Cesária Évora, la diva aux pieds nus est un documentaire généreux qui dévoile les mille et une facettes de la femme et de la chanteuse cap-verdienne, décédée en 2011, dont la particularité était de se produire sur scène pieds nus.
Synopsis : Cesária Évora chante son titre Sodade en 1992, la faisant reconnaître internationalement à 51 ans. Longtemps simple chanteuse de bar au Cap-Vert, la légende que l’on connaît n’a pas toujours connu la gloire sinon la pauvreté. Femme profondément libre, généreuse et bien entourée, la “Diva aux pieds nus” a su finalement faire briller sa musique à travers le monde tout en restant fidèle à son Cap-Vert, la consacrant reine de la Morna et reine des cœurs.
Découvrir l’artiste au-delà de la voix
Critique : Journaliste de formation, Ana Sofia Fonseca a toujours été attirée par les histoires traitant des droits des femmes et des questions raciales. Le parcours de celle qui est née Amalia Rodrigues avant de devenir Cesária Évora l’intrigue particulièrement. Elle commence des recherches sur le parcours de cette artiste noire et pauvre qui, même après avoir connu l’opulence et la célébrité, sait préserver son intégrité et sa liberté. Estimant que pour découvrir l’artiste, il est essentiel de connaître la femme, elle rassemble, de nombreuses archives : des images privées (dont la qualité parfois médiocre ne fait que renforcer l’authenticité) mais aussi des témoignages audio. Des voix inconnues qui s’unissent à celle de la plus populaire chanteuse de Morna (musique cap-verdienne) pour tenter de comprendre toute la complexité de cette femme déterminée, généreuse, humble mais aussi dépressive et alcoolique.
Cesária Évora, de la misère à la célébrité
Cesária Évora naît le 27 aout 1941 à Sao Vicente, au Cap-Vert dont elle devient la meilleure ambassadrice grâce à son titre Sodade qu’elle promène à travers le monde. Les images de cette terre aride et majestueuse, ancienne colonie portugaise méconnue, se superposent au caractère bien trempé de celle qui ne s’est jamais prise pour une diva. Des maisons en ruine, une population noire recluse dans des quartiers miteux. Un vécu qui façonne la personnalité, particulièrement celle de cette jeune fille pour qui la musique est essentielle. Elle chante dans des bars, des scènes minuscules, des endroits insolites contre un verre ou un repas. L’important pour elle est d’exprimer sa passion musicale. En 1987, sa route croise celle de José da Silva, un Français dont la famille est originaire de Mindelo, considérée comme la ville culturelle de l’archipel, qui la conseille et lui permet d’atteindre le statut de star, au début des années 90. Bia Lulucha, extrait de l’album La Diva aux pieds nus est d’abord reconnu par la communauté cap-verdienne. Si son deuxième album Distino di Belita est un échec, Mar Azul, sorti fin 1991, marque le début de sa carrière. Sodade, qui raconte l’exploitation des Cap-Verdiens dans les champs de cacao par les colons portugais, signe sa rencontre définitive avec le public international.
Par le prisme d’une vie, tout l’état des lieux d’un pays libéré de l’emprise coloniale
Si cette voix douce et chaude a réchauffé le cœur de millions d’admirateurs et a permis à son interprète de connaître un destin inespéré, le film s’arrête sur son passé miséreux, en profitant même pour dresser l’état des lieux d’un pays dont l’activité économique s’est progressivement améliorée depuis sa libération de l’emprise coloniale, grâce au développement du tourisme et des services. Une trajectoire finalement assez semblable à celle d’Amalia devenue Cesária que ce film prend un soin minutieux à retracer avec autant de tendresse que d’équité. Si le scénario ne cache nullement les périodes sombres, il s’attache surtout à rendre compte de l’altruisme de la chanteuse qui ne vivait que pour le partage de sa musique et des avantages financiers que sa situation privilégiée lui permettait d’offrir à sa famille. Non sans malice, il décrit une bonne vivante, viscéralement liée à la cuisine de son île, le moyen le plus sûr de ne jamais oublier jamais ses racines.
Enfin même si Cesária Évora n’a jamais entendu parler d’égalité des sexes, son sens de la liberté et son inclinaison à venir en aide aux autres, complète d’une note de féminisme inattendu ce récit attachant.
Plus de 10 ans après sa mort (le 17 décembre 2011), la voix exceptionnelle de la diva de Morna continue de résonner. Il était plus que temps de lui rendre hommage !
Les sorties de la semaine du 29 novembre 2023

Photo © Simon Scheller – Epicentre Films