Resté inédit en salles en France, Monster Boy : Hwayi est pourtant un polar coréen totalement azimuté qui a le grand mérite de ne jamais aller là où on l’attend. A découvrir.
Synopsis : Pendant son enfance, Hwayi a reçu une éducation particulière de la part de ses cinq pères, visant à faire de lui un futur tueur professionnel à leur image. Mais les choses tournent rapidement au cauchemar lorsque le jeune homme découvre que ses “parents” sont loin d’être ceux qu’ils prétendent…
Critique : Il aura fallu pas moins de dix longues années pour que le cinéaste sud-coréen Joon-hwan Jang revienne au cinéma après avoir signé un premier long devenu culte (Save the Green Planet ! en 2003). Il a co-écrit ce Hwayi datant de 2013 avec un certain Joo-suk Park qui a travaillé par la suite sur Dernier train pour Busan en 2016. La coopération entre ces deux personnalités originales ne pouvait déboucher que sur un film étrange qui a d’ailleurs judicieusement été diffusé en France dans le cadre de L’Etrange Festival, avant d’être acheté par Wild Side Vidéo pour une sortie directe en DVD / Blu-ray.
Point de passage par les salles obscures dans nos contrées pour ce Monster Boy qui méritait pourtant davantage d’égards, et ceci par-delà ses quelques défauts inhérents à la production coréenne de ces dernières années. Le point de départ est pour le moins étonnant, avec la description du quotidien d’un adolescent élevé par un gang de braqueurs et d’assassins qu’il appelle tous « père ». Sorte de famille dysfonctionnelle totalement azimutée, la maisonnée est décrite sans concession, même si on peut regretter que les différents personnages – très nombreux d’ailleurs – relèvent parfois davantage de la caricature.
Ainsi, les allergiques au cinéma sud-coréen retrouveront bien ça et là une figure grotesque incarnée par un acteur rondouillard aux yeux exorbités, visiblement destinée à divertir le public local avec un humour pas finaud. Toutefois, il serait bien dommage de s’arrêter à ces détails, tant le film offre une vision très sombre de la Corée du Sud et des relations entre êtres humains. Le long-métrage hésite parfois entre plusieurs genres (comédie, fantastique, polar et même mélodrame), mais parvient tout de même à retomber sur ses pattes en mettant en scène une vraie tragédie, comme on en faisait du temps du théâtre grec antique.
Drame des origines, conflit ancestral entre un jeune homme et la figure paternelle qui doit être éliminée pour pouvoir grandir, Monster Boy : Hwayi est une œuvre perturbante qui ne se rend jamais vraiment où le spectateur l’attend. Lorsque le drame se noue peu à peu, la tension ne cesse de grandir autour du destin de ce jeune homme victime de la monstruosité de ses pairs (et de ses pères). Sa vengeance, particulièrement implacable, donne lieu à des scènes d’action très efficaces et d’une violence inouïe. Les coups pleuvent et font mal, les fusillades tournent systématiquement au massacre et les courses-poursuites en voiture procurent de vraies décharges d’adrénaline.
Les amateurs de polars coréens retrouveront donc ici l’indéniable savoir-faire local en matière d’action, de cascades et de violence en tout genre. Ils profiteront également d’une histoire très cruelle qui se termine dans le sang et les larmes, avec profusion d’événements mélodramatiques comme seuls osent encore le faire les Coréens. Autant dire que le long-métrage ne réconciliera pas les détracteurs du cinéma local avec ce sous-genre à part entière puisque toute nuance est ici balayée au profit d’une efficacité immédiate absolument diabolique. Les autres pourront ajouter ce film à la longue liste des œuvres dingues produites à la chaîne au Pays du Matin (pas si) calme.
Critique de Virgile Dumez

© 2013 Showbox / Mediaplex et Now Film / Conception graphique : Wild Side Films. Tous droits réservés.