Piranhas : la critique du film (2019)

Polar | 1h52min
Note de la rédaction :
7/10
7
Piranhas, affiche française

Note des lecteurs

L’adaptation du roman éponyme de Roberto Saviano, paru aux éditions Gallimard, sur une jeunesse désœuvrée, fascinée par la violence, revisite le film de mafia en abordant avec efficacité et émotion le thème des baby gangs. Percutant ! Primé à Berlin et à Beaune.

Synopsis : Nicola et ses amis ont entre dix et quinze ans. Ils se déplacent à scooter, ils sont armés et fascinés par la criminalité. Ils ne craignent ni la prison ni la mort, seulement de mener une vie ordinaire comme leurs parents. Leurs modèles : les parrains de la Camorra. Leurs valeurs : l’argent et le pouvoir. Leurs règles : fréquenter les bonnes personnes, trafiquer dans les bons endroits, et occuper la place laissée vacante par les anciens mafieux pour conquérir les quartiers de Naples, quel qu’en soit le prix.

Quand les adolescents s’approprient les codes de la mafia

Critique : Claudio Giovannesi avait réalisé Fiore (Quinzaine des Réalisateurs 2016), touchant récit ayant pour cadre un établissement pénitentiaire pour mineurs. Il persiste dans la voie d’un cinéma social et policier en adaptant un roman de Roberto Saviano, dont Gomorra avait été porté à l’écran par Matteo Garrone.

L’originalité de Piranhas (curieux titre français de La Paranza dei bambini) est la transposition en milieu adolescent des codes de la mafia. Maurizio Braucci, coauteur de l’adaptation, a indiqué : « Dès le départ, alors que nous cherchions un film dans le livre, un élément nous a semblé clair : tout devait être raconté à vive allure pour suivre le rythme soutenu, effréné de ces jeunes Napolitains qui vivent sur leurs scooters et roulent à tombeau ouvert (…) Nous avons défini le thème principal de l’histoire : un adolescent doit choisir entre deux destins et devenir un chef mafieux respecté ou un gamin heureux. Nous avons décidé de travailler sur son imaginaire, peuplé de bandits qui lui servent de modèle, mais aussi de pulsions d’amour et de générosité ».

Piranhas (2019) - photo

Crédits : Palomar, Vision Distribution, Sky Cinéma, Tim Vision, Elle Driver, Wild Bunch Distribution

Se méfier de l’eau qui dort

Inspiré de faits réels, le film est habile dans la description de la destinée de jeunes quasiment dépourvus de conscience morale, certes attachés aux liens familiaux et n’ayant pas vraiment mauvais fond, mais prêts à tout pour échapper à un quotidien sordide et ennuyeux. La fascination pour les grands bonnets de la Camorra va être le catalyseur de l’ambition de ces graines de caïds dont la figure de proue est Nicola, quinze ans. Ce minet au visage gracieux et au petit air angélique, attaché à sa maman et son petit frère, et bientôt amoureux de la jolie Letizia, ne semble guère plus dangereux que l’éphèbe de L’Ange de Luis Ortega, autre métrage ayant cerné avec acuité la violence dans l’ombre de la pureté juvénile. Car il faut se méfier des apparences lisses et de l’eau qui dort, et le gamin qui a bien compris les enjeux du pouvoir va devenir au gré d’un concours de circonstances le nouveau mafieux outsider de son quartier…

Ce qui frappe dans Piranhas, c’est l’absence de toute figure d’adulte susceptible d’incarner l’autorité ou la norme : du père falot de Letizia à la mère passive de Nicola, tous semblent marqués par la lâcheté ou l’impuissance et aucun personnage d’éducateur ou de policier ne vient contrecarrer les velléités déviantes de ces jeunes gens. Et pour peu que le spectateur accepte certaines invraisemblances (la facilité avec laquelle Nicola et ses potes arrivent à rouler une bande de briscards loin d’être nés de la dernière pluie), Piranhas est un polar efficace tout autant qu’un témoignage documenté sur la ville de Naples et ses enfants de rue. Le casting est à cet égard étonnant, les non-professionnels engagés ayant donné le meilleur d’eux-mêmes, sans doute grâce au travail d’Eleonora Danco et Tatiana Lepore, qui les ont coachés dans des ateliers leur ayant permis d’exprimer des sentiments par le travail d’art dramatique : une mention doit être accordée à Francesco Di Napoli dans le rôle principal, son jeu s’inscrivant dans la meilleure tradition néoréaliste, soixante-treize ans après la prestation de Franco Interlenghi dans Sciuscia de Vittorio De Sica.

Critique de Gérard Crespo

Les sorties de la semaine du 5 juin 2019

Piranhas, affiche française

Crédits : Palomar, Vision Distribution, Sky Cinéma, Tim Vision, Elle Driver, Wild Bunch Distribution

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Piranhas, affiche française

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