Acteur, dramaturge, metteur en scène de théâtre, réalisateur et scénariste français, Sacha Guitry (de son vrai nom Alexandre Georges Pierre Guitry) est né en 1885 à Saint-Pétersbourg en Russie. Il est le fils du comédien Lucien Guitry et de Renée Delmas et naît dans la capitale russe car son père est engagé par contrat avec le Théâtre Michel qui y est situé.
Le cancre qui devient un dramaturge en vue
Balloté entre son père et sa mère divorcés, le jeune Sacha est un élève peu discipliné qui se fait régulièrement exclure des établissements scolaires. Après avoir abandonné l’école, il entre au magazine Le Sourire grâce à une connaissance de son père. Dès cette époque, le jeune homme commence à écrire des pièces de théâtre. Ainsi, entre 1902 et 1904, Sacha Guitry entame une riche carrière théâtrale, partagée entre écriture et jeu sur scène.
Rapidement, il devient un artiste de boulevard renommé grâce à son jeu assuré, ses mises en scène dynamiques et ses textes cyniques. En ce qui concerne le cinéma, Sacha Guitry n’est guère enthousiasmé par le muet et il tourne uniquement un court métrage intitulé Ceux de chez nous en 1915. En fait, ce n’est qu’une fois le parlant établi qu’il commence vraiment à s’intéresser au cinéma. Il estime qu’il va ainsi pouvoir pérenniser ses créations théâtrales, tout en offrant au public provincial la possibilité de découvrir son œuvre.
Sacha Guitry, converti tardivement au cinéma
Finalement, son premier long métrage s’intitulé Pasteur (1935) dont la partie technique est assurée par Fernand Rivers. Si ses films suivants sont tout aussi intéressants, son talent de cinéaste explose véritablement avec Le Roman d’un tricheur (1936). Désormais roi de la comédie du verbe, avec une puissante ironie, il enchaîne les tournages. Il crée ainsi Faisons un rêve… (1936), Les Perles de la couronne (1937), Désiré (1937), Quadrille (1938) et devient ainsi une véritable star de la scène comme du grand écran.

© 1936 Cinéas. Tous droits réservés.
L’Occupation et la disgrâce
Après le film à sketches Ils étaient neuf célibataires (1939), Sacha Guitry est au sommet de sa gloire, mais l’Occupation ne semble guère le troubler. En fait, durant cette période de sa vie, il entend conserver son statut et continue donc à jouer sur scène, à écrire des pièces et même à réaliser quelques films comme Le Destin fabuleux de Désirée Clary (1942) ou La Malibran (1944).
Mais cette période s’achève dans la disgrâce puisqu’à la Libération, Sacha Guitry est emprisonné sous l’inculpation d’intelligence avec l’ennemi. Si le comédien est rapidement libéré faute de preuves, ses deux procès l’occupent jusqu’en 1947 où deux non-lieux seront finalement déclarés. Dès ce moment, il peut revenir sur scène, mais sa réputation reste entachée durant quelques années.

© 1948 Union Cinématographique Lyonnaise (UCIL) / Affiche : René Lefebvre. Tous droits réservés.
Il va rapidement revenir à la réalisation avec des œuvres plus matures, mais aussi plus cyniques comme Le Comédien (1948) et surtout l’excellent Le Diable boiteux (1948) sur Talleyrand. Bien qu’aigri, l’homme continue à créer des pièces marquantes et des films d’excellente facture comme La poison (1951) ou La Vie d’un honnête homme (1953).
Les triomphes d’un cinéaste redevenu populaire
Toutefois, sa véritable revanche intervient en 1954 lorsqu’il met en scène la superproduction Si Versailles m’était conté… qui reçoit un accueil chaleureux du public avec près de 7 millions d’entrées. Dès lors, Sacha Guitry va se spécialiser dans les films à caractère historique où il fait tourner tout le gratin du cinéma français comme Napoléon (1955) qui mobilise 5,4 millions de spectateurs et Si Paris nous était conté (1956) qui déçoit davantage avec « seulement » 2,8 millions de tickets vendus.

© 1954 Editions René Chateau, Studio TF1 Cinéma / Affiche : Guy-Gérard Noël. Tous droits réservés.
La même année, il signe encore l’excellent Assassins et voleurs (1956) et il termine sa carrière avec Les 3 font la paire (1957), cosigné avec Clément Duhour car Guitry est trop affaibli pour prendre en charge l’intégralité du tournage.
En 1957, Sacha Guitry meurt d’un cancer à l’âge de 72 ans. Il demeurera comme un écrivain de grande qualité et un acteur à la présence magnétique, même si ses réalisations demeurent plus classiques.