Mektoub my love : Intermezzo – la critique du film (2019)

Expérimental, Erotique, Romance | 3h32min
Note de la rédaction :
4/10
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Mektoub my love Intermezzo (Cannes 2019) photo

Le second volet du projet fleuve de Kechiche est un pétard mouillé, interminable clip et trip dont l’originalité et le culot ne suffisent pas à capter l’attention.

Synopsis : La fin de l’été approche. Amin et ses amis rencontrent Marie, une jeune étudiante parisienne.

Canto Uno

Critique : Fraîchement accueilli à la Mostra de Venise 2017, Mektoub My love : Canto Uno avait divisé la critique avant d’être plutôt réévalué, le film figurant même dans les tops 10 annuels des rédactions. Touchant récit d’initiation plus ou moins autobiographique, le métrage réussissait à étaler sur trois heures un pitch minimaliste, parvenant à rendre attachants des personnages de jeunes adultes cherchant leur voie, professionnelle ou sentimentale, dans le décor estival de la ville de Sète, en 1994.

Intermezzo

La déception engendrée par cet Intermezzo, présenté à Cannes, n’en est que plus frustrante, surtout eu égard aux grands moments de cinéma naguère offerts par le réalisateur, de L’Esquive à Vénus noire. Cette seconde partie qui devait initialement durer quatre heures a été amputée de trente minutes lors du montage effectué quelques jours avant sa présentation à Cannes. Elle se présente comme un intermède qui réunit les mêmes personnages à fin du mois d’août. Sont donc à nouveau à l’écran la petite bande familière composée de Tony, le dragueur mytho ; Ophélie, la pulpeuse éleveuse de brebis, future mariée qui collectionne les aventures ; et d’autres dont Amin, l’apprenti scénariste et photographe, censé incarner le double du réalisateur quand il était jeune. Une petite nouvelle, Marie, étudiante en science de l’éducation draguée par les mecs, s’attire la sympathie des filles, et se joint au groupe qui se fixe un rencart dans la discothèque branchée de la petite ville.

MEKTOUB MY LOVE : INTERMEZZO photo

© 2018 – Quat’Sous Films / Pathé Films / France 2 Cinéma / Good Films / Bianca / Nuvola Film

Une expérience cinématographique libre

Et c’est parti pour près de trois heures de séquence de boîte de nuit filmée en temps réel, avec musique techno et house assourdissante, échanges de propos d’une banalité abyssale, la seule échappée à la piste de danse étant une scène de sexe d’une durée d’un quart d’heure, dans les toilettes du club. « J’ai voulu célébrer l’amour, le désir, le corps et tenter une expérience cinématographique la plus libre possible, en brisant les codes narratifs », a déclaré Kechiche à l’occasion d’une conférence de presse électrique. En ce sens, sa démarche est unique et constitue (sur le papier) le projet cinématographique le plus culotté depuis Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles, dans lequel Chantal Akerman filmait les moindres gestes du personnage de Delphine Seyrig. Sur le papier seulement, tant la sensation de vacuité se dégage assez vite du procédé.

Triolisme sur piste disco dans Mektoub my love intermezzo

© 2018 – Quat’Sous Films / Pathé Films / France 2 Cinéma /

Une œuvre artistiquement creuse

Nous ne jouerons pourtant les moralistes effarouchés concernant l’image négative de la femme que donnerait le cinéaste : filmer en gros plans des fesses féminines se trémoussant sur la piste n’est certes pas du meilleur goût, mais ne signifie pas que Kechiche réduit ses personnages féminins à de simples exhibitions. Les jeunes femmes de Mektoub My Love ont d’ailleurs davantage de caractère que les hommes : la veulerie de Tony ou la mollesse d’Amin qui subit les événements plus qu’il ne les vit ne donnent pas un miroir particulièrement positif de la gent masculine, quand Camélia, la jeune tante, incarnée par la radieuse Hafsia Herzi, apparaît plutôt émancipée et déterminée. Reste que tous les personnages sont creux, à l’image d’un scénario privé de substance et d’un filmage à la truelle, loin des délires visuels d’un Gaspar Noé.

Souhaitons que l’auteur de La Vie d’Adèle se ressaisisse avec le troisième volet de Mektoub : My Love dont on espère qu’il arrivera à concilier audace et qualité artistique.

Critique de Gérard Crespo

Mektoub my love photo 2

© 2018 – Quat’Sous Films / Pathé Films / France 2 Cinéma / Good Films / Bianca / Nuvola Film

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