Film d’histoire rigoureux et appliqué, La conférence souffre de son origine télévisuelle et ne propose pas de point de vue cinématographique affirmé. C’est sa principale limite.
Synopsis : Au matin du 20 janvier 1942, une quinzaine de dignitaires du IIIe Reich se retrouvent dans une villa cossue à Wannsee, conviés par Reinhard Heydrich à une mystérieuse conférence. Ils en découvrent le motif à la dernière minute : ces représentants de la Waffen SS ou du Parti, fonctionnaires des différents ministères, émissaires des provinces conquises, apprennent qu’ils devront s’être mis d’accord avant midi sur un plan d’élimination du peuple juif, appelé Solution Finale. Deux heures durant vont alors se succéder débats, manœuvres et jeux de pouvoir, autour de ce qui fera basculer dans la tragédie des millions de destins.
La conférence, un téléfilm sur la réunion historique de Wannsee
Critique : A intervalle régulier, la conférence de Wannsee qui a décidé du sort de millions de juifs à travers l’Europe a fait l’objet de transpositions plus ou moins romancées au petit écran. On citera parmi ces nombreuses occurrences le téléfilm allemand La conférence de Wannsee (Schirk, 1984) dont la forme de docu-fiction ne l’a pas empêché de sortir en salles en France en 1987. Par la suite, ce même téléfilm a eu le droit à un remake américain intitulé Conspiration (Pierson, 2001) qui reprend la même méthode.
A chaque fois, le postulat implique de retranscrire au plus près le déroulement de cette conférence, quasiment en temps réel. C’est une fois de plus ce qu’ont tenté de faire les scénaristes Magnus Vattrodt et Paul Mommertz dans La conférence (2022) en s’inspirant très largement du compte rendu réalisé par Adolf Eichmann. Le réalisateur Matti Geschonneck, un habitué de la télévision allemande avec près d’une cinquantaine de téléfilms à son actif, a été chargé de mettre en forme cette nouvelle version par la division télé de Constantin Film. Le téléaste a toutefois exigé que le script se limite exclusivement à la conférence, sans que l’on puisse sortir du lieu, ainsi que l’absence totale de la moindre musique. Il respecte ainsi les unités de lieu et de temps, livrant une vision au plus près de la vérité historique.
Plongée au cœur de la machine administrative nazie
Avec La conférence, le spectateur féru d’histoire sera aux anges puisque rien ne vient interférer avec le matériau historiographique. Le téléfilm retranscrit du début à la fin les deux heures qui ont changé la face de l’Europe puisque c’est lors de cette entrevue secrète du mois de janvier 1942 qu’a été décidée la mise en œuvre rapide de la solution finale. L’application de ces décisions a entraîné la création des unités de la mort d’Auschwitz, Belzec, Sobibor et bien d’autres, avec pour résultat l’élimination de près de 6 millions de juifs.

© 2022 Constantin Television – Zweites Deutsches Fernsehen (ZDF). Tous droits réservés.
Outre le devoir de mémoire nécessaire, La conférence démontre la froideur absolue avec laquelle les dignitaires nazis ont décidé d’envoyer à la mort des millions de personnes (ou plutôt d’unités comme ils préféraient le dire). Tels de simples fonctionnaires – ce fut le mode de défense d’Eichmann à son procès – ces hommes discutent des éléments pratiques sans jamais se poser la moindre interrogation éthique. Evidemment, à regarder et à écouter de nos jours, cela fait froid dans le dos puisque l’on a l’impression d’assister à un simple conseil d’administration, alors que le sujet même est abominable.
Des acteurs formidables au service d’une réalisation trop routinière
Le tout est porté par des comédiens au diapason, dont on retiendra surtout la prestation de Philipp Hochmair en Heydrich. Son sourire permanent tranche avec l’image que l’on peut avoir d’un tel monstre, mais le rend également terriblement fourbe. Face à lui, on trouve un Johannes Allmayer parfait de rigueur et de droiture en Eichmann, le bon fonctionnaire. Enfin, Godehard Giese est également formidable dans le rôle de Wilhelm Stuckart qui défend ses lois de Nuremberg bec et ongles, non pas pour venir en aide aux juifs, mais pour conforter sa position au sein du Reich.
Malheureusement, si les amoureux d’histoire seront comblés, les spectateurs venus chercher une œuvre cinématographique en seront pour leurs frais. A l’origine destiné uniquement pour la télévision allemande, La conférence a été tourné comme tel. Ainsi, Matti Geschonneck échoue à varier son dispositif formel et enchaîne parfois de manière trop mécanique les champs et contre-champs. De fait, certains passages s’avèrent particulièrement rudes par leur caractère de tunnel dialogué. Grâce à quelques poses qui permettent de sortir sur le perron de la villa – celle où la conférence de Wannsee a eu lieu – le cinéaste parvient à aérer son téléfilm et donc l’ensemble passe plutôt vite. Toutefois, on ne peut s’empêcher de songer à ce qu’aurait pu faire d’un tel script un réalisateur plus original ou impliqué.
Telle quelle, La conférence est une œuvre intéressante sur le plan historique, mais au style trop académique et appliqué pour être autre chose qu’un précieux document pédagogique. C’est sa principale limite.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 19 avril 2023

© 2022 Constantin Television – Zweites Deutsches Fernsehen (ZDF) / Affiche : Kevin Rau pour Troïka. Tous droits réservés.
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Matti Geschonneck, Philipp Hochmair, Johannes Allmayer, Godehard Giese
Mots clés
La Seconde Guerre mondiale au cinéma, Les nazis au cinéma, Téléfilm