Fils de l’icone Robert Mitchum, Christopher Mitchum a été une promesse hollywoodienne, pendant très peu de temps, au début des années 70, avec quelques westerns dans lesquels il a partagé l’affiche avec son père, puis, à trois reprises avec John Wayne.
Du Western avec John Wayne…
Mitchum, Christopher de son prénom, trouve dans un premier temps des petits rôles dans des films mettant en scène son père (Un homme fait la loi, La vengeance du shérif). Il accompagne John Wayne dans Chisum de Andrew McLaglen (1970) et se distingue dans Rio Lobo d’Howard Hawks en 1970. Culte. Il intervient aussi dans Big Jake de George Sherman (1971). John Wayne et Richard Boone tiennent le haut de l’affiche. Toutefois, le conservatisme de John Wayne à la sortie du Vietnam n’est pas forcément bien vu à Hollywood et le fils Mitchum a du mal à confirmer pour avoir joué avec la légende américaine, comme s’il avait péché. Chris Mitchum se dit blacklisté. L’histoire lui appartient.
Parallèlement au western, l’acteur trouve des rôles dans des nanars d’épouvante (Big Foot), des productions indie (Le désir d’aimer), une comédie avec Tony Curtis (Trois réservistes en Java) ou dans l’action sur route (Meurtres au soleil, avec Karl Malden et Olivia Hussey, un très gros succès en Espagne qui lui ouvre une voie royale dans le bis local).
En 1974, il figure même dans l’expérimental Once, un film aujourd’hui perdu de Morton Heilig, à la bande originale d’Aminadav Aloni alléchante.
… aux nanars alimentaires
La trentaine déchaînée, Christopher Mitchum tourne dans le grotesque des productions pour cinéma de quartier à des fins alimentaires. Il est un nom qu’on exploite et qu’il laisse aisément exploiter un peu partout sur le globe, pour mieux encaisser les chèques dans des contextes de vacances peut-être festives ou familiales. A l’écran, dans tous les cas, il demeure égal à lui-même, peu expressif.
Faute de jouer dans les classiques des années 70, il intervient donc dans des productions franco-espagnoles comme Le bal du vaudou d’Eloy de la Iglesia, avec Sue Lyon et Jean Sorel en 1974, ou La dynamite est bonne à boire, avec Claudine Auger. Désespérant? La suite arrive.
Il trouve aussi un premier rôle dans Ricco, coproduction italo-espagnole, avec Barbara Bouchet.
A cette époque, Christopher se résume parfois par Chris au générique, plus cool, moins guindé…
Christopher Mitchum, star improbable en Asie
Mitchum fils tourne également aux Philippines des nanars anthologiques comme Mission suicide à Hongkong (Cosa Nostra Asia), Master Samurai (The Agency).
En 1976, il trouve encore une place dans un western américain de McLaglen : La loi de la haine avec son maître conservateur Charlton Heston et James Coburn. Le polar Flic, Juge et Bourreau, de Charles Martin, avec Jack Palance, semble le cadrer un minimum, même si le résultat est médiocre. Mais Christopher Mitchum ne trouve toujours pas l’aura, le charisme, et la présence de son père. Il semble griller ses chances dans des séries B d’action improbables (Stingray, alias la corvette rouge) au grand dam d’un plan de carrière saccagé dès qu’il met les pieds à l’étranger.
Avant de basculer définitivement dans le cinéma bis, à forte tendance Z, Christopher Mitchum est présent dans l’un des classiques d’Alejandro Jorowsky, le classique Tusk, avec également Anton Driffing.
Eurociné et Jess Franco sont ses amis
La suite est pitoyable, et donc forcément passionnante pour les amateurs de cinéma décalé : La nuit des extra-terrestres de John Bud Cardos produit par Charles Band, The One Armed Exuctioner et sa suite The Executioner Part II de James Bryan, la coproduction allemande et indonésienne La forêt explosive, Le port des filles perdues (Savage Harbor) avec Frank Stallone, Final Score de l’Indonésien Arizal, édité en VHS en France par René Chateau, SFX Retaliator avec Linda Blair, American Hunter, encore d’Arizal, des productions Eurociné d’une nullité insondable (Commando Mengele d’Andrea Bianchi, Dark Mission avec Christopher Lee et Brigitte Lahaie)…
Très apprécié par le serial killer de la série Z espagnole, Jess Franco, Christopher Mitchum tourne également dans Les prédateurs de la nuit, une production française cossue de René Chateau, avec Telly Savalas, Helmut Berger et Brigitte Lahaie. Il y fait comme toujours le minimum syndical.
Les années 90 daubent encore plus
Dans les années 90, la cinquantaine franchie, Christopher Mitchum apparaît dans un western hollywoodien, Tombstone de George P. Cosmatos, avec Kurt Russell et Val Kilmer, un clin d’œil à son passé pas si lointain. Pourtant sa trajectoire est toujours aussi nanardesque, télévisuelle, entièrement vouée à la médiocrité du DTV. Au moins, cette fois-ci, plus aucuns de ses films ne touchent la France, ni en VHS, DVD, ou à la télévision et il atterrit dans des seconds rôles ou ne fait plus que des apparitions. Sans agent, il est face au monde intransigeant d’Hollywood face aux acteurs vieillissants qui n’ont jamais été. Les titres originaux sont éloquents : Fugitive X: Innocent Target, Lethal Cowboy, Biohazard: The Alien Force, Love and War II, Lyncanthrope, Night of Terror avec son fils Bentley Mitchum, Soul Searchers, écrit par son fils Bentley Mitchum, le film d’épouvante The Ritual réalisé par son fils Bentley Mitchum, en 2009, Santa’s Summer House de David DeCoteau…
Force d’être dissuasif au cinéma, Chris Mitchum, qui a perdu son père en 1997, s’exprime alors beaucoup en politique où en quête de reconnaissance, il rêve de devenir le nouveau Ronald Reagan. Il a brigué trois mandats politiques en tant que candidat républicain pour le Congrès, mais sans succès et il lâche l’affaire en 2014.
Christopher Mitchum, qui disparaît progressivement de la mémoire des Français, a également écrit plusieurs romans policiers. Outre le cinéma, la politique et l’état de son pays, le monsieur a aussi un intérêt prononcé pour la littérature. Bref, une carrière étonnante pour celui qui fut jadis une star en Indonésie…
