Note des lecteurs

Malgré ses clichés, Norman fucking Rockwell est un opus valeureux qui surpasse les errances passées de Lana Del Rey.

Lana Del Rey ne peut plus vraiment lier une idylle totale avec le très grand public. Exit le temps des tubes imparables comme Video game, Summer time sadness, Born to die ou Ride, ces morceaux immédiats qui prenaient aux tripes et lui permettaient de dominer les ventes d’albums pendant près d’une longue année. Elle était la hype qui se démarquait du tout-venant et beaucoup se demandaient si elle allait tenir la distance.

Lana Del Rey, star monomaniaque

Après des albums moins décevants que répétitifs dans leurs motifs et leurs léthargies, après la constatation pas toujours agréable d’un style invariablement identique à quelques instruments près en fonction des producteurs et une aparté embarrassante avec The Weekend, Lana Del Rey demeure la star la plus monomaniaque des charts.

La chanteuse offre encore quelques clichés sur la géographie californienne (elle ose le titre California sur son dernier opus, comme elle avait déjà chanté West Coast ou America précédemment), propose encore des banalités sur les cylindrés qui arpentent les routes poussiéreuses du sud américain et s’étend plus qu’il n’en faut sur le mythe d’une nation dont elle abuse de tous les clichés en prenant des notes en matant quelques classiques américains à la Easy Rider.

Le titre même de son nouvel album, faussement rebelle, mentionnant Norman Rockwell avec un grand F, est un lieu commun de débutant que la chanteuse à la voix la plus déviante, entre la réalité de ses live et celle de ses enregistrements studios, embrasse dans une éternelle jeunesse.

Lana del Rey pochette de Lana del Rey Norman Fucking Rockwekk
Copyrights : Interscope / Polydor

Toujours se méfier de Lana quand elle endort

Norman Fucking Rockwell est donc le retour de Lana the Queen, successeur des déjà oubliés Honeymoon et Lust for life. Comme précédemment, Lana n’y tient aucun discours fort, et à part évoquer les sièges arrière des bécanes sur fond de canyon, la chanteuse américaine se contente de tenir la route, du moins au premier abord, car avec les sons de Lana, il faut toujours se méfier des premières écoutes, pour se fier à l’obstination de pleines écoutes. En fait, Norman fucking Rockwell est un ensemble brillamment produit que l’on aurait aimé, pourquoi pas, découvrir comme premier ou deuxième album, et non à l’issue d’une décennie d’ambiances identiques. L’album est éminemment plus pertinent qu’Honeymoon et Lust for life, de par sa richesse d’instruments qui jouent sur une humeur beatnik à la Kerouac. La production fait la part belle à des arrangements vocaux stylisés et à une puissance musicale qui refuse le format radio. L’écrin magnifique des chansons Mariners Apartement Complex, Venice Bitch (bijou de près de 10 minutes qui compte parmi ses meilleurs titres) ou les nappes hypnotiques sur Cinnamon girl, font monter le niveau très haut. La reprise de The Sublime Doin’ Time lui permet de jouer avec les mots quand California nous ensorcelle de son refrain circulaire.

Norman Fucking Rockwell remet Lana Del Rey en selle

On refusera de s’arrêter aux lyrics qui baignent dans une naïveté confondante (The Greatest, Hope is a dangerous thing for a woman like me…), pour apprécier la fausse simplicité des mélodies qui gagnent à être approfondies dans leur écoute pour leurs moments de grandiose qui éclosent dans l’inattendu d’un virage intra-titre, comme sur les subtiles Happiness is a a butterfly et The next best American record.

Une décennie après ses débuts, Lana Del Rey a retrouvé le ton qu’elle avait su fébrilement développer au fil de ses deux premiers albums, et propose aisément l’un de ses moments de somnolence les plus épiques, dans le sens positif du terme. Au-delà des clichés et de son obsession lyrique pour une Amérique atavique, le produit Lana Del Rey est une formidable marque de fabrique quand associé aux bons producteurs et débarrassé de la vibe hip hop bon marché de Lust for life. L’artiste démontre qu’on a bien fait de miser sur son charisme. On poursuivra volontiers un bout de route 66 avec elle.