Porté par un formalisme visuel épatant qui capture à merveille la grisaille du Pays de Galles, Face à la mer est un mélodrame gay pertinent.
Synopsis : Jack est marié depuis des années à Maggie, son amour de jeunesse. Il travaille comme pêcheur dans les eaux du nord du Pays de Galles, avec son jeune frère, Dyfan, et ses trois fils. Jack a toujours pensé que son fils, Tom, rejoindrait l’entreprise familiale à la fin de ses études, mais la réticence de Tom à suivre ses traces provoque des tensions familiales. Celles-ci sont encore exacerbées par l’arrivée d’un matelot itinérant, Daniel, qui avoue ses sentiments à Jack. Dans cette communauté rurale isolée où la vie tourne autour de l’Église et de la pêche, Jack est confronté à un dilemme insurmontable.

© Red Union Films. All Rights Reserved.
Près de dix ans après The Violators qui évoquait les violences familiales à hauteur d’adolescente, l’écrivaine Helen Walsh remet le pied à l’étrier pour un nouveau drame atavique. Exit désormais le nord de l’Angleterre et ses paysages industriels, l’autrice privilégie désormais les paysages désolés de la partie nord du Pays de Galles, dont on retrouve quelques beaux vestiges industriels également. Forcément, cette région britannique est aussi la plus pauvre.
Face à la mer s’intéresse à la réalité du terrain d’une communauté de mytiliculteurs qui, à l’instar des moules qu’ils élèvent, est fortement accrochée à son détroit où l’océan vient culminer en embruns… Une dette familiale, un héritage d’homme en homme… il est difficile de faire le choix de partir quand reposent sur soi les responsabilités de cet élevage qui n’élève pas forcément le meilleur dans l’humain. Et on comprend la réticence du fils du protagoniste principal à vouloir mettre les mains dans les filets pour ne pas reproduire un schéma qui semble déjà le plonger dans une forme de dépression adolescente.

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L’auteur des romans Brass et Une famille anglaise (Once Upon a Time in England) a le sens du descriptif et la volonté littéraire de coller au plus près des magnifiques paysages, souvent rocheux et brumeux, qui invitent à l’immensité de la mer. Elle avait d’ailleurs envisagé pour son récit du bout du monde, de l’isolement mental et physique, et du secret qui bouffe l’humain, l’Écosse, que l’on mentionne ici via Oban et Mull, mais aussi l’île de Man, en mer d’Irlande…
Face à la mer, géographie du terroir mental
Finalement, son choix s’est porté sur la splendide côte d’Anglesey où la vie défile au ralenti et creuse les traits des autochtones. La jeunesse y est désœuvrée, la famille tenue par l’obligation de culte et de renoncement, quand la seule vie sociale se résume à des virées au pub où chacun a sa place, au masculin.
Au loin dans ce décor, on aperçoit un fil de relief, le royaume de Snowdon, qui sert comme une frontière vers un autre monde, plus civilisé, celui de l’Angleterre, plus cossu, moderne, consommateur : à Londres, on y consomme goulûment les moules extraites par ces hommes rugueux du terroir. Une Angleterre d’une autre éducation, celle qui élève par le savoir et le refus de l’enfermement. Tout ce que le personnage central de Jack, marié depuis ses 16 ans, n’a jamais eu l’opportunité de connaître, en dehors du fantasme.

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Dans une forme de cinéma-vérité où l’humain colle à la caméra, Helen Walsh prend le temps de poser l’arrière-plan social et ethnologique de ces laissés-pour-compte d’une société qui s’occupe peu de cette main-d’œuvre de la frange. Le personnage de Jack, droit, juste, est éminemment bon, même si l’on comprend vite qu’il est rongé par ses propres remords. Un plan sobre et furtif de masturbation évoque cette frustration qui va concrètement prendre la forme masculine plus jeune d’un ouvrier des mers, le matelot Tom.
Démarre alors une romance loin d’être graveleuse et voyeuriste, mais asséchée par la réalité du terrain. Dans ce monde d’hommes, l’homophobie survient mais l’autrice n’en fait pas le moteur dégétique. La communauté est surtout un microcosme rural humble que l’on trahit par ses choix. Elle forme un tout de fraternité, d’acceptation de son statut qui vous est flanqué à la naissance.
On ne pourra pas reprocher à ce Brokeback Mountain gallois ses formes, Helen Walsh faisant de ses plans de peintures de grisaille un bel exercice de tonalisme. En revanche, l’intrigue est forcément quelque peu limitée par les stéréotypes que campent les personnages. Il manque à l’écriture un aspect saillant et puissant pour marquer de son empreinte, et ce n’est pas le choix d’une problématique métaphorique et mélodramatique autour de la maladie, qui vient se greffer en cours d’histoire, qui permet à ce projet de trouver entièrement son identité.
Face à la mer et son formalisme épatant est indéniablement un beau film qui nous fait aimer ses personnages, mais qui manque d’arguments pour s’élever dans un genre LGBT ultra-balisé.
Frédéric Mignard

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