Visuel : Quai des orfèvres – Photo de plateau, 1947 © Studio Canal / Les Acacias

Suzy Delair était l’une des meilleures actrices des années 40 et 50, et une reine du music-hall. Elle a tourné avec Clouzot, Grémillon, Clément, Visconti…

Mort de Suzy Delair

Décédée à l’âge de 102 ans, Suzy Delair n’était pourtant pas la doyenne des actrices françaises, contrairement à ce qui se lit sur certains sites : le titre est toujours détenu par Renée Simonot (108 ans), mère de Catherine Deneuve. Mais Delair, vedette incontestable et par ailleurs reine de l’opérette et des cabarets, a connu davantage de notoriété.

Elle débuta au cinéma en 1930, et obtint au cours de cette décennie des petits rôles dans des bandes mineures et oubliées, soubrette dans Un caprice de la Pompadour (1930) de Willi Wolff et Joë Hamman, couturière dans Le Sexe faible (1933) de Robert Siodmak, ou danseuse dans Poliche (1934) d’Abel Gance.

« Avec son tralala »

Le vedettariat lui fut offert dans les années 40 grâce à Henri-Georges Clouzot qui lui confia deux rôles majeurs. Ce fut d’abord celui de Mila Malou dans la comédie policière L’Assassin habite au 21 (1942) où elle donnait la réplique à Pierre Fresnay. Puis elle campa une Jenny Lamour truculente, affrontant son époux (Bernard Blier) et un redoutable inspecteur (Louis Jouvet) dans le mythique Quai des Orfèvres (1947). C’est dans ce film qu’elle fredonnait « Avec son tralala », qui devint un tube national. Car Suzy Delair était aussi une chanteuse à succès, reine de l’opérette et des cabarets. Au cinéma, Suzy Delair se faisait remarquer par sa verve et son humour, qui n’excluait pas un fort tempérament dramatique.

Durant ces années 40, elle brilla aussi dans La Vie de bohème (1945) de Marcel L’Herbier et Copie conforme (1947) de Jean Dréville (avec Jouvet). Mais c’est dans deux autres films méconnus qu’elle donna le meilleur d’elle-même. Elle composa un beau personnage de femme fatale malgré elle dans Pattes blanches (1949), l’une des œuvres maudites de Jean Grémillon. Et elle campa une pétulante chanteuse des années 1920 dans Lady Paname (1950), unique long métrage du scénariste Henri Jeanson, où elle retrouvait Jouvet : « Les femmes mariées vous disent merde », lançait son personnage à un bourgeois scandalisé par les paroles de ses chansons.

Suzy Delair, vedette du cinéma et des cabarets

D’aucuns lui ont reproché, des décennies après, d’avoir participé au fameux voyage à Berlin (1942) de vedettes françaises « invitées » à visiter la capitale et les studios de la UFA, ce qui fut révélé par Marcel Ophüls dans Le Chagrin et la pitié (1969). C’est oublier que cette période fut bien trouble, que les artistes ne sont pas des saints, ou étaient sous pression de l’occupant qui ne leur donnait pas le choix.

Dans la première moitié des années 50, Suzy Delair continua être en tête d’affiche au cinéma mais les bons rôles se firent plus rares. Elle fut à son avantage dans le film à sketchs Souvenirs perdus (1950) de Christian-Jaque, joua les faire-valoir de Laurel et Hardy dans Atoll K (1951), leur dernier film en commun, mollement réalisé par Léo Joannon, et servit la soupe à Fernandel dans Le Couturier de ces dames (1956) de Jean Boyer. Glissant progressivement vers les seconds rôles, elle vola pourtant aisément la vedette à Maria Schell dans Gervaise de René Clément (1956).

Les années 60 et 70 furent les décennies de la distance avec le cinéma. Suzy Delair eut cependant l’honneur de faire partie du casting français de Rocco et ses frères (1960) de Luchino Visconti, où elle interprétait la patronne de la blanchisserie, victime d’un vol de bijou. Et les fans de Louis de Funès se souviendront de Germaine Pivert, qui incarnait son épouse dentiste dans Les Aventures de Rabbi Jacob (1973) de Gérard Oury. Son dernier film fut l’oublié Oublie-moi, Mandoline (1976) de Michel Wyn.

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Mort de Suzy Delair / Ils nous ont quittés…