, mais sans jamais rater de marches, car contrairement au mythe Lost au final honteux, ces huit épisodes forment un tout homogène, cohérent, un cercle vertueux et virtuose de perfection artistique jusque dans la magnifique intégration des créatures de fer au plus près des humains. Esthétiquement gratifiant dans sa réalisation et ses cadrages harmonieux, la Loop ne se contente pas de mettre le paquet sur un premier épisode accrocheur, s’inspirant d’une science-fiction atavique pour finalement devenir une source ultime d’inspiration artistique.

Tales from the Loop est une merveille d’humanité.

 

Frédéric Mignard

Voir Tales from the Loop sur Amazon Prime Video

Tales From The Loop, poster 2

© Amazon Studios

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Tales From The Loop, poster 1

Bande-annonce de Tales from the Loop

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