Coming out : la critique du film et le test DVD (2019)

Documentaire, Film LGBTQ | 1h03min
Note de la rédaction :
7/10
7
Affiche du film Coming out de Denis Parrot

  • Réalisateur : Denis Parrot
  • Date de sortie: 01 Mai 2019
  • Nationalité : Français
  • Distributeur : KMBO Distribution
  • Editeur DVD / Distributeur Vidéo KMBO / Outplay Films
  • Date de sortie DVD : 5 septembre 2019
  • Box-office France/ Paris-périphérie 12 674 entrées / 6240 Paris-périphérie
Note des spectateurs :

Coming out émeut, bouleverse, surprend, provoque aussi le fou-rire, face à des scènes de vie où la révélation de l’homosexualité débouche sur bien des surprises. Un documentaire effectivement essentiel.

Synopsis : À travers un montage de vidéos bouleversantes filmées par des jeunes du monde entier, Coming Out nous fait vivre au plus près ce moment de basculement intime, et social, qu’est le coming out.

Quand YouTube fait sortir les jeunes du placard

Critique : La génération Z recourt donc aux réseaux sociaux et à l’enregistrement en direct pour déclarer son homosexualité, à sa famille, aux parents. A partir de ce constat somme toute insolite pour les adultes que nous sommes, mais parfaitement logique en soit, le monteur Denis Parrot en a tiré un film documentaire d’une heure, où il a effectué un long travail de sélection sur des milliers de vidéos vues. Il a écarté les enregistrements dont les ayant-droits mineurs ou les familles ont refusé l’utilisation de l’image, pour se concentrer sur des affirmations de soi qui frôlent le plus beau de la vie, mais aussi le plus dramatique, presque toujours avec une certaine justesse dans la sélection.

On écartera très vite les apartés un peu arty entre deux vidéos extraites des réseaux sociaux, principalement YouTube on imagine ; on reprochera également l’utilisation d’un témoignage oral, maquillé par des photos, les mots de la jeune fille, aussi touchants soient-ils pouvaient très bien être écartés au profit d’une authentique vidéo parmi les milliers visionnées par le réalisateur-monteur… On se demande même pourquoi le film n’est pas plus long, car selon l’auteur du film, il y avait matière à y passer de nombreuses heures. Qu’importe la non-perfection de l’ouvrage cinématographique.

Photo tirée du film Coming Out de Denis Parrot

© Dryades Films & Upside Films

Le coming out, une étape nécessaire à l’échelle mondiale des… démocraties

Le projet de dévoiler le coming out, en salle, en DVD ou en VOD, est essentiel dans une société où le repli identitaire témoigne encore de la difficulté d’être différent, et dans ce cas précis d’être homo. Le film de Denis Parrot est fort dans sa diversité, sociale, culturelle, ethnique. De jeunes Européens, Américains, un Russe, même un représentant d’Afrique du Sud, un Japonais… Pour le jeune homme russe, on reconnaît la bravoure, le danger, au cœur d’une nation à la législation homophobe, dans laquelle il a été éduqué dans la honte de soi : un bon homosexuel, n’est-ce pas un homo mort ?

Coming out s’intéresse de facto à nos démocraties où la jeunesse a fort heureusement l’opportunité de confier sa différence, et le fait avec cocasserie (projection d’un clip musical explicite à une grand-mère), gravité (le jeune homme, dans un chaos audiovisuel, qui va être chassé de la maison par ses parents ultra religieux), et souvent avec humour… Et heureusement, de l’humour, au milieu des larmes, de la peur, de l’angoisse prégnante, il y en a beaucoup… Comme cet ado efféminé qui, en voguant avec ses bras, confie à sa mère déjà bien au courant et donc hilare, qu’il est en train de sortir du placard. Et celle-ci de rétorquer avec une belle complicité affectueuse, qu’il aurait pu aussi très bien le ranger… Ces deux-là sont irrésistibles, et font partie de ces rencontres avec des anonymes qu’on apprend à aimer le temps d’un scène fugace dans l’instant, mais marquante dans la signification.

“Si vous êtes homosexuels, vous irez brûler en enfer”

Les deux grands temps forts de Coming out  suscitent des émotions contrastées. Une jeune fille appelle la notoire Westboro Baptist Church, et au bout d’un long choix d’options téléphoniques, on tombe à la renverse. Avec effroi, mais paradoxalement, dans un fou-rire nerveux tellement la chute est surréaliste. Pour résumer, “si vous êtes journaliste, tapez la touche 1, pour les horaires de la messe, c’est la touche 3, si vous êtes patriotes (!), tapez la touche 4… Et tapez 6 si vous cherchez à connaître le droit des homosexuels…”  Mais gare à ceux qui presseront la touche 6, puisque celle-ci vous conduit directement en enfer, un allé simple, plein de haine, avec mention d’un sac mortuaire en fin de litanie, mais sans avoir reconnu aux pauvres interlocuteurs homosexuels qu’ils sont responsables du pervertissement de l’Amérique qu’ils ont rendu “débile” (“goofy”, en anglais)… On est tellement surprise par un tel déversoir de haine qu’on a l’impression de se retrouver dans une parodie ou dans un remake de Serial Mother, avec Kathleen Turner, jubilant de méchanceté à l’endroit de sa voisine, qu’elle harcèle au téléphone. Malheureusement, ce moment digne de Strip Tease relève bien du réel et la Westboro Baptist Church existe vraiment : son URL indique même un “www.godhatesfags.com” (“Dieu hait les tantouzes”). Aucun commentaire !

Photo tirée du film Coming Out de Denis Parrot

© Dryades Films & Upside Films

Une œuvre universelle qui érige le cœur et la raison comme armes contre l’intolérance

L’autre grand moment de ce beau documentaire relève du discours magnifique du jeune témoin russe qui évoque sa situation familiale, le suicide d’une amie, dans une société minée par la haine. Ses mots sont sans nul doute les plus beaux de tout le film, offrant une combativité et une magnifique réflexion sur le devoir du coming out dans une société qui requiert et impose le silence. Son intelligence dégage comme une évidence qui ne relève pas du militantisme, mais d’une philosophie humaine universelle.

Bref, en dépit d’une durée courte, Coming out passionne et l’on remercie le cinéaste d’avoir eu la noblesse de compiler, d’agencer, de monter ces témoignages qui sont autant de moments forts à partager auprès du plus grand nombre. Le documentaire est tout simplement essentiel.

Critique : Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 1er mai 2019

Le test DVD

Suppléments : 3 / 5

L’éditeur propose un long entretien avec le réalisateur Denis Parrot qui explique sa démarche et répond à toutes les questions que l’on se pose effectivement en découvrant non sans surprise ce travail plein d’humanité qui est loin de tomber dans les pièges d’une forme de voyeurisme. Le film n’étant jamais voyeur, il ne nous place jamais dans cette position inconfortable et discutable, ce qui est conforté par l’interview de l’artiste.

D’une quinzaine de minutes, l’interview avec un ponte de SOS Homophobie revient à la situation en France et décrit une phase de vie qui est tout sauf apaisée chez nos jeunes compatriotes.

Image : 3 /5

Difficile d’émettre un avis catégorique sur une œuvre provenant de sources de qualité diverse et non professionnelles. L’exercice n’est jamais pénible, ni contraignant et le rendu en DVD est largement acceptable.

Son : 3 / 5

La piste 5.1 se justifie de par les apartés musicaux, mais là encore, le procédé est limité. L’intérêt est ailleurs et l’on ne jaugera pas ce DVD comme on testera un blockbuster américain, vous en conviendrez.

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© Dryades Films & Upside Films

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