L’évangile de la révolution : la critique du film (2025)

Documentaire, Historique | 1h56min
Note de la rédaction :
8/10
8
L'évangile de la révolution, l'affiche

  • Réalisateur : François-Xavier Drouet
  • Date de sortie: 03 Sep 2025
  • Année de production : 2024
  • Nationalité : Français, Belge
  • Titre original : L'évangile de la révolution
  • Titres alternatifs : El evangelio de la revolución (Espagne)
  • Scénariste : François-Xavier Drouet
  • Monteuse : Agnès Bruckert
  • Directeur de la photographie : Colin Lévêque
  • Producteurs : Raphaël Pillosio, avec Anne-Laure Guégan, Géraldine Sprimont
  • Producteurs exécutifs :
  • Sociétés de production : L’atelier documentaire, Need Productions
  • Distributeur : L’atelier documentaire
  • Editeur vidéo :
  • Date de sortie vidéo :
  • Budget :
  • Box-office France / Paris-Périphérie :
  • Box-office nord-américain / monde :
  • Classification : Tous publics
  • Formats : Couleurs / Son : 5.1
  • Festivals : Cinéma du Réel 2024 : Première mondiale / Biografilm Festival 2024 (Italie) / Festival Reflets du cinéma ibérique et latino-américain de Villeurbanne 2025
  • Nominations :
  • Récompenses :
  • Illustrateur/Création graphique : © Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © L'atelier documentaire. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Attachés de presse : Laurette Monconduit, Jean-Marc Feytout
Note des spectateurs :

Documentaire passionnant, L’évangile de la révolution revient sur l’implication des chrétiens dans les révolutions latino-américaines de la fin du 20ème siècle. Le tout à l’aide d’archives sensationnelles et de témoignages précieux.

Synopsis : Le souffle révolutionnaire qu’a connu l’Amérique latine au XX siècle doit beaucoup à la participation de millions de chrétiens, engagés dans les luttes politiques au nom de leur foi. Portés par la théologie de la libération, ils ont défié́ les régimes militaires et les oligarchies au péril de leur vie. À rebours de l’idée de la religion comme opium du peuple, le film part à la rencontre d’hommes et de femmes qui ont cru voir dans la révolution l’avènement du Royaume de Dieu, sur la terre plutôt qu’au ciel.

Quand le christianisme se fait révolutionnaire

Critique : Lorsque l’on aborde l’histoire tumultueuse du continent latino-américain de la fin du 20ème siècle, on insiste toujours sur la lutte entre révolutionnaires issus du communisme et dictateurs d’extrême droite mis en place par les Etats-Unis, le tout s’abreuvant à la source de la guerre froide qui faisait alors rage. Mais le documentariste François-Xavier Drouet (Le temps des forêts en 2018) s’est aperçu qu’aucun film n’existait sur l’implication des chrétiens au cœur de ces mouvements révolutionnaires, battant ainsi en brèche l’idée que tous les croyants se trouvaient forcément du côté des puissants. Ce serait effectivement bien mal connaître le continent latino-américain qui est marqué par une très forte religiosité, fondée sur la croyance en un christianisme des origines.

L'évangile de la révolution, photo 1

© 2025 L’atelier documentaire. Tous droits réservés.

Avec L’évangile de la révolution (2025), François-Xavier Drouet nous invite donc à découvrir ce mouvement chrétien nommé la théologie de la libération, né dans la foulée du concile progressiste Vatican II. Ainsi, un religieux comme le franciscain Leonardo Bof est à l’origine d’un mouvement qui entend instaurer le Royaume de Dieu directement sur Terre et qui lutte donc contre les injustices manifestes de pays très inégalitaires. Dès lors, de nombreux prêtres ont pris fait et cause pour les paysans sans terre. Cette théologie de la libération est notamment à l’origine de la fondation du Mouvement des sans-terre au Brésil, mais ils ont aussi participé activement aux révoltes paysannes dans le Chiapas mexicain.

Des prêtres révolutionnaires au côté des pauvres

Souvent accusés d’être des communistes infiltrés dans l’Eglise par les Etats-Unis, plusieurs d’entre eux ont tout simplement été assassinés (on pense notamment à l’archevêque Oscar Romero au Salvador) ou torturés.

Le documentaire est divisé en cinq grandes parties avec quatre lieux de tournage différents, à savoir le Brésil, le Mexique, le Nicaragua et le Salvador. A chaque fois, le cinéaste est parvenu à interroger les survivants de cette période qui exposent donc leur point de vue sur ce mouvement révolutionnaire qui entendait renverser la table et placer l’Eglise du côté des humbles – sa mission première en principe. Tous insistent sur le fait qu’ils ont essayé de restituer le message initial de Jésus Christ en valorisant la lutte des pauvres contre les puissants. Toutefois, ils se sont généralement heurtés à la hiérarchie de l’Eglise catholique, généralement plus proche du pouvoir.

L’Eglise vaticane désavoue ses propres prêtres

Grâce à des documents d’époque impressionnants, le spectateur assiste en direct à certains événements révolutionnaires comme au Salvador ou au Nicaragua. Le passage le plus impressionnant demeure la visite du pape Jean-Paul II au cœur du Nicaragua sandiniste en 1983. Celui-ci, connu pour son conservatisme, condamne la révolution devant la foule venue initialement l’acclamer et se fait finalement huer. Cet extrait est d’ailleurs tiré de Nicaragua No Pasaran (David Bradbury, 1984), un documentaire américain saisissant.

L'évangile de la révolution, photo 2

© 2025 L’atelier documentaire. Tous droits réservés.

Si l’on sent à chaque étape du documentaire l’admiration du cinéaste pour ces femmes et ces hommes qui ont eu foi en un monde meilleur, il ne cache pas les déceptions liées à ces révolutions qui ont toutes échouées. Ainsi, il n’oublie pas de préciser que le Nicaragua sandiniste de Daniel Ortega est devenu un régime autoritaire et populiste avec une implacable répression des opposants politiques. Les anciens martyrs de la révolution sont donc devenus les tyrans d’aujourd’hui. Il insiste également sur l’échec de Lula au Brésil, qui n’est pas parvenu à effectuer une réforme agraire pourtant voulue par une majorité du petit peuple, ce qui explique en partie son remplacement par Jair Bolsonaro durant la période 2019-2023.

Du soutien des Etats-Unis envers les pires dictatures

Enfin, dernier point essentiel du long métrage, le documentariste rappelle le poids de la politique des Etats-Unis sur un continent latino-américain qu’ils considèrent comme leur « chasse gardée ». Ainsi, le républicain Ronald Reagan n’a eu de cesse d’intervenir – souvent par le biais de la CIA – dans l’instauration de régimes dictatoriaux, au nom de la lutte contre le communisme. On se souvient notamment du financement des Contras afin de faire échouer la révolution sandiniste au Nicaragua.

D’une incroyable richesse thématique et historique, L’évangile de la révolution a le grand mérite de rappeler le courage de bon nombre de chrétiens qui ont lutté pour la liberté au cœur de dictatures parfois soutenues par leur hiérarchie, au péril de leur vie. Il permet dès lors de nuancer fortement notre vision parfois trop binaire des enjeux locaux. Par ses nombreux allers et retours entre passé et présent, il arrive également à mieux nous faire comprendre les enjeux contemporains d’un continent de plus en plus miné par le populisme d’extrême droite comme d’extrême gauche, tandis que les croyants se laissent de plus en plus séduire par des églises évangéliques uniquement intéressées par l’argent. Ainsi, l’utopie initiale ressemble de plus en plus à une dystopie désespérante.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 3 septembre 2025

L'évangile de la révolution, l'affiche

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François-Xavier Drouet

Mots clés

Cinéma français, Les documentaires sur l’Amérique, La religion au cinéma, La dictature au cinéma, L’Amérique du sud au cinéma

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Bande-annonce de L'évangile de la révolution

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