Madame : la critique du film (2020)

Documentaire LGBTQ | 1h33min
Note de la rédaction :
7/10
7
Affiche de Madame (2020) de Stéphane Riethauser

  • Réalisateur : Stéphane Riethauser
  • Acteurs : Stéphane Riethauser
  • Date de sortie: 26 Août 2020
  • Nationalité : Suisse
  • Titre original : Madame
  • Titres alternatifs : -
  • Année de production : 2019
  • Scénariste(s) : Stéphane Riethauser
  • Directeur de la photographie : Luc Riethauser, Stephane Riethauser, Marcus Winterbauer
  • Compositeur : David Perrenoud
  • Société(s) de production : Lambda Prod
  • Distributeur (1e sortie) Outplay Films
  • Distributeur (reprise) : -
  • Editeur(s) vidéo : Outplay Vidéo
  • Date de sortie vidéo : -
  • Box-office France / Paris Périphérie : -
  • Box-office nord-américain : -
  • Box-office divers : -
  • Formats : D-Cinema 48kHz 5.1
  • Illustrateur / Création graphique : Studio 212
  • Classification : Tous publics
  • Festivals et récompenses : FIDBA – Festival International du Documentaire de Buenos Aires (ARGENTINE) : Mention Spéciale du Jury, Documenta Madrid (ESPAGNE) : Prix du Jury, Escales Documentaires à La Rochelle (FRANCE) : Prix du Public
  • Crédits : © Lambda Prod
Note des spectateurs :

Dans, Madame Stéphane Riethauser sonde l’ancrage misogyne et homophobe d’une Suisse bourgeoise et délivre un subtil portrait familial où l’amour l’emportera.

Synopsis : Saga familiale basée sur des images d’archives privées qui s’étalent sur trois générations. MADAME crée un dialogue entre Caroline, une grand-mère au caractère flamboyant, et son petit-fils cinéaste Stéphane, lors duquel les tabous de la sexualité et du genre sont remis en question dans un monde patriarcal à priori hostile à la différence.

La misogynie et l’homophobie discrète de la bourgeoisie

Critique : Autoportrait exalté et sûr de lui par l’activiste homosexuel Stéphane Riethauser, Madame est surtout un dialogue entre un homme et sa grand-mère, au fil de vidéos issues du patrimoine familial (le patriarche de la famille aspirait à être réalisateur et filmait tout). La conversation revêt un aspect désormais posthume, puisque la vieille dame est décédée au milieu des années 2000.

Avec force et sincérité, sans chercher à émousser sa personnalité et les travers de son propre passé, l’auteur évoque les conflits internes et le poids du milieu social, du décorum et des attentes pesant sur ses épaules de la grande tige qu’il était (l’auteur mesure près de deux mètres et revient régulièrement sur cet argument qui laissait peu de place à l’invisibilité). Lui, misogyne et cassant du pédé dans les mots pour mieux cacher la tapette qui bataillait en lui. Cette phrase reprend le ton du film, le détachement du cinéaste avec son propre passé, et la clairvoyance dont il fait preuve. Elle est l’écho de la colère qui gronde lorsqu’il fait parler l’enfant et l’adolescent d’un genre paumé qui se conforme dans la violence et la crudité des mots.

Madame, affichage Facebook

© Outplay Films – Conception Graphique : Studio 212

Madame porte la culotte

A travers le portrait émouvant de sa grand-mère qui revit sur plusieurs décennies, grâce à un montage vidéo jamais anodin et d’une richesse incroyable, il élabore un portrait de femme, dans un certain milieu, à une certaine époque. La confession sur les viols subies par les jeunes femmes mariées hantent le film qui dresse un portrait patriarcal sans concession d’une société qui, heureusement, n’est plus, mais déterminait les rôles. La grand-mère du cinéaste refusait de se plier au moule, s’érigeant en femme d’affaires de caractère dans un monde exclusivement masculin, au prix d’une certaine sécheresse. Ne disait-on pas, comme le dit le documentariste, qu’elle était “la folle” de la famille ? Ou plus tard “une mauvaise mère”. Tout prend sens dans la sophistication des rapports entre celle-ci et son petit-fils, son “chouchou”, avec lequel elle va établir des rapports de proximité touchants. Madame est comme leur journal intime, même si la “Madame” ne pourra pas entendre ces mots. Ils revêtent de ce fait un aspect particulièrement émouvant.

Une réflexion sur le pouvoir patriarcal

Le patriarcat a abîmé les femmes, mais combien d’hommes avec elles. Le poids qu’a ressenti le cinéaste sur ses frêles épaules, dès le plus jeune âge, l’a converti dans un premier temps, à des idées conservatrices, nationalistes, assez nauséabondes, derrière lesquelles il se réfugiait pour éteindre la flamme de rébellion qui voulait l’embraser. Etre davantage un homme que les autres et ainsi perpétuer le schéma familial dicté par le père et d’une certaine façon par la grand-mère excentrique dont le discours passéiste, amusé car conscient de ses propres lieux communs (en quelque sorte, les hommes et les femmes étaient mieux avant…), ne relèvent donc plus du seul constat personnel. L’expérience devient ainsi un message clair et engagé contre la misogynie et l’homophobie qui continue de gangréner les relations, à gâcher des jeunesses et briser des vies.

Devenu auteur et activiste éminent dans son pays, Stéphane Riethauser anticipe les discours contemporains sur la toxicité masculine et les privilèges du patriarcat ; il livre une réflexion riche en illustrations sur le pouvoir atavique, économique, politique de l’homme blanc. Il en ressort, à travers sa prise de conscience et le portait d’une vielle dame digne, un éloge de la différence et des marginaux. L’œuvre iconoclaste, consciente de la difficulté liée à l’environnement et à l’enracinement de la pensée au plus jeune âge, offre matière à introspection et à corriger ses travers naturels.

Madame rayonne par sa truculence et corrige bien des maux de notre époque, participant notamment à réconcilier les générations qui ont tant à se dire. A travers les relations uniques que l’auteur développa avec cette vieille dame, c’est bien un message d’espoir qu’il lance à une société qui ne sait plus s’écouter.

Frédéric Mignard

Sorties de la semaine du 26 août 2020

Affiche de Madame (2020) de Stéphane Riethauser

© Outplay Films – Conception Graphique : Studio 212

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Affiche de Madame (2020) de Stéphane Riethauser

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