Note des spectateurs :
Copyrights : Curtain Call Limited & Juztol Limited (BMG)

Et voici donc l’album qui met un point final à la carrière des Cranberries. Le groupe irlandais phare des années 90, traumatisé par la mort précoce de la chanteuse Dolores O’Riordan, en janvier 2018, conclut avec le bien-nommé In the End.

Le morceau A la fin, si on se permet de l’exercice de traduction inévitable, achève l’album aux allures de prolepse, qui ouvre dès le premier morceau avec un titre opportun : le single All over now.

L’exercice est douloureux, puisqu’il consiste à écouter les envolés vocales célestes d’une artiste qui n’a jamais dissimulé ses plaies. La voix de Dolores O’Riordan est empreinte de cette émotion propre, celle du morceau Got it, en position centrale où la chanteuse clame avoir compris ne pas avoir tout perdu… Illusion suit, avec des mots poignants quand l’interprète avoue qu’il s’agit de sa conclusion...

Si un album posthume est toujours difficile à approcher tant on se dit qu’en un an de production et de post-prod, certains titres plus faibles auraient pu être écartés au profit d’idées percutante à improviser, l’ensemble est habile, restituant la pertinence des deux premiers albums, comme sur les très justes A place I know ou The pressure, qui sembleraient émerger des premières sessions du groupe légendaire, ou évidemment Lost, qui évoque des moments précieux de leur répertoire comme So cold in Ireland ou Ridiculous thoughts, tirés de leur album de référence No need to argue, dont était extrait le tube Zombie, évidemment, toute proportion gardée, car l’inspiration du groupe en 2019 n’est pas celle de 1993-1994 où ils exprimaient une jeunesse en construction particulièrement coriace dans la mélodie du tumulte et du murmure.

In the end ne diminuera en rien la qualité de cet adieu par la mélodie. All over now est magnifique. Catch me if you can et Got it ne manqueront pas de compter parmi les très grands morceaux de cœur pour les fans. Les head-bangers en manque de Zombie, This is the day, Promises et Hollywood, retrouveront une certaine puissance de guitare et de basse sur l’implacable Wake me when it’s over ou Crazy heart, ce dernier n’ayant pas toutefois la même poigne mélodique.

Au final, le temps qui passe, l’absence et le manque conséquents sonnent comme autant de douleurs perceptibles sur cet album d’un adieu que l’on n’était pas encore tout à fait prêt à assumer. Les fans du groupe sauront l’apprécier à sa juste valeur. Il est très loin au-dessus du pseudo retour de 2012 qui ne nous avait guère convaincus, et réussit donc à conclure en beauté une carrière audacieuse qui nous reste à savourer avec le pincement de cœur d’une nostalgie désormais prégnante dès la découverte des nouveaux et ultimes morceaux.


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