Fredi M. Murer est un cinéaste suisse issu du documentaire. Fort d’études pour devenir photographe à Zurich, dans les années 50, il bascule dans le cinéma du réel dès le début des années 60, avec différents courts et longs métrages. Il collabore même avec un certain H.R. Giger sur une oeuvre de science-fiction ethnologique, Swiss Made. On est en 1968 et le projet est ancré dans les idéaux de la jeunesse de 1968.
Murer démarre la fiction par un film important dans l’histoire du cinéma suisse. Grauzone (Zone Grise) suscite en 1979 la controverse dans son pays et se retrouve invisibilisé auprès du public. Le film trouve refuge dans nos salles, en 1981, avant de disparaître pendant une quarantaine d’années et une sortie en DVD autoproduite par l’auteur. Zone Grise annonce bien des thèmes contemporains comme le fichage des citoyens qui s’avèrera être vrai, avec la découverte dix ans plus tard du fichage de milliers de citoyens suisses. Ce fait historique démontrera la clairvoyance d’un auteur qui se fera rare avec seulement cinq longs métrages supplémentaires en 40 ans.
En 1985, Fredi M. Murer propose une œuvre poétique quasi contemplative autour d’une famille de paysans perchée dans les Alpes, loin de toute civilisation. L’Âme Sœur remporte le Léopard d’or au Festival de Locarno en 1985, 6 ans après la sélection de Zone Grise dans ce même festival. Ce chef d’oeuvre du cinéma suisse fait écho au documentaire Wir Bergler in den Bergen sind eigentlich nicht schuld, daß wir da sind qu’il a tourné pendant 4 ans au début des années 70. Ce film du réel, que l’on pourrait traduire en français par Nous, les montagnards, ne sommes en fait pas responsables d’être là s’intéressait au quotidien des paysans du canton d’Uri, montagnards, paysans et mineurs, au tournant d’une révolution sociologique.
Fredi M. Murer, qui a grandi Beckenried au bord du Lac des Quatre-Cantons, loin de la société urbaine suisse qui se développait, relate dans L’Âme Sœur, une idée de la montagne, celle de son père et des paysans de sa génération. Ce drame poignant met également en scène un inceste entre un frère et une soeur… autant de métaphores dans ce lieu de non-dits et de repli sur soit. Si le film est un succès art et essai avec plus de 43 000 entrées dans l’Hexagone, il restera invisible en France pendant des décennies. Carlotta proposera une reprise en salle en décembre 2022 qui relancera la carrière de cette superbe chronique familiale jusqu’à sa sortie en vidéo un an plus tard.

L’âme soeur © 1985 Bernard Lang AG / Fredi M. Murer. Tous droits réservés.
Après L’Âme Sœur, Fredi M. Murer retourne au documentaire. Les spectateurs peuvent retrouver son style tant apprécié dans la fiction seulement 12 ans plus tard. Pleine Lune sort en France en 1999, suivi par Vitus l’enfant prodige en 2006. Il y retrouve à chaque fois son regard singulier sur l’enfance.
Pleine Lune se veut plus léger que la tragédie grecque que son prédécesseur, même s’il est question de disparitions d’enfants. Le film est voulu comme une parabole écologique inspirée par la catastrophe de Tchernobyl et des discussions avec sa fille qui incrimine sa génération de “boomers”, des décennies avant l’expression reprise sur les réseaux sociaux. Malheureusement, pour le distributeur Pierre Grise, c’est un échec, avec à peine 1 000 spectateurs. Vitus, récit farfelu d’un jeune génie avec Bruno Ganz, fera à peine mieux pour Océan Films (3 934 entrées).
Le dernier long métrage de fiction de Fredi M. Murer, Jetzt oder Nie (2014), est inédit en France. La reprise de L’âme sœur compensera cette injustice. Fredi M. Murer est indéniablement l’un des auteurs les plus importants du cinéma suisse.

© 1999 Fredi M. Murer. Tous droits réservés.