Biopic revenant sur une affaire d’abus sexuel en Espagne au début des années 2000, L’Affaire Nevenka est une réussite grâce à son interprète principale et un point de vue nuancé, tout en étant engagé pour la cause des femmes.
Synopsis : À la fin des années 90, Nevenka Fernández, est élue à 25 ans conseillère municipale auprès du maire de Ponferrada, le charismatique et populaire Ismael Alvarez. C’est le début d’une descente aux enfers pour Nevenka, manipulée et harcelée pendant des mois par le maire. Pour s’en sortir, elle décide de dénoncer ses agissements et lui intente un procès.
Une affaire espagnole, bien avant le mouvement #MeToo
Critique : Alors que le mouvement #MeToo a déclenché une prise de conscience des abus sexuels qui n’ont cessé de frapper les femmes, certaines affaires ont déjà alerté l’opinion publique bien avant le déclenchement du phénomène de 2017. Ainsi, en Espagne, la toute première affaire de ce type est intervenue en 2001 par la voix de la conseillère municipale Nevenka Fernández. Celle-ci est la première femme à avoir porté plainte pour harcèlement sexuel contre le maire de la ville de Ponferrada, le puissant et charismatique Ismael Álvarez.

© 2024 Elkargi SGR, Feelgood Media, Film Factory, Garbo Produzioni, Instituto de la Cinematografía y de las Artes Audiovisuales (ICAA), Kowalski Films, Movistar Plus+, NVA Peli / Photo : Epicentre Films. Tous droits réservés.
C’est cette histoire qu’a voulu reconstituer l’actrice et cinéaste Icíar Bollaín (Même la pluie en 2010 ou Les Repentis, plus récemment) afin d’adopter le point de vue de la jeune femme qui a subi un harcèlement atroce durant deux longues années. Son but était donc de montrer aussi bien l’impact psychologique de cet abus sexuel sur une jeune adulte, mais aussi la difficulté à se faire entendre dans une société encore largement marquée par le patriarcat.
Autopsie d’un harcèlement
D’ailleurs, la véritable Nevenka Fernández a été très largement conspuée par les médias et son entourage lorsqu’elle a pris la décision de porter plainte contre son agresseur, un homme charismatique et très populaire. Pour cela, Icíar Bollaín débute son film par une scène montrant la jeune femme prostrée, avant de revenir quelques années en arrière pour suivre l’épanouissement professionnel de celle qui devient rapidement conseillère municipale grâce au soutien indéfectible du maire, ce dernier voyant en elle l’avenir de la commune. Mais l’édile avait une autre idée en tête et met tous les atouts dans son jeu de séduction. D’abord flattée, la jeune conseillère cède durant quelques semaines et accepte donc une relation sexuelle avec cet homme faisant le double de son âge.
Les problèmes commencent lorsque l’amante décide de rompre avec celui qui est aussi son supérieur hiérarchique. Dès lors, Icíar Bollaín met en place de manière très habile une situation de harcèlement que le spectateur subit en même temps que la conseillère. Cela passe par des stratagèmes psychologiques en vue de la déstabiliser, par des humiliations publiques dans le cadre du travail, mais aussi des coups de téléphone incessants et enfin un ultime viol dans une chambre d’hôtel. Durant cette dernière séquence, la réalisatrice a la grande intelligence de démontrer l’état de sidération de la victime qui pourrait passer pour un consentement, alors qu’il s’agit seulement d’un état de stupeur total, oblitérant toute réaction.
Des acteurs pleinement investis
Durant cette scène, le jeu intense et intériorisé de Mireia Oriol est tout bonnement formidable car elle fait passer toute la souffrance physique et psychologique éprouvée par son personnage. De son côté, Urko Olazabal est totalement convaincant dans le rôle terriblement ambigu de cet homme apparemment fort aimable, mais qui se transforme rapidement en un prédateur sexuel redoutable. D’ailleurs, la réalisatrice souligne que la population locale était au courant de ses agissements, mais que cela était vu comme une qualité à l’époque – après tout ne qualifiait-on pas de Don Juan ce type de dragueur compulsif ?

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Toutefois, là où L’Affaire Nevenka gagne des points, c’est que la réalisatrice ne systématise pas son point de vue. Ainsi, de nombreux hommes prennent la défense de la jeune femme, que ce soit son meilleur ami (correct Ricardo Gómez) ou son avocat dont on sent qu’il est particulièrement sensible à la cause des femmes. Dans le même genre d’idée, elle n’hésite pas à égratigner des femmes qui critiquent la victime en la traitant de trainée et d’arriviste.
Quatre nominations aux Goyas 2025
Bien équilibré dans sa dénonciation, L’Affaire Nevenka n’est donc aucunement un tract politique, mais assurément un bon film féministe, prenant en compte une situation si longtemps considérée comme acceptable par la société. Sous la forme d’un biopic qui est aussi un film-dossier, le long métrage est maîtrisé sur le plan formel, tout en se concentrant sur l’intensité du jeu des comédiens.
Une belle réussite donc, qui a valu au long métrage 4 nominations aux Goyas 2025 (meilleur acteur, meilleur espoir féminin, meilleur scénario et meilleure photographie). Certes, le film n’a décroché aucune statuette, mais il a séduit une grande partie de la critique, à juste titre.
Box-office français de L’Affaire Nevenka
Sorti en France la semaine du 6 novembre 2024 par Epicentre Films, le biopic judiciaire n’a été projeté que dans 82 salles d’art et essai sur l’ensemble du territoire national. Il obtient 19 666 entrées en première semaine, avant de chuter à 8 928 retardataires la septaine suivante. Pourtant, le métrage va continuer à mener une carrière impressionnante durant de longs mois. Ainsi, début janvier 2025, L’Affaire Nevenka continue d’être projeté lors de soirées suivies de débats et cumule déjà 50 000 spectateurs.
Vers le mois de mai 2025, alors que le DVD du film est déjà disponible, le métrage continue son tour des salles d’art et essai et franchit le cap des 60 000 entrées. Toujours soutenu par son distributeur, L’Affaire Nevenka vit une belle histoire en salles puisqu’il est toujours à l’affiche pour quelques séances thématiques au mois de mars 2026, soit près d’un an et demi après sa sortie. Son total de 64 043 entrées est donc encore provisoire à l’heure où nous écrivons ces lignes.
Critique de Virgile Dumez
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Icíar Bollaín, Mireia Oriol, Urko Olazabal, Ricardo Gómez
Mots clés
Cinéma espagnol, Film féministe, Le harcèlement sexuel au cinéma, Le viol au cinéma, L’emprise au cinéma, Film de procès