J’ai aimé vivre là est une généreuse et inattendue mise en avant de la banlieue parisienne qui perd cependant de sa force à se faire trop répétitive.
Synopsis : Dans la ville nouvelle beaucoup arrivent d’ailleurs, se mélangent, trouvent une place. Leurs histoires se croisent et s’incarnent ici à Cergy, où Annie Ernaux a écrit l’essentiel de son œuvre nourrie de l’observation des autres et de son histoire intime.
Retour sur une ville nouvelle
Critique : En 2017, avec Retour à Forbach, Régis Sauder revient dans la ville de son enfance prendre des nouvelles de ceux qui sont restés dans ce territoire abandonné et interroger l’avenir à l’heure de la montée de l’extrémisme. C’est en présentant son film dans un cinéma proche de la ville nouvelle de Cergy qu’il fait la connaissance d’Annie Ernaux, habitante de cette ville nouvelle depuis de nombreuses années. Elle lui servira de fil rouge pour partir à l’exploration de cette préfecture du Val d’Oise, sortie de nulle part dans les années 60 et volontiers décriée.
Aux media qui préfèrent relayer les faits divers autour de l’insécurité et du mal de vivre dans ces ensembles créés de toute pièce, Régis Sauder choisit de répondre par l’écoute et l’authenticité. Puisqu’il excelle à mettre les êtres au cœur de son cinéma pour mieux les regarder vivre, c’est à travers les témoignages de ses habitants qu’il scrute la mémoire de cette cité aux allures futuristes.
La ligne A du RER (la plus fréquentée d’Europe) traverse la campagne avant de déverser ses voyageurs dans une gare grouillante de vie. C’est donc vers ces banlieusards de tous horizons et de toutes conditions que le réalisateur se tourne pour récolter, sans ambages, le récit de leur vie et partager avec eux les détails de la vie quotidienne, leurs souvenirs, leurs espoirs.
J’ai aimé vivre là, regards croisés et partagés
Claudette, arrivée des Antilles au début des années 70 au milieu des bâtiments encore en construction, se souvient avec émotion des difficultés à se déplacer sur les chemins boueux avec la poussette de son fils, et présente avec admiration les arbres qui bordent l’allée désormais parfaitement dallée. La caméra suit le parcours d’un groupe de lycéens qui s’emparent des textes d’Annie Ernaux les uns après les autres, formant un étonnant réseau narratif qui s’articule autour de situations dans lesquelles ces jeunes se reconnaissent. Cergy, c’est aussi un symbole de solidarité qui, à travers son centre d’accueil installé dans une patinoire et le dévouement d’une ex-directrice financière, ouvre la porte aux étrangers, à l’exemple de Sekou qui raconte ses multiples tentatives de traversée depuis le Mali.
Preuve d’une mixité réussie
Un pique-nique au bord de l’Oise, une fête au coucher du soleil, l’époustouflante perspective sur Paris et sa région depuis l’Axe-Majeur rassemblent les preuves d’une mixité réussie et d’une joie de vivre indéniable. Pourtant, ces démonstrations multipliées à l’infini se télescopent sans apporter d’éléments supplémentaires ou contradictoires, installant le récit dans une tiédeur ronronnante qui peu à peu l’édulcore.
Restent de ce voyage en utopie d’impressionnantes vues aériennes sur cette pyramide inversée qui abrite la préfecture, ces bâtiments aux formes géométriques, ses vastes places, ses quartiers à plusieurs niveaux et sa campagne environnante.
Critique de Claudine Levanneur

