Qui se cache derrière l’Australien Philip Brophy ? Retour sur la carrière underground du réalisateur de Body Melt ?
Rien ne prédestinait Philip Brophy à devenir réalisateur. Né à Melbourne en 1959, l’iconoclaste s’oriente vers la musique à la fin des années 70, et fonde un groupe expérimental à l’âge de 18 ans et même son propre label en 1980, Innocent Records. A la batterie ou au synthétiseur, il garde la forme et intègre le groupe Olympic Sideburns au milieu des années 80.
Parallèlement, Philip Brophy a multiplié les projets arty, y compris vidéo en Super-8 et 16mm.
En 1988, il réalise un moyen métrage en 16mm et en stéréo intitulé Salt Saliva & Sperm, projet underground regroupant quatre histoires satiriques autour de l’aliénation humaine et ses fluides. Le film de 47 minutes préfigure évidemment son premier et seul long métrage, Body Melt, en 1993.
Multipliant les casquettes dans cette série B horrifique et gore, volontairement grotesque, Philip Brophy attaque une fois de plus la société de consommation, les canons proprets d’une société de l’image et du paraître qu’il dézingue via le corps référenciel qu’il malmène à travers des mutations sanguinolentes qui vaudra au film le titre de Body Trash, en France, en souvenir malin au Street Trash de Jim Muro (1986).
Malgré une tournée des festivals, dont le catalan Sitges, Body Melt a des difficultés à sortir dans son propre pays, l’Australie, où le réalisateur décide de passer par l’auto-distribution. Le film est un échec, snobé par le public et la critique. Mais Quentin Tarantino va sortir le trublion du mauvais goût de l’oubli dans les années 2000, en l’érigeant en classique de l’Ozploitation des années 90.

© 1988 Philip Brophy
Après Body Melt, Philip Brophy essaiera de développer un deuxième long métrage en vain. Il ne reviendra derrière la caméra que pour des projets visuels destinés à des installations artistiques (Colour Me Dead, 2013).
Il poursuivra une carrière éclectique, tant en qualité de musicien que d’historien du cinéma. Il écrit en particulier sur les bandes-originales et les mangas, et publie des ouvrages de grandes renommées comme 100 Modern Soundtracks (BFI Film Institute Publishing, 2004), 100 Anime (BFI Screen Guides, 2005) The Adventures of Priscilla, Queen of the Desert (Currency Press, 2008).
Philip Brophy disserte également beaucoup sur la musique qu’il n’a d’ailleurs jamais cessé de jouer. Il a composé des musiques de film et s’est retrouvé aux commandes de projets sonores immersifs et multicanaux. Il a même réinterprété en direct et en quadriphonie Le Révélateur de Philippe Garrel, en 2004.
Enfin, en tant qu’artiste intégral, Philip Brophy a toujours conjuguer ses talents à celui de graphiste et s’amuse à électriser les logos de façon punk.
L’Autraloconteur est un talent déjanté à découvrir au moins sur son site internet, qui est à l’image de son œuvre, barré.

Design : © Koenzo Artwork – Film : © 1993 Body Melt PTY/Goldvision. LTD, Dumb Films.