Le monopole du cœur, véritable porno à l’écrin de cinéma bis, est un conte libertin fantastique dans son grand écart entre les genres. Une vision de cinéma singulière qui ne se contente jamais du plaisir de la chair.
Série B cinématographique, série A pornographique
Critique : Le cinéma de genre français s’amuse à brouiller les pistes. Désormais niché également dans la production X, le conte fantastique n’est plus la comédie paillarde qu’il se contentait d’être. Pourtant, le personnage principal pourrait s’y apparenter. Ricardo Malone, acteur porno italien mythique, qui a désormais dépassé la soixantaine et officie encore brièvement le temps d’une scène, est l’étrange Monsieur Hugo. De son physique rond imposant, il incarne une variation de la figure du satyre de la mythologie grecque doublée d’un Mephisto au cœur brisé. Replié dans un monde de féerie bucolique, il s’est donné pour mission de lâcher ses créatures, des Adonis et Aphrodites, pour atrophier le bonheur conjugal de ceux et celles qui s’égarent sur sa propriété. L’on pourrait croiser la Belle et la Bête au détour d’un mur que cela ne viendrait nullement nous étonner.
Une œuvre minérale et organique
Dans un cadre hors du temps, magnifiquement photographié jusque dans les natures mortes d’une demeure immense, un narrateur, emprisonné dans une statue canine, effleure son passé de Casanova pour mieux semer le trouble. Le minéral et l’organique composent un lieu de surréalisme où les créatures de beauté et narcissisme s’abîment en cherchant le sens de leur vie.
Le monopole du cœur confirme le talent de Cosmo Liveti
Véritable vision de cinéma, ce jalon dans l’œuvre de Cosmo Liveti (qui a notamment réalisé l’épatant Sicalipsis) sublime les corps dans l’érotisme conquérant qui va jusqu’au bout du désir, tout en se défaussant de la vulgarité inhérente au genre mal-aimé. Retrouvant sa fibre rollienne et franquiste (on parle ici de Jesús Franco, évidemment), l’auteur fait de l’unité de lieu la force de son film, celle du poème où le corps devient la parure d’un cadre élaboré. Les ombres s’animent dans la mécanique de la répétition attendant de trouver un but à leur existence, et ainsi échapper aux murs. Mais les humains ont-ils le monopole du cœur ?
Avec une réalisation de l’épate, où la photo et le montage démontrent une filiation avec les beaux-arts, Le monopole du cœur n’est en rien un porno de la honte à l’expérience solitaire, mais une entité filmique qui se regarde dans son entièreté pour son étrangeté. Décidément, Liveti, qui occupe bien des postes au générique, est un talent à suivre.
Auteur de l’article : Il est libre MaX
- Diffusion sur Canal+, à partir du samedi 18 septembre 2021
- Réalisation : Cosmo Liveti
- Avec : Clara Mia, Mya Lorenn, Axel Reed, Mike Hilton
- Interdit aux moins de 18 ans




