L’insensible : la critique du film (2019)

Drame, Drame psychologique | 1h27min
Note de la rédaction :
8/10
8
Affiche du film l'Insensible

  • Réalisateur : Ivan I. Tverdovsky
  • Acteurs : Denis Vlasenko, Anna Slyu, Daniil Steklov
  • Date de sortie: 11 Sep 2019
  • Nationalité : Russe, Français, Lituanien, Irlandais
  • Titre original : Подбросы, Jumpman, Casse-cou, Jump
  • Distributeur : Destiny Films
  • Éditeur vidéo :
  • Box-office France / Paris-périphérie :
  • Festivals : Arras Film Festival (Grand Prix du Jury), Karlovy Vary International Film Fetsival (Mention spéciale du Jury)
  • Classification : Interdit aux moins de 12 ans

Film de l’audace et du courage, L’insensible est une effroyable charge contre la corruption généralisée en Russie. Une œuvre forte, tendue, violente, qui ne peut laisser insensible. Immanquable.

Synopsis : Denis a grandi dans l’orphelinat où sa mère l’a abandonné. C’est un garçon spécial qui est atteint d’une maladie rare le rendant insensible à la douleur. Un jour, sa mère débarque et l’emmène à Moscou, où celle-ci est associée à un gang de fonctionnaires corrompus qui extorquent de l’argent à des gens riches. Dès lors, il participe à leurs manigances en se jetant devant des voitures pour faire chanter leur conducteur.

Critique : Osons le terme, L’insensible devrait être immanquable pour le cinéphile actuel. Il offre à peu près tout ce qu’un spectateur adulte curieux devrait rechercher aujourd’hui et qu’il ne trouve que trop rarement sur le grand écran. Un sujet de société fort, à savoir la corruption généralisée en Russie, qui gangrène toutes les institutions en toute impunité, ravageant les masses, et notamment ici un adolescent paumé, sans attaches, si ce n’est une mère qui l’a abandonné et qui se sert de lui, après l’avoir arraché à l’orphelinat où il s’adonnait à des jeux violents (impressionnante scène d’ouverture).

Denis Vlasensko blessé dans L'insensible

© Destiny Films, Arizona Productions, New People Company, Film & Music Entertainment, UAB Tremora

L’insensible appartient aux incontournables du cinéma russe contemporain

Loin d’un cinéma auteurisant mutique, le nouveau long de Ivan I. Tverdovsky (Zoologie et sa femme à queue !), se pare d’images marquantes et traite son sujet de façon audacieuse et courageuse, d’une manière telle qu’elle pourrait plaire à tous ceux qui sont dévolus au cinéma sud-coréen ou aux histoires de gangsters américaines, sauf qu’ici l’on ne se situe jamais dans le divertissement. Avec un réalisme plombant, toutefois ouvert aux incursions d’un onirisme cruel, le cinéaste ose brosser le portrait d’une nation où la corruption prospère, avec de faux accidents de la route mis en place par la pègre locale qui génère des scènes de drame et de procès où tout est fabriqué. Le folklore est impressionnant : des témoins achetés, un policier et un docteur à l’hôpital totalement vendus, en passant par l’avocate ou la juge qui n’œuvrent en rien pour la justice, mais pour l’argent facile…

Dans cette Russie contemporaine, sans foi ni loi, tout est fabriqué sauf l’adolescent de 17 ans, que l’on achète aisément, et à qui l’on demande de se jeter une fois, trois fois, dix fois dans les roues de voitures soigneusement choisies. La cruauté du sujet et celle d’un fait divers récurrent en Russie, tout comme les boîtes à bébé que l’on met à disposition à l’entrées des orphelinats pour que les mères puissent abandonner leur progéniture. On imagine le jeune protagoniste jeté dans l’inconnu au début de sa vie dans ces conditions sordides. Mais que fait donc la Russie à ses enfants? La condamnation de l’orphelinat ne sera pas et demeure paradoxalement un authentique lieu d’espoir, s’il en fallait une lueur.

 

Anna Slyu dans L'insensible

© Destiny Films, Arizona Productions, New People Company, Film & Music Entertainment, UAB Tremora

Un film captivant et choquant…, un joyau de douleurs dont l’effet perdure

L’insensible du titre, c’est lui. De façon singulière, Denis est insensible à la douleur, ce qui génère des scènes très désagréables pour le spectateur notamment dans l’établissement où il vit au début du film, mais magnifiquement filmées. Il est insensible au sort de ceux dont il brise la vie sur la route, car il le fait pour la mère retrouvée qui est venue l’arracher de l’orphelinat où il a grandi. L’insensible du corps ne l’est évidemment pas psychologiquement, et son jeune âge rend la douleur de l’abandon d’autant plus vive. La relation avec sa mère, cette proximité quasi incestueuse avec une femme-enfant cassée, alcoolique, incapable de l’aimer dans la norme, est aussi objet de concussion dont il ne peut pas ne pas souffrir. Le spectateur avec lui.

Radical et intransigeant dans sa vision de la Russie contemporaine, mise en scène avec brio, incluant pour les Francophones une très belle scène de danse sur un morceau de Fishback, L’insensible, interdit aux moins de 12 ans, et non sans raison, est un film captivant, choquant, qui a tout pour grossir en l’un de nos favoris de cette année 2019. Bref, un joyau de douleurs pour les spectateurs adultes qui veulent être secoués par des spectacles intelligents, révélateurs du monde dans lequel ils évoluent.

Critique  : Frédéric Mignard

Sorties de la semaine du 11 septembre 2019

Affiche du film l'Insensible

© Destiny Films, Arizona Productions, New People Company, Film & Music Entertainment, UAB Tremora

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