Faux film de zombies français et vrai film d’ennui, La nuit a dévoré le monde sonde le vide avec une somnolence qui force l’aigreur.
Synopsis : En se réveillant ce matin dans cet appartement où la veille encore la fête battait son plein Sam doit se rendre à l’évidence : il est tout seul et des morts vivants ont envahi les rues de Paris. Terrorisé, il va devoir se protéger et s’organiser pour continuer à vivre. Mais Sam est-il vraiment le seul survivant ?
Sous le pavé : le néant
Critique : Beaucoup de direct-to-streaming flicks nourrissent les plateformes d’un scénario apocalyptique vide de sens et de contenu. Ils sont espagnols, américains et même, désormais, français. Sauf que La nuit a dévoré le monde (Gérardmer 2018) a eu la prétention de sortir en salle.
Premier film de Dominique Rocher qui revendique chacune des tares de son film (un personnage peu ou prou unique, unité de lieu, minimalisme, absence de peur…), l’adaptation du roman éponyme de Pit Agarmen concentre toutes les tares d’une production auteurisante, qui fait même parfois abstraction de la musique pour livrer le spectateur au creux sidéral laissé par la disparition soudaine des Parisiens, évanouis en nuit, alors que des contaminés semblent avoir gobé toute vie sur Paname, à part celle d’un matou plus attaché à sa maîtresse qu’à son territoire (grosse faute scénaristique pour tout ceux qui ont un félin chez soi).
Le huis clos haussmannien, film de confinement par excellence, n’est pas sans rappeler une production hexagonale qui était sortie un mois auparavant, en 2018, dans nos cinémas, le mal-aimé Dans la brume de Daniel Roby, avec Romain Duris, où les zombies avaient pris la forme d’un brouillard esthétique qui happait aussi son monde parisien. Ce dernier, pas franchement enthousiasmant, faute d’un script élaboré, pouvait paraître comme une œuvre d’action à côté de ce filme-le-vide qui n’arrive jamais à nous fendre le cœur autour du personnage joué par Anders Danielsen Lie, le suicidaire dépressif du formidable Oslo, 31 août qui ne parviendra pas à provoquer le dixième d’empathie qu’il avait su offrir au chef-d’œuvre de Joachim Trier.
La nuit a dévoré le monde et son scénario, au passage
Avec beaucoup de cynisme, Dominique Rocher ne raconte rien, mais le fait en deux langues, puisque La nuit a dévoré le monde a été mis en boîte en version française, mais aussi en anglais : les (rares) scènes incluant des dialogues ont été ainsi tournées deux fois, dans les deux langues. C’est que le monsieur comptait revendre le film aux plateformes de SVOD des quatre coins du monde, avec sa fausse bonne idée de cinéma à la Cloverfield (une fête et tout bascule !).
Zéro empathie, zéro frousse, zéro émotion
De son premier long métrage, on ne retiendra que deux plans visionnaires : les virussés qui se montent les uns les autres pour ne plus former qu’un mur grouillant à l’assaut de l’immeuble où se terre le personnage de Sam, et surtout le plan formidable du héros au bout du rouleau qui se jette dans le vide du haut de cet immeuble, enlacé d’une corde, pour se heurter au mur du bâtiment d’en face et ainsi rester suspendu quasi mort, au-dessus d’un Paris spectral.
Ces deux bonnes idées, dont l’une empruntée à World War Z le nanar épique avec Brad Pitt, ne permet pas à La nuit a dévoré le monde de sortir de l’exercice vain de fin d’école. Le projet insémine chez le spectateurs, jusqu’au bout, l’impression embarrassante d’avoir assisté à un court-métrage étiré sur 1h34min, sans âme ni émotion. La fin qui n’en est pas une le confirme : le caprice d’un homme a bel et bien grignoté notre soirée, pour rien. On n’aura ressenti qu’un ennui poli face à ce spectacle aux enjeux émotionnels et philosophiques anémiques.
Critique : Frédéric Mignard



