Touchant et brillamment réalisé, La Chambre de Mariana d’Emmanuel Finkiel offre à Mélanie Thierry l’un de ses meilleurs rôles, tant elle se révèle bouleversante en prostituée alcoolique.
Synopsis : 1942, Ukraine, Hugo a 12 ans. Pour le sauver de la déportation, sa mère le confie à son amie d’enfance Mariana, une prostituée qui vit dans une maison close à la sortie de la ville. Caché dans le placard de la chambre de Mariana, toute son existence est suspendue aux bruits qui l’entourent et aux scènes qu’il devine à travers la cloison…
Emmanuel Finkiel clôt sa trilogie informelle sur la Shoah
Critique : Après avoir signé déjà deux longs métrages évoquant la Shoah avec Voyages (1999) et La Douleur (2017), le cinéaste Emmanuel Finkiel clôt une sorte de trilogie informelle qui s’est, en réalité, imposée à lui. Ainsi, pour La Chambre de Mariana, le point de départ vient du producteur Olivier Delbosc qui souhaite adapter le roman de l’écrivain israélien Aharon Appelfeld au grand écran. Après avoir lu le roman, Emmanuel Finkiel accepte de relever le défi d’une œuvre se situant en huis-clos, la plupart du temps dans un unique placard.

© 2025 Cinéfrance Studios, Curiosa Films, Metro Communications, United King Films, Proton Cinema, Tarantula, Arte France Cinema. Tous droits réservés.
Toutefois, les difficultés ne sont pas venues de l’écriture, mais de la volonté de tourner le long-métrage en Ukraine au début de la décennie. Alors que la préproduction battait son plein, la Russie a lancé son invasion du pays, repoussant le tournage de plus de huit mois, puisqu’il fallait désormais trouver un autre point de chute. Après avoir un temps envisagé la Roumanie, toute l’équipe s’est finalement retrouvée en Hongrie. Pour autant, de nombreux comédiens sont d’origine ukrainienne, dont Hugo, le petit garçon au centre du récit, ainsi que la grande actrice de théâtre Olena Khokhlatkina.
Un film franco-israélien tourné en Hongrie en langue ukrainienne
Face à tous ces acteurs qui devaient s’exprimer en ukrainien, Emmanuel Finkiel a proposé à sa muse Mélanie Thierry d’interpréter le rôle principal de la prostituée Mariana qui dissimule dans le placard de sa chambre un enfant juif. Celle-ci accepte et décide d’apprendre à parler ukrainien afin d’éviter d’être doublée. Un sacré défi pour la comédienne dont l’énorme travail a été validé par les Ukrainiens présents sur le plateau.
Afin de coller au plus près de son histoire, Emmanuel Finkiel a fait le choix d’utiliser un ratio d’image de 1.37 :1, soit un format carré qui renvoie en quelque sorte à la forme du placard où est enfermé le gamin une bonne partie du long métrage. Ainsi, l’image suggère déjà à elle seule la sensation d’enfermement. Toutefois, afin de ne pas rendre la projection totalement étouffante, le cinéaste multiplie les occasions de sortir de ce refuge improvisé, soit par l’imagination, soit par les rêves ou encore par des péripéties réelles où les personnages sont contraints d’abandonner leur planque pour fuir l’ennemi, qu’il soit nazi dans la première partie ou soviétique dans la deuxième.
Revenir sur la “Shoah par balles”
Lors de l’une des échappées du gosse, Emmanuel Finkiel en profite pour montrer un exemple de fosse commune, puisque la Shoah pratiquée en Ukraine fut celle que l’on a qualifié de “Shoah par balles”. Cette séquence très forte a le mérite de rappeler le génocide implacable qui s’est abattu à cette époque sur le peuple juif en Europe de l’Est. Par ailleurs, le film ne se révèle pas si plombant que cela grâce aux sentiments qui se nouent entre le jeune adolescent et sa protectrice, une prostituée alcoolique qui n’a d’autre moyen que de vendre ses charmes à l’occupant pour survivre.
La description, d’abord sonore, puis plus visuelle, d’un bordel est aussi particulièrement juste. Le réalisateur parvient à faire ressentir le danger qui hante les murs de cette maison close – on adore notamment le rôle de la gouvernante incarnée par Olena Khokhlatkina qui semble d’abord hostile par antisémitisme, mais qui finit par aider le duo par charité chrétienne. L’ambiguïté de son comportement correspond à celle de nombreuses personnes confrontées à l’époque à un choix cornélien : dénoncer un gosse de 12 ans pour plaire à l’occupant, ou sauver son âme en aidant un gamin d’une autre religion.
De l’usage habile du hors champ
Par la présence de nombreux protagonistes dont les destins se révèlent touchants, La Chambre de Mariana bénéficie d’une réalisation sobre, mais qui n’oublie pas d’être efficace. Dépourvu de musique extradiégétique, le métrage constitue aussi un beau tour de force sur le plan sonore puisque de nombreuses scènes fonctionnent par la grâce du hors champ. Enfin, il s’agit de faire l’éloge de l’interprétation remarquable de Mélanie Thierry dans un rôle absolument bouleversant. Face à elle, le jeune ukrainien Artem Kyryk constitue une vraie révélation par son naturel, sa mine boudeuse, ainsi que son autorité naturelle lors des scènes plus physiques.

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Le résultat s’avère donc très probant alors que le thème recélait plein de pièges – notamment celui du mélodrame – qui ont été consciencieusement évités. Initialement proposé pour être sélectionné au Festival de Cannes, La Chambre de Mariana n’a finalement pas été retenu par le sélectionneur Thierry Frémaux – ce qui a entrainé une passe d’armes par médias interposés entre ce dernier et le réalisateur fort mécontent.
Une œuvre privée de festival et de prix, malgré d’excellentes critiques
Privé de festival pour lancer sa carrière, La Chambre de Mariana a finalement été diffusée à partir du 23 avril 2025 dans les salles par Ad Vitam. Le métrage a été proposé dans une combinaison raisonnable de 150 écrans pour une première semaine à 61 291 entrées et une onzième place au classement hebdomadaire. Plutôt satisfait, le distributeur accentue la présence du film (180 salles) et le métrage ne perd que 38 % de ses entrées avec 37 699 retardataires. Preuve d’un bouche à oreille plutôt favorable. Dès lors, les exploitants réclament des copies et son parc est considérablement étendu à 342 cinémas pour une baisse très limitée de seulement 8 % en troisième septaine (34 614 de plus pour un total de 133 604).
Au bout d’un mois, La Chambre de Mariana commence à se vider de ses occupants avec 17 897 clients, mais perdus dans une large combinaison de 465 salles. Dès lors, le drame historique perd de sa superbe et termine sa carrière au bout de 10 semaines avec à son bord 168 668 convives. On est donc assez loin des 330 466 entrées de La Douleur (2017), le précédent long du duo Emmanuel Finkiel / Mélanie Thierry au budget comparable.
Nominée pour un César de la meilleure actrice en 2026, Mélanie Thierry n’a pas obtenu le précieux sésame, battue par Léa Drucker dans Dossier 137 de Dominik Moll. Depuis, le drame historique sur la Shoah a été proposé en DVD et blu-ray au mois de septembre 2025.
Critique de Virgile Dumez
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© 2025 Cinéfrance Studios, Curiosa Films, Metro Communications, United King Films, Proton Cinema, Tarantula, Arte France Cinema / Affiche : Le Cercle Noir pour Fidelio. Tous droits réservés.
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Emmanuel Finkiel, Mélanie Thierry, Olena Khokhlatkina, Yona Rozenkier, Artem Kyryk
Mots clés
Cinéma français, La Shoah au cinéma, La prostitution au cinéma, La Seconde Guerre mondiale au cinéma, Drame historique, Les nazis au cinéma