Film / Notfilm est un programme de plus de quatre heures permettant de revoir un court-métrage culte de Samuel Beckett et de l’analyser en profondeur. Pour amateurs de curiosités cinématographiques.
Synopsis : Tourné à New York durant l’été 1964, Film est né de l’association improbable entre deux grands artistes du XXe siècle : le dramaturge et romancier Samuel Beckett et la légende du cinéma burlesque Buster Keaton. Véritable ovni cinématographique, ce court-métrage muet et avant-gardiste fascine autant qu’il déroute ses spectateurs…
Fruit d’un minutieux travail de recherche et de montage sur plus de sept ans, Notfilm est une œuvre à la fois érudite et captivante sur l’unique incursion de Samuel Beckett au cinéma, aux côtés de l’acteur et cinéaste Buster Keaton. Le documentaire de Ross Lipman retrace l’histoire de cette œuvre hors norme, et questionne ce que le cinéma peut nous apprendre de l’expérience humaine et de la création…
Critique : Resté longtemps invisible, le tout premier court-métrage initié par le dramaturge Samuel Beckett, réalisé par Alan Schneider et intitulé simplement Film nous revient dans une magnifique version restaurée qui permettra aux spectateurs de redécouvrir cet OVNI de 22 minutes.

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Il s’agissait pour Samuel Beckett de transposer son univers théâtral décalé au cinéma, en s’affranchissant des règles commerciales en vigueur. Malgré la présence au générique de la star du muet Buster Keaton, Beckett s’amuse à le filmer de dos, allant ainsi à l’encontre de tous les usages. Il organise la course-poursuite entre un personnage et une caméra qui le traque jusque chez lui. Le protagoniste fuit sans cesse son image qu’il dérobe à notre vue, avant d’être finalement rattrapé par ce qui s’avérera être son double. Est-il poursuivi par la mort ? Nous n’en saurons rien puisque le court-métrage est muet et qu’il ne facilite à aucun moment l’implication du spectateur, et ceci malgré la présence d’un gag plutôt réussi. Sans doute très influencé par Un chien andalou (1929) de Buñuel, Film est plutôt intrigant et original, malgré quelques imperfections. Il doit toutefois être réservé à un public averti, friand d’objet cinématographique étrange et insaisissable.
L’éditeur Carlotta, pour compléter le programme, nous propose également de visionner le long documentaire de Ross Lipman intitulé Notfilm (2015). Fruit de plusieurs années de recherche pour trouver des documents inédits sur Beckett, ce film essai est une sorte de making of de plus de deux heures où le réalisateur tente à la fois de nous expliquer la genèse du projet, tout en se livrant à une analyse complexe du court-métrage. L’ensemble est assurément intéressant, même si la forme est quelque peu austère. On peut regretter le choix d’une voix off monocorde qui a tendance à assoupir. Les Américains nous ont habitués à réaliser des documentaires plus percutants.
En réel admirateur du travail de Samuel Beckett, Ross Lipman signe donc un documentaire très informatif, mais parfois assez abscons. Ses analyses peuvent se révéler fumeuses, et certaines digressions pouvaient aisément être évitées, ce qui aurait allégé la projection. Les spectateurs les plus endurants seront récompensés par une somme considérable d’informations glanées sur ce court-métrage étonnant.
Si le packaging est tout ce qu’il y a de plus classique, on peut saluer l’effort fourni par l’éditeur qui propose plus de 90 min de programme supplémentaire, histoire de creuser encore davantage l’histoire de ce court-métrage expérimental. En voici la liste :
L’image du court-métrage a fait l’objet d’une superbe restauration et apparaît donc dans toute sa splendeur, avec un magnifique noir et blanc. Le piqué est remarquable, les contrastes bien gérés. Bien évidemment, les déformations optiques volontaires ont été conservées, selon le souhait des auteurs.
Le documentaire Notfilm dispose d’un rendu classique, avec une image vidéo en HD particulièrement pointue. Ce n’est pas nécessairement très esthétique, mais là n’est pas le but.
Le court-métrage ne comporte qu’un sifflement, le reste étant muet. On ne note aucun souffle qui viendrait troubler le silence voulu par les auteurs. En ce qui concerne le documentaire, la piste DTS HD Master Audio en 5.1 tient un peu du gadget. Elle sert surtout à mettre en valeur la jolie musique composée pour l’occasion – et disponible sur une piste isolée. Le reste des entretiens propose un rendu frontal propre.
Critique du blu-ray : Virgile Dumez

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