Loin de tomber dans le documentaire bavard ou parfaitement contemplatif, Nous resterons sur Terre propose une mise en perspective des paysages naturels et manufacturés et convie à la fois l’intelligence et l’émotion du spectateur autour de la question du développement durable. Un échec dommageable à sa sortie.
Synopsis : Les changements climatiques inquiètent, les espèces s’éteignent, les ressources s’épuisent, les villes s’étendent. A travers un jeu de miroirs et de contrastes entre cette nature miraculeuse et l’obsession de l’homme à vouloir la dompter, Nous resterons sur Terre regarde la planète d’aujourd’hui dans les yeux et dresse l’état des lieux d’une harmonie qui vacille. Pouvons-nous inverser le cours des choses ? Le voulons-nous vraiment ?
Avec l’environnementaliste James Lovelock, le philosophe Edgar Morin et les Prix Nobel de la Paix Mikhaïl Gorbatchev et Wangari Maathai, ce film laisse à chacun la liberté d’évaluer le degré d’urgence sur une seule certitude : Nous resterons sur Terre.
Dans la tradition de la trilogie des Quatsi de Godfrey Reggio
Critique : Offrant des images très esthétisantes, confinant pour certaines, de par leur montage, à l’hypnose, Nous resterons sur Terre présente une saisissante peinture d’un monde profondément bouleversé par la révolution industrielle. Les choix opérés par les réalisateurs, Pierre Barougier et Olivier Bourgeois, confèrent à ce film une rare intelligence et donnent les éléments propres à alimenter, sur la thématique du développement durable, une réflexion. Cette dernière se fonde sur les émotions suscitées par les vues de notre monde. Les cinéastes usent de la répétition ou de
l’apposition de paysages de la Terre à l’effet de provoquer l’éveil de la conscience du spectateur face au charme vénéneux de l’industrialisation.
Une telle création, notamment avec ses procédés d’accélération ou d’association
et sa sélection musicale (Arvo Pärt, Sigur Ros…) n’est pas sans rappeler le classique et précurseur Koyaanisqatsi de Godfrey Reggio. Mais qui pourrait ne pas être fier d’une telle filiation ?

© Ki Productions, Gaumont, Happy Audience, On the Road
A ce savant montage, les réalisateurs intègrent les pensées de quatre grands acteurs du développement durable : Wangari Maathai, Mikhaïl Gorbatchev, Edgar Morin, James Lovelock. Ainsi, à intervalles réguliers et afin d’accompagner le spectateur dans sa réflexion, les différents intervenants évoquent leurs expériences et posent les bases d’une certaine philosophie, bien que le mot soit désormais galvaudé, du développement durable invitant l’humain à se considérer non pas comme un individu mais comme un être faisant partie d’un ensemble – l’Humanité – et à penser cette Humanité dans un système global – La Terre-. Ces interventions n’altèrent en rien les qualités cinématographiques du film. Il réussit là où Une vérité qui dérange, le documentaire d’Al Gore, échouait avec ses aspects trop scolaires et parfaitement inadaptés aux salles obscures.
Quinze ans après, qui peut encore dire que Nous resterons sur Terre?
Le dessein des réalisateurs est de pousser les Hommes, toute génération confondue, à prendre conscience de la situation afin d’adopter tant individuellement que collectivement, l’attitude adéquate. Pour emprunter au sous-titre de l’essai de Jared Diamond (Effondrement, Gallimard, NRF Essais, 2006), il est donc question de savoir comment notre société va décider, dans le pire des cas, de sa disparition ou, dans le meilleur des cas, de sa survie.
Plus d’une décennie plus tard, Nous resterons sur Terre, entre différentes conférences alarmistes sur le climat, demeure d’une brûlante actualité. Il est pourtant dommage que la réception en salle fut très limitée, en 2009, avec moins de 20 000 spectateurs, essentiellement en province. Aujourd’hui, qui peut encore affirmer qu’effectivement, nos petits-enfants resterons sur Terre;
Sorties de la semaine du 8 avril 2009

© Ki Productions, Gaumont, Happy Audience, On the Road