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Trois ans de travail. Et voilà qu’en fin de confinement Terre-Neuve lâche Azur-Aimant, son premier album solo en français. Un hymne électro-pop à la liberté créative, délivrant des embruns eighties avec la puissance mélodique des meilleurs auteurs de la variété française. Incontournable.

On ne crachera pas sur les grands noms de la variété française quand ils ont été capables de nous faire vibrer sur des morceaux puissamment écrits et de rassembler les générations. Les Pagny, Calogero ou encore Obispo ne sont pas forcément notre came quotidienne mais on a pu frémir à de fort belles mélodies. Sans être a priori sur des terres comparables, Terre-Neuve appartient à ceux qui réussissent à captiver dès la première écoute avec des titres à contre-courant de leur époque, plus proches d’Alain Chamfort dans le ton, plus synthétique, vintage 80, avec des sonorités confortées par le modernisme contemporain, et autrement plus séduisantes à nos oreilles.

Azur-Aimant de Terre-Neuve déploie des mélodies rares

Terre-Neuve assure une écriture libératrice qui puise son inspiration dans la sensualité de la femme, les flots marins qui l’ont vu grandir dans leur proximité et l’ivresse d’un imaginaire porté sur l’ailleurs naturel. Libéré du poids de l’âge des idoles et de la quête vaine du star-system, Ludovic Bousquet-Carton alias Terre-Neuve incarne la réalité romantique de ses morceaux. Un flot continu d’émotions de caboteur longeant les côtes, employant son talent à sublimer courbes et reliefs, sans jamais perdre son cap sous la voûte étoilée.

Dans son périple de matelot évadé, de nombreuses étapes jalonnent nos rêveries : Les nouveaux solitaires navigue sur les eaux d’un M83 pop, Comme avant nous plombe en position finale de sa mélodie orientale, Deriva et Les Promesses anglophones entêtent jusqu’à l’ivresse. Avec L’odeur du vent, morceau construit de façon épique en deux parties, Terre-Neuve démontre sa singularité de voyageur mélomane et trouve refuge un peu chez Woodkid, mais aussi Cerrone ; mais, sous les cieux électriques d’une synthwave brumeuse, c’est surtout la sensibilité de son auteur qui transparaît. Le morceau envoie 8’20 d’introspection artistique. Sur Azur, du nom d’un village qui lui sert de havre de paix, pendant trois minutes l’interprète-compositeur lâche partiellement prise et s’adonne à un instrumental emballant, mais frustrant. L’expérience aurait peut-être dû nourrir plus de 5 minutes pour exploiter toute la montée transe qui ne veut pas dire totalement son nom.

Un album planant et dansant, totalement emballant

Terre-Neuve s’essaie parfois à des textes très personnels, probablement d’inspiration autobiographiques comme sur le morceau Et après. Le phrasé est alors un peu plus urbain et la mélodie est, il est vrai, moins attachante. Le succès récent d’Antoine Elie sur ce créneau lui laisse peu de marge. Pourtant, l’éclairage des mots donne une cohérence globale à l’album qui parcourt brillamment les facettes d’un artiste authentique se découvrant au gré des pistes.

Sur l’album Azur-aimant, jeu de mot qui ne pouvait pas mieux convenir, Terre-Neuve a inséré Kelly Slater, morceau plus consensuel dans son efficacité de tube pour radio, qui a connu un certain succès, avec notamment la bienveillance de Spotify et de ses playlists très suivies. Moitié glaçon, moitié fille cache à peine ses accointances avec la new wave française des années 80. Pacific Avenue ou Sakura ne font pas acte de présence et appellent plus d’une écoute pour percer leurs mystères. Ils nous emportent encore loin de notre enfermement quotidien.

Trip éthéré sur les terres de la synthpop française

On n’est jamais largués une fois à bord de ce trip synthétique tant Terre-Neuve fait ressortir ce qu’il y a de plus beau dans la synthpop française. Une simplicité, une pudeur retrouvée, et un sens de la rêverie qui ne craint pas de nous bousculer entre langueurs magnifiques et moments remuants qui nous feraient fermer les yeux sur le dancefloor pour mieux en capter la puissance de la lumière…

Azur-aimant de Terre-Neuve est l’une des grandes réussites de cette année 2020. Un beau cadeau pour se déconfiner en toute sécurité.

Frédéric Mignard

Photos : Mathieu Ezan – Artwork : Bous

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