Le fils : la critique du documentaire (2019)

Documentaire | 1h11min
Note de la rédaction :
7/10
7
Le Fils, affiche du film d'Alexander Abaturov

  • Réalisateur : Alexander Abaturov
  • Date de sortie: 29 Mai 2019
  • Nationalité : Français, Russe
  • Titre original : The Son
  • Distributeur : Nour Films
  • Editeur vidéo :
  • Date de sortie vidéo :
  • Box-office France / Paris :
Note des lecteurs

Bien que quelque peu censuré, ce documentaire russe en dit long sur la capacité des unités d’élite de l’armée locale à transformer des êtres humains en machines de guerre.

Synopsis : Le réalisateur nous plonge dans l’univers clos des Spetsnaz, unités d’élite de l’armée russe, sur les pas de son cousin Dima : la vie et les étapes de formation des jeunes recrues, dévouées corps et âmes à la patrie, de leur parcours du combattant dans la boue, aux manœuvres en forêt entre explosions et rafales jusqu’à l’examen pour devenir béret rouge.
En parallèle, les parents de Dima affrontent le vide laissé par son absence.

Surmilitarisation de la Russie depuis l’éclatement de l’URSS

Critique : Le 23 mai 2013, Dima, le cousin du réalisateur, est tué d’une balle dans la tête au Daghestan. Il ne s’agit pas d’un accident dû au hasard de la vie, mais du résultat de la surmilitarisation de la Russie depuis l’éclatement de l’URSS en 1991.

Depuis cette époque, certains jeunes Russes trouvent une certaine excitation à s’engager dans l’armée d’autant que l’image valorisante du soldat est largement entretenue à l’intérieur du pays. C’est ainsi que Dima avait décidé de suivre la voie militaire.

Hommage au cousin, petit frère et fils disparu

Posant sa caméra au cœur de deux univers opposés -le quotidien bruyant et brutal de l’armée et le deuil impossible de la famille-, Alexander Abaturov, à la fois réalisateur et scénariste pénètre, sans apriori et avec respect, au cœur d’un monde impitoyable pour rendre hommage à ce cousin qu’il considérait comme son petit frère mais dont il découvre un aspect inconnu.

Si les autorités militaires ont répondu positivement à cette demande d’hommage filmé, le FSB (Service Fédéral de sécurité de la fédération de Russie) n’en apprécie guère la démarche. De quoi largement justifier l’absence de jugement et de parti-pris idéologique adopté par le réalisateur, et une durée particulièrement courte (le film ne dure qu’une heure et dix minutes).

Un soldat russe en souffrance dans le film Un fils de Abaturov

Crédits : Nour Films, Petit à petit Production, Sibériade, Studio Ida

Retranscription éprouvante du quotidien du soldat

Grâce à la complicité qu’il établit sans difficulté avec ces jeunes soldats, Abaturov obtient néanmoins des images au réalisme criant dont le but est plus de nous faire partager les sensations et l’état d’esprit des compagnons d’armes du jeune disparu que de rendre gloire à la grande armée russe.

L’auteur nous invite à suivre leur quotidien éprouvant composé de nuits inconfortables sous des tentes, de marches interminables dans la gadoue, d’entraînements en forêt avec armes et explosions jusqu’à l’épreuve finale qui les laisse le visage meurtri et le corps démantelé.

La cruauté d’un système qui, au nom du patriotisme, broie ses forces vives

En effet, dès la scène d’ouverture, aucun doute n’est laissé sur l’ampleur du sacrifice attendu de la part de ces jeunes gens que l’on voit dépossédés de tout : cheveux rasés, yeux hagards, tous concentrés sur la même activité que l’on pressent obligatoire, dépouillés de toute personnalité. Pour rejoindre ces forces spéciales dont le seul mot d’ordre est l’efficacité absolue par tous les moyens disponibles, ils ont accepté de laisser au placard leur vie personnelle pour se consacrer à la patrie devenue désormais leur seule et unique famille en sachant que seule la mort leur permettra de retrouver identité et famille génétique.

 

Crédits : Nour Films, Petit à petit Production, Sibériade, Studio Ida

Rendre toute sa grandeur à une jeunesse sacrifiée

De cet environnement carcéral, parallèlement, s’échappent quelques séquences propres à nous rattacher à la vie malgré la cruauté qu’elles véhiculent : réunion familiale lors des funérailles, paroles d’une femme enceinte qui symbolise l’espoir d’un avenir plus doux, rencontre avec un homme qui a déjà connu la douleur de la perte d’un enfant, et enfin édification d’une statue à l’effigie de Dima. Discrètement, ces moments suggèrent toute l’absurdité d’un système qui, au nom du patriotisme, broie ses forces vives.

Exploitant habilement le cycle de la vie et de la mort, le jeune réalisateur signe un premier documentaire bien rythmé et riches de plans serrés grâce auxquels le spectateur se tient à la confortable place de l’observateur privilégié et parvient à rendre toute sa grandeur à un jeune homme sacrifié en effaçant l’image du soldat standardisé au profit de celle du fils vénéré par les siens.

 

Critique : Claudine Levanneur

 

Affiche du film Le Fils

Crédits : Nour Films, Petit à petit Production, Sibériade, Studio Ida

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Le Fils, affiche du film d'Alexander Abaturov

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