Pierre Doris, né Pierre‑Léon Tugot, est un humoriste français qui a su déconcerter de par son humour noir qui n’épargnait personne. Il aimait choquer.
Habitué des cabarets et des galas parisiens, dès la fin des années 1950, Pierre Doris se bâtit une notoriété autour de ses one‑man‑shows vachards. Adepte de l’autodérision, il se colle l’étiquette de “Frankenstein du rire” ou de “Dracula de la facétie”. Peut-on rire de tout? En tout cas, il sert de référence à de nombreux humoristes comme Pierre Desproges, Jean Yanne et Coluche qui s’en inspirera beaucoup.
Talent pluriel, Doris l’intrépide est aussi chansonnier : il écrit et interprète des textes décapants dans lesquels il détourne les codes de la chanson.
Acteur populaire, il est une figure du théâtre de boulevard, dans des pièces populaires signées notamment Robert Thomas. Mais il touche aussi au répertoire classique. Il joue par exemple dans Le Barbier de Séville, de Beaumarchais et Pygmalion, de George Bernard Shaw.
Abonné aux émissions de variétés et de jeux, notamment Les Jeux de 20 heures, il invite son humour noir dans le quotidien des Français, avec de nombreux téléfilms. Dans La maison des bois, mini-série de Pialat, il incarne le personnage d’Albert, le garde‑chasse au grand cœur qui recueille des enfants durant la Première Guerre mondiale.
Au cinéma, il débute au milieu des années 1950. On le voit dans Le Triporteur, de Jack Pinoteau (1956), film qui révèle aussi Darry Cowl. Il multiplie les comédies plus ou moins consistantes avant de prêter son physique rondouillet au héros de Frédéric Dard dans San Antonio ne pense qu’à ça (1980). On y retrouve toute sa grivoiserie légendaire qui lui permet de côtoyer Brigitte Lahaie dans Le diable rose du pornographe Pierre B. Reinhard, comédie érotique avec Roger Carel.
Pierre Doris a manié l’art du burlesque caustique pendant des décennies, mais ne rechignait pas à encaisser des chèques en tournant dans des séries Z du terroir avec les comiques de son époque : Le Führer en folie, Jeannot la frime, L’Emir préfère les blondes, Les planqués du régiment, On l’appelle catastrophe… Son ultime long métrage redressera le niveau : il tourne dans Outremer de Brigitte Roüan en 1990.
Pierre Doris meurt à Paris d’un cancer du foie, en 2009, à deux jours de ses 90 ans. L’humour noir ne sera plus jamais le même.
Filmographie de Pierre Doris
(Acteurs, longs métrages)
- 1956 : Comme un cheveu sur la soupe de Maurice Régamey
- 1957 : Paris Music Hall de Stany Cordier
- 1957 : L’amour est en jeu (Ma femme, mon gosse et moi) de Marc Allégret
- 1957 : Le Triporteur de Jack Pinoteau
- 1957 : Mimi Pinson de Robert Darène
- 1958 : En légitime défense d’André Berthomieu
- 1958 : Cigarettes, Whisky et P’tites Pépées de Maurice Régamey
- 1958 : Messieurs les ronds-de-cuir d’Henri Diamant-Berger
- 1958 : Julie la Rousse de Claude Boissol
- 1959 : Business de Maurice Boutel
- 1960 : Fortunat d’Alex Joffé
- 1960 : Le Sahara brûle de Michel Gast
- 1960 : Dans la gueule du loup de Jean-Charles Dudrumet
- 1960 : Dans l’eau qui fait des bulles (Le Garde-champêtre mène l’enquête) de Maurice Delbez
- 1960 : L’Empire de la nuit de Pierre Grimblat
- 1962 : Les Veinards, sketch Une nuit avec la vedette de Philippe de Broca
- 1962 : Clémentine chérie de Pierre Chevalier
- 1963 : L’assassin viendra ce soir de Jean Maley
- 1963 : Cherchez l’idole de Michel Boisrond
- 1963 : La Porteuse de pain de Maurice Cloche
- 1963 : Le Bon Roi Dagobert de Pierre Chevalier
- 1963 : Les Motorisées (Le motorizzate) de Marino Girolami
- 1964 : Les Mordus de Paris de Pierre Armand
- 1964 : Déclic et des claques de Philippe Clair
- 1964 : Les Gorilles de Jean Girault
- 1964 : La Bonne Occase de Michel Drach
- 1964 : Le Petit Monstre de Jean-Paul Sassy
- 1964 : Requiem pour un caïd (De jour et de nuit) de Maurice Cloche
- 1964 : Allez France ! de Robert Dhéry
- 1965 : Whisky et Vodka (Whisky y vodka) de Fernando Palacios
- 1966 : Trois Enfants dans le désordre de Léo Joannon
- 1967 : La Permission de Melvin Van Peebles
- 1968 : Bruno, l’enfant du dimanche de Louis Grospierre
- 1969 : Slogan de Pierre Grimblat
- 1969 : Aux frais de la princesse de Roland Quignon
- 1972 : Bastos ou ma sœur préfère le colt 45 de Jean-Louis van Belle
- 1973 : Le Führer en folie de Philippe Clair
- 1975 : Les Petits Dessous des grands ensembles de Christian Chevreuse
- 1975 : Mais où sont passées les jeunes filles en fleurs de Jean Desvilles
- 1976 : Le Jour de gloire de Jacques Besnard
- 1978 : Si vous n’aimez pas ça, n’en dégoûtez pas les autres de Raymond Lewin
- 1978 : Freddy de Robert Thomas
- 1979 : La Ville des silences de Jean Marbœuf
- 1980 : San-Antonio ne pense qu’à ça de Joël Séria
- 1982 : On n’est pas sorti de l’auberge de Max Pécas
- 1982 : Ça va faire mal ! de Jean-François Davy
- 1983 : Les Malheurs de Heidi de Robert Taylor
- 1983 : On l’appelle catastrophe de Richard Balducci
- 1983 : L’émir préfère les blondes d’Alain Payet
- 1983 : Les Planqués du régiment de Michel Caputo
- 1984 : Les Rois du gag de Claude Zidi
- 1985 : Dressage / Éducation perverse de Pierre B. Reinhard
- 1987 : Le Diable rose de Pierre B. Reinhard
- 1989 : Outremer de Brigitte Roüan