Wojciech Has

Réalisateur
Magnifique visuel original de La Clepsydre de F. Starowieyski

Personal Info

  • Nationalité : Polonais
  • Date de naissance : 1er avril 1925 à Cracovie (Pologne)
  • Date de décès : 3 octobre 2000 à Łódź (Pologne)

Biographie

Dans les limbes infinis des grands oubliés de l’histoire du cinéma résonne un nom : Wojciech Jerzy Has. Ce génial metteur en scène polonais né à Cracovie en 1925 a été longtemps reconnu comme un grand artiste avant de sombrer dans un oubli total. Grâce à une poignée de cinéphiles avertis dont Martin Scorsese, il semble aujourd’hui sortir quelque peu de son purgatoire.

Has a suivi une formation de peintre, ce qui se retrouvera dans son œuvre cinématographique, marquée par une grande exigence formelle et par un soin maniaque apporté à la composition de l’image. Parallèlement, il suit une formation dans une école de cinéma et commence à réaliser des courts métrages en 1947. On trouve des courts personnels qui laissent déjà transparaître les thèmes chers à l’auteur, mais la plupart sont des bandes éducatives qui baignent dans l’infecte mièvrerie de la propagande soviétique.

Il faut attendre l’année 1958 pour voir Has passer au long métrage avec Le nœud coulant. Coup d’essai et coup de maître avec cette évocation particulièrement déprimante des derniers jours d’un alcoolique décidé à en finir avec son existence misérable. D’emblée, le cinéaste impose un style marqué par l’utilisation de lents mouvements de caméra, par une photographie noir et blanc très contrastée et par une profondeur de champ étonnante. Le tout au service d’une histoire désespérante.

C’est pourtant son deuxième film qui le fait connaître davantage. Avec Les adieux (1958), le cinéaste ose parler pour la première fois des camps de concentration, même si ceux-ci n’apparaissent pas à l’écran. Désormais, le style de Has devient identifiable : il suit les déboires sentimentaux et les dérives philosophiques de personnages égarés qui ne savent pas trouver leur place dans la société polonaise d’après-guerre. On retrouve ces thèmes dans tous ses films suivants, de Chambre commune (1960) à L’art d’être aimé (1963).

Pourtant, le véritable tournant dans la carrière de Has intervient en 1965, lorsqu’il décide d’adapter à l’écran un roman de Potocki réputé inadaptable : Le manuscrit trouvé à Saragosse. Délire narratif faisant songer aux poupées russes, le roman multiplie le procédé de la mise en abyme à l’infini. Relevant le défi, Has crée une œuvre profondément originale par sa construction labyrinthique, mais aussi ébouriffante sur le plan esthétique.

Il jette les bases de son style inimitable en réalisant de longs travellings latéraux pour mieux souligner ses décors baroques et macabres. Le film est malheureusement amputé mais grâce à Martin Scorsese on a pu découvrir dernièrement la version de trois heures, chef-d’œuvre d’équilibre. Has continue par la suite à adapter des œuvres littéraires et il s’attaque en 1968 au livre de Prus La poupée. Il en tire une fois de plus le meilleur sur le plan narratif et surtout visuel. La couleur donne encore plus de poids aux images baroques d’un cinéaste qui s’occupe du moindre détail.

En 1973, c’est la consécration et le sommet de sa carrière avec le prix spécial du jury de Cannes obtenu par La clepsydre. Etrange voyage hypnotique dans les limbes d’une conscience, quelque part entre les souvenirs nostalgiques et les territoires incertains de la mort. Ce parcours hors du temps et de l’espace se joue du spectateur en brisant tous les repères et tous les cadres habituels du cinéma. C’est une œuvre inclassable, unique et bouleversante.

Devenu professeur à l’école de cinéma de Lodz, Has abandonne la mise en scène pendant de longues années avant de signer une très belle adaptation de Tchekhov, Une histoire banale (1982). Par la suite, il réalise encore deux belles œuvres, pourtant considérées comme mineures. Jugement trop hâtif au vu du travail d’orfèvre effectué, même si le cinéaste répète les mêmes formules que pour La clepsydre. Toujours marqués par le baroque des décors, par un humour salvateur et par un désespoir intrinsèque, Le journal d’un pécheur (1986) et Les tribulations de Balthazar Kober (1988) sont deux films à redécouvrir d’urgence.

Promu recteur de l’école de Lodz en 1991, Has meurt dans cette ville en 2000, dans l’indifférence générale. Cinéaste qui s’est tenu à l’écart de tous les mouvements esthétiques et politiques successifs, il est parvenu à construire une œuvre importante, cohérente malgré la diversité des auteurs adaptés, et qui ne s’inscrit nullement dans une époque donnée.

 Virgile Dumez 

Filmographie

  • Le nœud coulant (Petla, 1958)
  • Les adieux (Pozegnamia, 1958)
  • Chambre commune (Wspolny pokoj, 1960)
  • Adieu jeunesse (Rozstanie, 1961)
  • L’or de mes rêves (Zloto, 1962)
  • L’art d’être aimé (Jak bic kochana, 1963)
  • Le manuscrit trouvé à Saragosse (Rekopis znaleziony w Saragosie, 1965)
  • Les codes (Szyfry, 1966)
  • La poupée (Lalka, 1968)
  • La clepsydre (Sanatorium pod klepsydra, 1972)
  • Une histoire banale (Niecekawa historia, 1982)
  • L’écrivain (Pismak, 1985)
  • Le journal d’un pécheur (Grzesnik, 1986)
  • Les tribulations de Balthazar Kober (Niezwykla podroz Baltazara Kobera, 1988)
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