Jean-Marie Straub fut, en coréalisation avec son épouse Danièle Huillet, un cinéaste intransigeant, auteur d’une œuvre difficile d’accès mais cohérente avec une démarche refusant les formes artistiques traditionnelles.
Jean-Marie Straub ou une certaine conception du cinéma
Après des études universitaires en Alsace-Lorraine, Jean-Marie Straub anime un ciné-club à Metz. Il a un temps une activité de journaliste à Radio-Cinéma-Télévision, tout en se liant avec les réalisateurs de la Nouvelle Vague, dont il est de la même génération. Il travaille ainsi avec Jacques Rivette sur son court métrage Le coup du berger, tout en devenant l’assistant de cinéastes plus âgés tels Abel Gance, Jean Renoir et Robert Bresson. Déserteur lors de sa mobilisation en Algérie, Jean-Marie Straub s’enfuit en Allemagne (il sera amnistié en 1971). C’est dans ce pays qu’il débute son œuvre de réalisateur, en étroite collaboration avec son épouse, Danièle Huillet. « Les Straub » se font alors connaître par un court-métrage, Machorka-Muff (1963), suivi d’un premier long, Non réconciliés ou Seule la violence aide là où la violence règne (1965), tous deux adaptés de Heinrich Böll. Les deux films questionnent sur la survivance du nazisme.
Producteurs et monteurs de leurs propres œuvres, les réalisateurs signent leur film le plus célèbre avec Chronique d’Anna Magdalena Bach (1968), qui confirme leur démarche : un refus du romanesque et de l’anecdote, le sens de l’ellipse et du dépouillement, et une volonté d’intégrer une dimension documentaire. Othon (1970), adapté de Corneille, révèle leur souhait d’ôter tout artifice aux textes classiques, en mettant en lumière ce qu’ils ont d’essentiel. Des acteurs filmés en plans fixes et récitant leurs dialogues d’une voix monocorde deviennent l’une des constantes du cinéma des Straub.
Kafka, Hölderlin, Engels et les autres
Les cinéastes peinent à toucher le public, même celui des circuits arts et essai, mais ont droit aux exégèses d’une partie de la critique et des universitaires, influencés par la sémiologie d’un Gilles Deleuze, et qui les mettent au même rang que Dreyer ou Mizoguchi. Jusqu’en 2006 (année du décès de Danièle Huillet), les Straub poursuivent, en Allemagne, en France ou en Italie, une œuvre influencée par le marxisme et le rejet des formes artistiques traditionnelles, et proposant de nombreux films expérimentaux dont De la nuée à la résistance (1979, d’après Cesare Pavese), Trop tôt, trop tard (1991, d’après Friedrich Engels et Mahmoud Hussein), Amerika, rapports de classe (1984, d’après Kafka), La mort d’Empédocle (1987, d’après Hölderlin), Sicilia ! (1991, d’après Elio Vittorini) et le documentaire Une visite au Louvre (2004).
Après la mort de son épouse, Jean-Marie Straub continue à réaliser des courts et longs métrages, tout en s’orientant vers la vidéo. Il reste fidèle à son art intransigeant avec Kommunisten (2015, d’après Malraux) ou le court métrage La France contre les robots (2020, d’après Bernanos) qui sera sa dernière réalisation. Jean-Marie Straub est décédé le 20 novembre 2022 à l’âge de 89 ans.