Encanto, la fantastique famille Madrigal est un spectacle familial qui manque d’enjeux dramatiques forts et de protagonistes marquants. Un Disney regardable, mais peu remarquable.
Synopsis : Dans un mystérieux endroit niché au cœur des montagnes de Colombie, la fantastique famille Madrigal habite une maison enchantée dans une cité pleine de vie, un endroit merveilleux appelé Encanto. L’Encanto a doté chacun des enfants de la famille d’une faculté magique allant d’une force surhumaine au pouvoir de guérison. Seule Mirabel n’a reçu aucun don particulier. Mais lorsque la magie de l’Encanto se trouve menacée, la seule enfant ordinaire de cette famille extraordinaire va peut-être se révéler leur unique espoir…
Encanto, la fantastique famille Madrigal plonge dans la culture hispanique
Critique : Après avoir composé les chansons du dessin-animé Vaiana, la légende du bout du monde (2016), le musicien Lin-Manuel Miranda (également auteur du musical Hamilton en 2020) a envisagé de créer une comédie musicale latino-américaine pour le compte du studio Disney. Attachés au projet dès 2016, les réalisateurs Jared Bush et Byron Howard qui viennent de tourner pour le compte du studio le sympathique Zootopie (2016) décident de s’attacher les services de la dramaturge Charise Castro Smith afin de mettre sur papier leur idée centrale : évoquer dans un film les difficultés de maintenir la cohésion au sein d’une famille élargie.
Ainsi a été créée cette famille Madrigal qui comprend tout de même une quinzaine de personnes qui ont tous un pouvoir spécial, sauf la jeune Mirabel qui n’a pas eu droit au miracle, contrairement aux autres membres de la fratrie. Cette histoire familiale fait initialement peur par la profusion de protagonistes et par les premières séquences musicales qui déploient un univers qui ne nous touche pas vraiment, avec des rythmes latins endiablés et une myriade de couleurs criardes qui peuvent faire saigner les yeux – on est loin notamment du brio formel d’un film comme Coco (2017), lui aussi inspiré par la culture hispanique.
Le matriarcat, comme miroir du patriarcat
Heureusement, lorsque les réalisateurs laissent enfin l’intrigue s’installer, ils parviennent à éveiller l’intérêt par le comportement pour le moins douteux de bon nombre de membres de cette famille. Là où la jeune Mirabel apparaît immédiatement comme sympathique, la plupart des autres membres de la famille semblent uniquement préoccupés par les apparences et la réputation de leur nom. On découvre peu à peu que la jeune fille sans pouvoir est considérée comme une citoyenne de seconde zone par ses propres pairs. Au cœur de ce matriarcat mené d’une main de fer par la grand-mère, on ne distingue pas non plus le moindre personnage masculin avec du caractère. Pire, l’un des frères est ostracisé pour avoir tenté autrefois de sauver l’honneur de Mirabel.
Si le film semble donc égratigner la structure familiale traditionnelle, la suite finit par revenir dans le giron d’une idéologie plus conventionnelle, puisque finalement la jeune Mirabel parviendra à ressouder les membres de sa famille par le biais d’un happy end particulièrement peu crédible. Afin d’adoucir le personnage de la grand-mère, les auteurs ont également recours à un flashback émouvant qui raconte le drame vécu par les migrants de toutes les époques.
Pas d’antagoniste fort et donc peu d’enjeux
Malheureusement, cela entraîne l’absence de véritable antagoniste au cœur d’une intrigue uniquement centrée sur la famille en question. A force de lisser au maximum ses œuvres d’animation, les studios Disney oublient que l’un des ingrédients majeurs de leurs anciens cartons était justement la présence de méchants d’anthologie absolument inoubliables.
Comme avec La reine des neiges (2013), Encanto, la fantastique famille Madrigal brille donc par l’absence d’un enjeu dramatique fort. Si l’on excepte la présence d’un groupe d’ânes assez drôles à regarder par leurs mimiques, le métrage oublie également de divertir les plus petits par le biais d’animaux facétieux et trognons. Là aussi leur absence se fait cruellement sentir au sein d’un spectacle qui n’est jamais désagréable, mais qui n’est pas pour autant marquant.
Encanto, la fantastique famille Madrigal : flop ou succès?
Sorti au mois de novembre 2021 aux Etats-Unis, Encanto, la fantastique famille Madrigal a été une déception puisque le métrage s’est positionné à la quinzième place annuelle avec 96 M$ de recettes pour un budget estimé autour de 150M$. Le contexte de sortie était certes totalement différent, mais un film d’animation comme Vaiana, la légende du bout du monde glanait 250 M$ rien qu’en Amérique du Nord en 2016. La même année, Zootopie faisait encore mieux avec 341 M$ dans les salles américaines pour des budgets similaires.
Toutefois, Encanto, flop au cinéma, est devenu un vrai carton pour la firme Disney. Et pour cause. Un mois après sa sortie américaine qui intervint autour de Thanksgiving, la diffusion sur Disney+ a battu des records. Un véritable phénomène autour du film a eu lieu sur les réseaux sociaux, en particulier sur la plateforme Tik Tok qui a participé à la renaissance de l’oeuvre. La bande-originale est devenue numéro 1 des albums, aux USA, pendant 9 semaines, avec un million de ventes en moins de 10 mois, mais aussi des singles. Le phénomène s’est reproduit au Royaume-Uni où la chanson We Don’t Talk About Bruno a atteint le sommet des charts, ce qui n’était pas arrivé depuis plusieurs décennies pour une chanson Disneyenne.
En France, Encanto, la fantastique famille Madrigal a davantage convaincu en salle, grâce notamment à une très longue présence en salles, même au-delà de sa sortie sur support vidéo. Il s’agit finalement d’un score excellent en période post-pandémie avec 3 229 762 bambins et une troisième place annuelle. L’album, de son côté, atteindra la 25e position. Pour le groupe Disney, l’absence de Encanto sur la plateforme Disney+ en France, aura fait perdre beaucoup d’argent à la firme, puisque grâce à ce support, ils ont notamment nourri des ventes conséquentes de produits dérivés aux USA et dans le monde. Outre les disques, on mentionnera les fameuses poupées…
Les auteurs d’Encanto ont évidemment ravi le Golden Globe et l’Oscar du meilleur film d’animation en 2022. P
Pour notre part, on ne sera pas marqué par cette nouvelle proposition des studios Disney, même si l’on saluera l’initiative de créer une œuvre entièrement originale qui ne soit pas issue d’une franchise préétablie.
Critique de Virgile Dumez
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