La fille du Far-West est une curiosité issue de la toute première période muette de l’œuvre considérable de Cecil B. DeMille. Il s’agit d’un petit western sympathique, même si terriblement daté.
Synopsis : Dans un camp de mineurs, le shérif Jack Rance voudrait bien épouser la “fille”, une orpheline héritière du saloon local. Mais celle-ci rencontre le bandit Ramerrez, sous une fausse identité. Les circonstances conduisent celui-ci au camp, où leur amour se développe. Ramerrez devient un enjeu entre la fille, qui le protège, et Jack Rance, qui souhaite le pendre.
Critique : En 1913, le producteur Jesse L. Lasky et le jeune réalisateur Cecil B. DeMille décident de créer une compagnie de production cinématographique nommée la Jesse L. Lasky Feature Play Company. Cette nouvelle société allait enchaîner les succès les années suivantes grâce à une série de westerns et de films de près d’une heure, pour la plupart tournés par DeMille. A terme, cette société florissante allait fusionner avec une autre compagnie pour donner naissance à la Famous Players-Lasky qui verrait rapidement son nom éclipsé par celui de Paramount, plus simple à retenir. Il s’agit donc ici de l’acte de naissance d’un des grands studios hollywoodiens.
Parmi les pierres fondatrices d’un tel studio, on trouve donc des bandes commerciales dans le style de cette Fille du Far-West. Comme souvent à cette époque, le film est basé sur une pièce de théâtre à succès, en l’occurrence The Girl of the Golden West de David Belasco créée en 1905. Le triomphe théâtral fut tel que Giacomo Puccini transposa cette histoire à l’opéra dans La fanciulla del west créé en 1910 sous la direction d’un certain Toscanini.
C’est donc cette histoire de l’amour d’une jeune femme innocente pour un bandit dont elle ignore les activités que Cecil B. DeMille porte à l’écran en ces débuts du cinématographe. Le cinéaste, encore novice, ne parvient pas à s’affranchir des contraintes techniques de l’époque et signe donc une bande sympathique, mais limitée dans son intérêt esthétique. Encore marqué par l’influence théâtrale, le cinéaste filme de manière statique des acteurs qui évoluent dans un décor. On le sent pourtant désireux de proposer davantage au public, notamment lors de la poursuite à cheval dans de superbes extérieurs, ou encore lors de la tempête qui s’abat sur la région.
Déjà porté sur le spectaculaire, le réalisateur ne peut pourtant pas grand-chose pour dynamiser une intrigue assez sommaire. Si l’on apprécie le jeu de Mabel Van Buren, qui allait d’ailleurs devenir l’une des premières grandes stars du muet, et celui assez naturel de House Peters, on peut être davantage réservé quant à la prestation très théâtrale de Theodore Roberts. Sa fausse moustache et ses mimiques le placent immédiatement dans son époque, où le jeu était encore très démonstratif. Bien évidemment, les amateurs de cinéma muet ne seront pas troublés par ses tics, mais ils devront reconnaître l’artificialité d’un tel jeu.
Ni passionnant, ni désagréable, La fille du Far-West est surtout à visionner par les archéologues du cinématographe, en tant que curiosité issue de temps anciens. Il témoigne aussi du goût de DeMille pour les intrigues tortueuses où les femmes doivent sans cesse choisir entre leur devoir et leurs sentiments amoureux. Cette structure sera à la base de bon nombre de ses films. On peut également signaler une légère critique du caractère bouillonnant des Américains, prompts à condamner et à exécuter leurs concitoyens par le biais du lynchage. En cela, le happy end un peu précipité n’est pas franchement crédible.
Gros succès à sa sortie aux Etats-Unis, La fille du Far-West a fait l’objet de trois autres versions plus tardives. La première fut tournée en 1923 par Edwin Carewe, la seconde en 1930 par John Francis Dillon et la troisième – la plus connue – date de 1938 (La belle cabaretière de Robert Z. Leonard).
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Critique de Virgile Dumez

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