Film visionnaire traitant de l’Intelligence Artificielle, Génération Proteus fait partie de ces longs-métrages paranoïaques typiques des années 70, tout en développant une thématique complexe sur les rapports entre l’Homme et la machine. Enthousiasmant, bien que perfectible.
Synopsis : Alex Harris, un brillant professeur en cybernétique, a mis au point l’ordinateur le plus perfectionné du monde. Doté d’un cerveau artificiel qui a nécessité des années de travail, Proteus IV est mis à la disposition des intelligences humaines qui l’ont créé. Il parle comme un humain et ses capacités de logique et de réflexion se développent à grande vitesse. Ainsi, très vite, l’ordinateur manifeste le désir d’étudier l’homme.
Critique : Considéré par beaucoup comme un simple ersatz de 2001, l’odyssée de l’espace (Kubrick, 1968) et du Cerveau d’acier (Sargent, 1970), deux classiques absolus de la SF, Génération Proteus (1977) vaut pourtant bien mieux que ce que les critiques d’alors y ont vu. Tout d’abord, le script de Robert Jaffe et de Roger O. Hirson est l’adaptation d’un des premiers récits développés par le grand écrivain Dean R. Koontz. Ce récit se penche sur l’arrivée progressive de l’Intelligence Artificielle dans nos vies de tous les jours, notamment par la présence de robots domestiques. Cette histoire totalement visionnaire pouvait paraître terriblement exagérée au milieu des années 70, mais elle prend désormais tout son sens et n’a donc jamais été autant d’actualité qu’en ce début de 21ème siècle.

© 1977 Metro-Goldwyn-Mayer (MGM) – Herb Jaffe / Conception graphique © 2019 Turner Entertainment Co. et Warner Bros. Entertainment, distribué par Warner Home Vidéo France. Tous droits réservés.
Il faut également signaler que la réalisation du film a finalement été confiée au peintre écossais Donald Cammell qui fut une figure importante du Swinging London. L’artiste a déjà tâté de la réalisation cinématographique avec Performance (1970) qu’il tourna avec l’aide de Nicolas Roeg. Cammell n’a jamais réussi à s’imposer en tant que cinéaste à part entière car il a trop peu tourné, mais l’ensemble de ses films montre qu’il possédait un univers bien à lui, peuplé de figures inquiétantes.
L’homme finira d’ailleurs par se suicider en 1996 après d’incessantes et longues périodes de dépression. Débarrassé de l’ombre tutélaire de Nicolas Roeg, Cammell peut imprimer sa marque à ce Génération Proteus qu’il transforme en une réflexion très ambiguë sur la technologie, mais aussi sur la création et ce qui distingue l’Homme de la machine.
Présenté comme un thriller horrifique où une femme serait traquée par une machine – thématique facile à vendre – Génération Proteus est bien plutôt un huis-clos psychologique où une femme est enfermée chez elle par une Intelligence Artificielle (créée par son mari, avec lequel elle est en train de rompre) afin d’être inséminée.
Si l’on évacue la thématique science-fictionnelle, le métrage peut donc se lire comme une métaphore sur l’enfermement des femmes par les hommes, afin que celles-ci les servent et leur permettent de se reproduire. En cela, le film pourrait être considéré comme féministe. Toutefois, l’insistance avec laquelle Cammell filme le calvaire de Julie Christie (très bien au passage) peut également nous mettre sur la piste d’une revanche du sexe fort sur le faible.
Génération Proteus n’a de cesse de naviguer entre plusieurs pôles, ce qui brouille singulièrement son discours et fait donc tout son intérêt. Si le film commence bien par une vision paranoïaque de l’avenir comme dans 2001 ou Le cerveau d’acier, Donald Cammell ne semble pas si effrayé que cela par son Proteus. Il en fait même une sorte de Dieu lors d’un final troublant où l’IA parvient à donner la vie, alors même que tous les êtres humains du film ne savent qu’engendrer mort et destruction. Finalement misanthrope, Cammell dénonce le viol de la planète par des Hommes avides de ressources et d’argent et il semble considérer que la fin de l’humanité ne serait finalement pas si grave.
Audacieux dans son discours, le film l’est également sur le plan formel avec de nombreuses séquences abstraites générées par ordinateur. Cela évoque bien entendu la magnifique scène de la porte des étoiles de 2001, tout en anticipant de plus d’une quarantaine d’années les trouvailles de Christopher Nolan pour Interstellar. Parfois très psychédélique, à la lisière de l’abstraction pure, Génération Proteus est donc une œuvre complexe, assez insaisissable et par là même enthousiasmante.
Il faut également signaler la contribution essentielle de la musique électronique de Jerry Fielding dont ce fut l’une des meilleures B.O. Elle accentue encore un peu plus le sentiment de malaise qui se dégage d’une œuvre dérangeante, à placer sur vos étagères à côté de ces films paranoïaques typiques des années 70 comme La grande menace (Gold, 1978) ou Holocaust 2000 (De Martino, 1977). Imparfaits certes, mais dégageant une sourde terreur, ces pellicules tournées à peu près en même temps méritent largement d’être redécouvertes de nos jours où elles prennent tout leur sens.
Sorti dans l’indifférence générale aux Etats-Unis, Génération Proteus n’a pas eu beaucoup d’écho en salles en France, avec à peine plus de 200 000 spectateurs. Par contre, il a marqué votre serviteur qui a pu le découvrir à la télévision lors de sa diffusion dans l’émission L’avenir du futur sur TF1 le 23 mars 1981. Le film a laissé une empreinte indélébile dans mon jeune esprit de gamin de sept ans, ce qui n’est guère étonnant lorsque l’on sait que le métrage était interdit au cinéma aux moins de 12 ans. Le comité de censure, à l’époque, était visiblement moins regardant sur ces détails. Autres temps…
Acheter le DVD en exclusivité FNAC
Critique de Virgile Dumez

© 1977 Metro-Goldwyn-Mayer (MGM) – Herb Jaffe / Illustrateur : Landi. Tous droits réservés.