Stuart Gordon

Réalisateur, Scénariste, Producteur
Re-animator : l'affiche du film de Stuart Gordon

Personal Info

  • Nationalité : Américain
  • Date de naissance : 11 août 1947 à Chicago, Illinois, Etats-Unis
  • Date de décès : 24 mars 2020, à l'âge de 72 ans
  • Illustrateur : © Thierry Watorek

Biographie

Stuart Gordon est l’un des cinéastes cultes du cinéma horrifique de la fin des années 80.

Révélé en 1985, alors qu’il approche déjà la quarantaine, il signe son premier long métrage, Re-animator, produit par la firme de Charles Band, Empire Productions. Sélectionnée à Avoriaz où il remporte le Prix de la Peur, la série B devient un phénomène aux quatre coins du monde, déversant hémoglobine et effets spéciaux sanglants dans un hôpital où de jeunes médecins se livrent à des expérience contre-nature, ravivant les cadavres… Avec 635 000 entrées en France, l’adaptation de Lovecraft sera l’un des plus gros succès du cinéma horrifique indépendant de cette deuxième moitié de la décennie 80.

Stuart Gordon ressuscite H.P. Lovecraft

Issu du théâtre, Stuart Gordon fonde le Chicago’s Organic Theater, en 1969 où il se fait une renommée artistique dans l’expérimental. Il trouve curieusement dans le gore l’opportunité de démarrer une nouvelle carrière et poursuivra sur cette voie, à l’instar de Sam Raimi et de son acteur acolyte, Bruce Campbell. Il va être accompagné du talent de son acteur star, Jeffrey Combs, pour poursuivre une trilogie de l’épouvante impériale. Il enchaîne en 1986 avec une nouvelle adaptation de H.P. Lovecraft, le dégénéré From Beyond, aux portes de l’enfer, classé X aux États-Unis, et qui connaîtra une sortie tardive en France en 1987 ; et une troisième production chez Empire, Dolls – Les poupées, conte fantastique macabre, faute d’être un avatar de mauvais goût comme ses deux prédécesseurs.

Fortress de Stuart Gordon avec Christophe Lambert, affiche

© Columbia Tristar

La suite sera moins glorieuse. Empire connaît un déclin inévitable et, alors que la crise de la série B précipite le marché du bis directement chez les vidéo-clubs, la firme fait faillite avant de renaître sous le nom de Full Moon. Parmi les derniers films du catalogue d’Empire, l’improbable Robojox, inédit en France, tuera plus ou moins la carrière du bonhomme Stuart Gordon, qui ne sait trop comment se débrouiller pour livrer sa version des Transformers avec un budget de nanar. Le film ne sera même pas édité en VHS du côté de Navarre.

En 1991, les Français retrouvent enfin le talent de Stuart Gordon dans un direct-to-video pauvre et dépourvu de caractère. Le puits et le pendule, d’après Poe, est un échec dans lequel il traîne Oliver Reed en fin de carrière, Lance Henriksen, et évidemment Jeffrey Combs, devenu habitué du bis.

En 1993, Gordon sort l’un de ses films les plus improbables… Un certain Fortress, histoire de prison spéciale avec Christopher Lambert qui trouvera un certain succès mondial, en particulier en France de par la présence de l’acteur vedette. La série B a mal vieilli et aujourd’hui, elle fait peine à voir. Elle franchit pourtant le million en mars 1993.

En 1995, en retrouvant les stars de Re-animator, Combs et la scream girl Barbara Crampton, le cinéaste essaie de retrouver la vibe lovecraftienne de ses deux premières œuvres. Castle Freak marque son retour dans l’épouvante, mais la série, très B, sent la fauche et l’indigence.

Chérie, ma carrière part en vrille

1996, il tourne un petit film de space opera pour adolescents, Space Truckers, qui sort sur le grand écran de quelques marchés peu regardants, comme l’Espagne. Cette coproduction américano-britannique rassemble le casting improbable de vielles gloires alcoolisées (Dennis Hopper) de jeunes never been, Stephen Dorff et Debi Mazar, l’une des meilleures copines de Madonna. En France, c’est en vidéo que le public tombera éventuellement dessus. En 1998, il adapte Ray Bradbury, avec The Wonderful Ice Cream Suit.

La carrière de Stuart Gordon rebondit enfin en 2001 grâce à son exil espagnol. Son pote producteur Brian Yuzna s’associe à Filmax pour des productions européennes qui trouveront un petit écho en VHS et au début du DVD : Dagon, d’après Lovecraft, sera le film qui permettra à Stuart Gordon de vaguement revenir dans les festivals de cinéma de genre au début de la décennie 2000. Mais ce sursaut est de courte durée. L’auteur ne retrouve plus le même engouement chez les amateurs de cinéma de genre élevés dans les années 80.

Stuart Gordon, un auteur sincère

L’auteur de Re-animator se tourne alors vers un cinéma d’auteur plus exigeant. Il retrouve l’œuvre du dramaturge David Mamet, qu’il avait déjà porté au théâtre, au cinéma, avec Edmond, en 2005. Le film avec William H. Macy et Joe Mantegna est sélectionné à Deauville, mais ne sortira pas dans nos salles. Il en sera de même pour son excellent Stuck, sélectionné à Gérard mer où il fera le déplacement. Cette excellente charge sociale avec Mena Suvari et Stephen Rea sera injustement bridée pour le marché de la vidéo.

Avec deux épisodes de Masters of horror dans les années 2000, et la co-écriture du scénario original de Chéri j’ai rétréci les gosses, production Disney à fort succès au début des années 90, du Dentiste et de Body Snatchers de Ferrara, Stuart Gordon est un mystère. Sa gentillesse, sa générosité et sa droiture n’auront jamais permis à percer totalement dans le système des studios qui lui fermeront systématiquement leurs portes.

Paix à son âme, le cinéaste est mort le 24 mars 2020, à l’âge de 72 ans.

Frédéric Mignard

Filmographie

1985 : Re-Animator
1986 : Aux portes de l’au-delà (From Beyond)
1987 : Les Poupées (Dolls)
1990 : Robot Jox
1991 : Le puits et le pendule  (The Pit and the Pendulum)
1993 : Fortress
1995 : Castle Freak
1996 : Space Truckers
1998 : The Wonderful Ice Cream Suit
2001 : Dagon
2003 : King of the Ants
2005 : Edmond
2005 : Masters of Horror : Le Cauchemar de la sorcière (Dreams In The Witch House)
2006 : Masters of Horror : Le Chat noir (The Black Cat)
2007 : Stuck

Re-animator : l'affiche du film de Stuart Gordon

© Thierry Watorek

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