Brisseau inscrit son œuvre dans une sensualité toujours plus primitive et spirituelle que jamais, mais son exercice de grand déballage des corps et les réflexions qui s’en suivent nous paraissent cette fois-ci bien rasoir.
Synopsis : Lasse de son actuel mode de vie, une jeune femme décide de tout quitter. Elle fait alors des rencontres qui l’amèneront vers de nouveaux plaisirs, mais aussi au seuil du fantastique.
Critique : L’on peut dire que l’œuvre, absolument formidable, de Brisseau est cohérente. Depuis les années 70, il poursuit avec rage et singularité une violente introspection des instincts humains avec une touche de mysticisme qui la place à la lisière du fantastique, et qui renforce ses propos poétiques. Ainsi l’adolescence naturaliste d’Un jeu brutal, de De bruit et de fureur et à un moindre niveau de Noce blanche, dans les années 80, était déjà dotée d’une bonne dose de spiritualité. Mais c’est surtout avec Céline et L’ange noir que le cinéaste sort des sentiers battus du cinéma d’auteur français pour suivre une voie singulière aux confins du rationnel et de la poésie. S’enfonçant dans une les arcanes du désir et de la sexualité, avec un point de vue de maître de cérémonie funeste, Brisseau, obsédé par le corps féminin s’emploie dès lors à repousser toujours plus loin les limites de son cinéma vérité, en divulguant outrageusement le corps de ses actrices, inlassablement embarquées dans des délires saphiques exhibitionnistes.
Carole Brana dans A l’aventure de Jean-Claude Bruisseau. Photo de Aurélia Frolich
Les années 2000, si l’on écarte Les savates du bon dieu, marquent un virage morbide vers un érotisme exacerbé aux relents de mort. Brisseau s’isole un peu plus de ses collègues français pour ne plus se livrer qu’à ses obsessions d’auteur philosophe et d’homme. Pinacle de son œuvre, Choses secrètes, puis Les anges exterminateurs le situent encore plus en marge du cinéma traditionnel. En 2009, A l’aventure, qui le met en scène indirectement sous les traits d’un chauffeur de taxi ermite et philosophe joué par Etienne Chicot, enfonce définitivement le clou, au risque de donner l’impression que le réalisateur se répète une fois de trop.
En cette fin des années 2000, la dernière métafiction de l’auteur de Noce Blanche est ainsi exhibitionnisme et mysticisme purs. Les femmes dénudées se masturbent longuement, tout en cherchant du sens à leur quête de l’extase. Celle-ci prend une valeur quasi divine.
Brisseau ose franchir pour de bon la porte du fantastique avec des séances d’hypnose répétitives qui finalement, ni n’excitent ni ne fascinent, mais qui, bel et bien, ennuient. Et il s’agit là de tout le problème de cette œuvre extatique, l’auteur semble s’ouvrir à nous comme jamais (il nous convie même au sein de son chaleureux foyer, perdu dans l’antre naturel de Provence), mais, à force de mécanismes froids, il perd son public le plus fidèle, pour demeurer finalement bien seul dans son univers.
A l’aventure est le seul raté de la décennie pour l’auteur. Cette mésaventure a au moins cela de bon.

Crédit Afiiche : Soazig Petit
Critique de Frédéric Mignard