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 Francis Ford Coppola : interview vintage et Twixt. A l’occasion de la sortie de son film d’épouvante libertaire, Twixt, nous avions rencontré Francis Ford Coppola lors d’une table ronde où le maître s’est montré particulièrement généreux…

(Paris, le 11/04/2012)

Interview de Francis Ford Coppola, Twixt

© 2012 Pathé Distribution

Francis Ford Coppola, c’est, au passage, des monuments comme Apocalypse Now (Palmé à Cannes), Conversation secrète (et oui, Palmé à Cannes, encore !!!), Le Parrain, et ses deux suites d’un niveau aussi élevé, Cotton Club, Bram Stocker’s Dracula, Rusty James avec Matt Dillon ! C’est un maître de l’esthétique (Coup de coeur ou le récent Tetro), jadis prolifique (il réalise 7 films dans les années 80, plus un des trois sketchs de New York Stories, aux côtés de Woody Allen et Scorsese !!!, et le court-métrage Captain Eo, avec Michael Jackson, au budget record en son temps). Il disparaît peu à peu à la fin des années 90, une nouvelle fois déçu par un système qui ne lui a jamais pardonné ses dépassements de budget et sa folie des grandeurs. Bref, c’est un véritable dieu vivant que l’on a pu rencontrer lors de 45 minutes intenses où le cinéaste a généreusement livré à la blogosphère parisienne, réunie à l’occasion pour une table ronde, sa vision libre du cinéma…

Fini les voyages : Coppola tourne à domicile

Bonhomme imposant de 70 patates, mais immédiatement jovial et bien disposé, Coppola aime discuter de son nouveau long, Twixt, un OVNI maquillé en série B d’épouvante, où il s’affranchit des règles que lui imposent les producteurs, puisqu’ici, dans cette production de moins de 7 millions de dollars, il est lui-même son propre patron ; il a décidé de tout, jusque d’un tournage à 20 minutes de chez lui, en Californie, après les expatriations en Roumanie pour L’homme sans âge (2007) et en Argentine pour Tetro (2009).

Une carrière sur le déclin ?

Twixt serait moins bon que ses prédécesseurs. Coppola ironise. Il a toujours entendu que sa carrière était sur le déclin. Mais 40 ans après, il est toujours là, toujours plus célèbre. Et surtout quand on lui demande naïvement : Comment se fait-il que vos films ne soient pas aussi bons qu’antan…, il aime rappeler les mauvaises critiques qui ont caractérisé sa carrière, notamment à l’époque d’Apocalypse Now, le film culte de tout bon cinéphile qui se respecte. Et oui, le saviez-vous, ce parangon du film d’auteur fou et démesuré, fut en son temps un semi échec public et la critique fut à son égard assassine, malgré un écho favorable à Cannes, où il reçut la Palme (celle de l’attente, notamment, puisque ce projet marqua le début des fameux dépassements de budget et des prolongements abusifs de tournage du maître).

Tourner la nuit ? C’est fini !

Aujourd’hui, celui qui a tout connu, gloire, Oscars, faillites, veut du fun. Et il l’a trouvé à travers le tournage très agréable, voire pépère, de Twixt : hors de question de tourner la nuit. Après 23h, Coppola dort, et ce, après avoir bouquiné tranquillement quelques pages. Le Monsieur a passé l’âge des sorties nocturnes, préférant désormais jouer avec la photographie pour créer l’obscurité ; il a un talentueux directeur de la photo pour cela, Mihai Malaimare, un jeune Roumain avec qui il a tourné L’homme sans âge et Tetro. Les images nocturnes sont d’ailleurs superbement photographiées et représentent l’un des points forts de cette production atypique !

Fini l’adrénaline et le stress, le Coppola nouveau est arrivé

La complicité artistique avec cette nouvelle génération d’artistes, Coppola en sentait un besoin viscéral. Lui qui a rencontré tout au long de sa carrière sur cinq décennies les plus grands, n’avait aucune intention de tourner avec le directeur de la photo à la mode, il voulait se sentir à nouveau comme un étudiant en cinéma.

Affiche de Dracula de Bram Stoker, par Francis Ford Coppola

© 1992 Columbia Pictures Industries – American Zoetrope. All Rights Reserved.

La liberté, ce besoin de s’abstraire des jougs des producteurs, apparaît comme un leitmotiv tout au long de cet entretien, comme cette formidable nécessité d’expérimenter qui l’anime.
Pour son dernier film, très fun donc, il a trouvé l’appui très inspiré de Val Kilmer. L’acteur à la carrière déchue (une décennie de flops dans les années 2000 !), qui n’est physiquement que l’ombre de lui-même, façon Brando à la fin des années 70, a offert une bonne humeur constante à Coppola qui avait besoin de cette énergie positive. Pour un film aussi farfelu (le cinéaste évoque une œuvre wacky), habité par la carcasse assez pathétique, mais finalement très touchante d’un auteur d’épouvante populaire qui fait la tournée des petites villes de province pour vendre quelques bouquins contre des signatures, Coppola avait besoin de cette force comique et des bonnes blagues de son acteur dont il vante l’humour et l’intelligence. Surtout que le personnage qu’il incarne expie la mort de sa fille adolescente dont il se sent responsable. Coppola place en lui beaucoup de son expérience personnelle, tragique, en écho à la mort de son propre fils, tué lors d’un accident de bateau alors que le cinéaste, fatigué, décidait à la dernière minute de ne pas l’accompagner… Il admet ne pas s’être trop pris au sérieux, jusqu’à ce que le film devienne sérieux. La suite du tournage n’était pas toujours confortable.

Dracula de Bram Stoker ? Une commande de studio

Ce grand retour au fantastique après un début chez le producteur de séries Z Roger Corman et son incursion pompeuse dans l’adaptation du Dracula de Bram Stoker dans les années 90, a été une grande aventure. Le projet n’a toutefois rien de comparable avec Dracula, qui fut un job qu’il avait accepté en tant que réalisateur hollywoodien. Celui qui aime se référer à Nathaniel Hawthorne, Edgar Allan Poe, Bram Stoker, Mary Shelley, à un pan très littéraire du fantastique, n’est pas pour autant dans la redite par rapport à son dernier gros succès public (Dracula avait rapporté plus de 200 millions de dollars dans le monde en 1992).

‘Avec Le Parrain 2, j’ai initié la tendance des suites…’

Hors de question de remaker ou de ressasser. Il critique facilement le système hollywoodien qui, selon lui ne veut pas que le cinéma change, d’où les sequels (il ironise sur le fait d’avoir initié cette tendance avec Le Parrain 2. Les studios investissent tellement d’argent et d’efforts sur un projet qu’ils ne veulent pas rester sur un seul film. D’où la rareté croissante des drames à Hollywood, puisqu’ils sont difficiles à décliner en suites.

Dans son refus de refaire la même chose, sa volonté de progresser et d’innover, Coppola aime envisager les nouvelles technologies. Il n’a donc aucun problème avec le numérique. A l’époque d’Apocalypse Now, précurseur du 5.1, il savait que le cinéma serait un jour électronique ou numérique. Le son était déjà lié à l’électronique, mais on savait que le cinéma allait vers plus de magie… Le tournage de la scène du vol des hélicoptères avait été tellement difficile à mettre sur pied, sur un plan logistique. C’est sûr qu’avec les images de synthèse d’aujourd’hui, on ne se préoccupe plus de savoir si l’armée locale, alors en guerre civile, a des appareils à disposition pour une séquence de visionnaire, donc l’inutilité narrative confine au génie pictural !

Le numérique est une bénédiction

Absolument converti à la caméra numérique, à sa facilité d’usage et à sa légèreté (un critère auquel il tient décidément beaucoup !), il suit pour une fois la tendance technologique alors que, ironiquement, seule sa fille fait de la résistance. Elle est très attachée à la pellicule et, comme certains jeunes cinéastes contemporains, elle veut faire partie d’une longue tradition cinématographique dont Coppola père semble être revenu.

L'homme sans âge, affiche du film de Francis Ford Coppola

© 2008 Pathé Distribution – American Zoetrope

George Lucas, Star Wars et la 3D

Quand on lui parle de 3D, technique qu’il utilise de façon plus astucieuse que ludique pour quelques scènes lors de Twixt, Francis Ford Coppola aime répéter qu’il n’y a rien de nouveau. Que celle-ci remonte aux années 40 et qu’aujourd’hui c’est plus un moyen de booster les ventes en chargeant davantage le prix du ticket, qu’une nécessité artistique. S’il aime George Lucas qui est comme un frère pour lui, il désapprouve son choix de convertir La Menace fantôme en 3D. Pourquoi refaire toujours la même chose, nous dit-il, avec franchise. Coppola, qui a besoin d’un mécène ou d’un studio pour son prochain film qui se déroulera dans les années 20, avec des costumes et des décors, n’ira pas voir Lucas pour le produire. Le père de Dark Vador l’a, certes, produit à deux reprises (notamment pour Tucker) et lui propose toujours généreusement son soutien, mais Coppola sait que les films qu’il veut faire ne sont pas ceux que Lucas souhaite faire.

Coppola pleure les cinéastes qui subissent les accidents industriels qu’il dût lui-même vivre

Au bout de 45 minutes, Coppola, qui nous a dit beaucoup d’autres choses sur la technique ou l’origine onirique de son Twixt d’outre-tombe, et compatit avec la détresse d’Andrew Stanton après le bide historique de John Carter, est interrompu par l’attachée de presse. Il doit poursuivre sa course promotionnelle. Mais le marketing et la promotion, le réalisateur du Parrain s’en soucie finalement moins que le message qu’il souhaite faire passer. Ce que cet entretien confirme, c’est tout l’amour de Coppola pour le partage de sa vision du cinéma dont il pourrait parler pendant des heures, goulûment, et avec une expérience à laquelle peu peuvent prétendre. Un maître total…

Merci à Laura Degiorgi de l’agence WaytoBlue pour ce magnifique moment de cinéphilie.

Interview Vintage (Paris, le 11/04/2012)

Frédéric Mignard

Apocalypse Now en édition collector définitive

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